Affaire Thélyson Orélien : réaction d'écrivains du monde créole

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        Nous avons interrogé différents auteurs et autrices du monde créole pour avoir leur sentiment sur l'affaire qui agite en ce moment les milieux littéraires français et québécois. 

         Il s'agit du roman "C'était ça ou mourir" de l'Haïtiano-québécois Thélyson Orélien qui, avant d'être accusé d'avoir utilisé l'IA, avait reçu un accueil dithyrambique dans les médias et été sélectionné par les jurys des plus grands prix littéraires français. Dénoncé par un site confidentiel israélien et repris massivement par deux chroniqueur Samuel Fitoussi (Le Figaro) et Léon-Marc Lévy (La Cause littéraire), Orélien se voit maintenant accusé de plagiat après examen de différents textes publiés par lui au cours des dernières années. 

        Voici donc les réactions du milieu littéraire dans le monde créole...

 

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     . Térèz LEOTIN (Martinique) 

 

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      Lorsque la rumeur devient juge.  

    La rumeur dit que L’IA aurait aidé Thélyson Orélien à rédiger C'était ça ou mourir. La fiabilité des détecteurs demeure incertaine et l’ouvrage s’est déjà vendu à près de 40 000 ex., la polémique autour de cette annonce a fait que dans le doute l’Académie Goncourt a ôté le roman de sa sélection. Or l’on dit que dans le doute l’on s’abstient. Pourquoi trancher ? On juge sur  une rumeur.

     Nous ne voulons pas penser que la raison de son incompétence serait sa couleur de peau. Le scandale certes fait vendre, mais, hélas ! on ne retiendra de lui que l'impression d'un écrivain tricheur qui au lieu de créer, copie. Pour tuer un talent l’on ne s'y prendrait pas mieux. 

 

     . Yannick Lahens (Haïti)

 

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Qu'Thélison Orélien ait commis des erreurs est une chose. Avoir été pour autant livré en pature à une meute, c'est autre chose. La couardise qui a suivi me laisse pantoise. On ne lui a laissé ni le temps ni le droit de s'expliquer. Va-t-on passer au même crible tous les auteurs et toutes les autrices en lice pour les grands prix de l'automne?

A Thélysson Orélien je souhaite la force d'un retour lucide et objectif sur lui-même, le courage pour traverser la fronde et l'inspiration pour continuer à écrire.

A la lumière de ces événements je mesure mon immense chance (en dépit des difficultès politiques, économiques et sécuritaires) de pouvoir continuer à m'imprégner de la riche  vie littéraire et artistique en Haiti. Et de la partager avec des aînés, des moins jeunes et des jeunes....

Nous sommes encore en "état poétique" face à toutes les nuits! »

 

     . Charles-Henri Fargues (Martinique)

 

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     C'était ça ou mourir (Grasset) de Thélyson Orélien : que dire de ce roman ?

   J’ai commencé à le lire. Et puis, la controverse a éclaté et j’ai compris pourquoi je n’avais pas accroché, et était passé à un autre livre. J’avais eu un sentiment étrange. Au début enthousiaste, très vite le texte m’avait paru trop riche, trop foisonnant, trop luxuriant et en même temps trop attendu dans sa construction, dans ses effets. J’en avais été, en quelque sorte, étourdi.

     L'IA générative est un monstre qui est en train de changer l’ordre des choses et les générations qui viennent auront à vivre avec. Peut-être que ça sera comme ça dorénavant. Néanmoins, TO aura réussi à créer, avec l’IA, un texte qui émerveille l’Occident.

 

        . Gaëlle Belem (La Réunion) 

 

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    Je ne me suis pas encore remise du lynchage médiatique et de la disparition du sociologue britannique et afro-descendant Jason Arday le 14 août 2026 que j’assiste à la mise au pilori de Thélyson Orélien. Les membres de l’académie Goncourt ont rendu leur verdict ce vendredi 25 septembre concernant son roman : « la suppression de ce titre de sa première liste. » N’est-ce pas un jugement un peu hâtif ? Pas vraiment de présomption d’innocence ni de défense de l’accusé. On évince Orélien parce que Pangram dit qu’il a écrit avec l’IA. Selon toute vraisemblance, Pangram, lui, ne ment pas.
    Jusque-là, l’IA pillait nos ouvrages, s’entraînait sur nos romans, nos articles, nos tripes en somme, s’asseyait sur nos droits d’auteur et menaçait notre travail d’écrivain.
Désormais, elle nous condamne. Quelle ironie ! Le juge est un voleur !
    J’ai découvert Thélyson Orélien avec « C’était ça ou mourir ». J’ai aimé l’histoire de ce livre. Certes, le style est tout simple. Et alors !? C’est le résultat d’ensemble qui m’a émue, ce que le texte dit de cette traversée des frontières, de la douleur et de l’espoir de ces hommes et de ces femmes qui fuient un monde qui s’écroule. Depuis des années, j’enseigne la géographie, les migrations internationales, les inégalités de développement. Il m’a semblé que Thélyson Orélien montrait l’âme derrière les froides statistiques, donnait une voix et des émotions aux ennuyeuses cartes par anamorphose, changeait des flèches figurant la trajectoire des migrants en silhouettes humaines qui aiment et qui rêvent. 

 

       . Ernest Pépin (Guadeloupe) 

 

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          Lettre à Aurélien

   Voilà que le piège est tendu, bien tendu comme la corde d’un pendu. Le colonialisme n’a pas changé ses manières. Le racisme, le discrédit, le doute. Il est comme un mari jaloux de sa maîtresse. Il accuse à tort au risque du scandale. Il frappe où ça fait mal au risque de blesser. Il invente des accusations non vérifiables. Pourvu qu’elles soient crues. Il y a tant de gens qui ne demandent qu’à croire. Les envieux, les pauvres d’esprit, les imbéciles. Guadeloupéen conscient, je refuse de tomber dans ce piège, ces attrape-nigauds si faciles à dénoncer. Le talent ne se défend pas. Il est la preuve de lui-même. Il vole comme un aigle au-dessus de la mêlée des oisillons.

   Fous-t ‘en Aurélien ! Laisse parler les malparlants.

   Ils sont perdus d’avance. Leurs attaques le prouvent car ils se croient obligés de recourir à l’I.A. pour t’abattre. Moi, je n’ai que le bon sens d’un lecteur charmé par ton écrit. Moi, je crois en toi. Qu’importent les médisants, les coupeurs de tête mal intentionnés, les corbeaux mangeurs de foie, les techniciens anonymes. Ils apprendront à leurs dépens que tu existes bel et bien et qu’une injustice ne fera pas leur bonheur. Ils regarderont à deux fois avant de dire n’importe quoi sous peine d’être ridicules. Et puis continue à écrire ! Les oiseaux de mauvais augure passent, le génie reste. 

       . Judes DURANTY (Martinique) 

 

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     Pies senk sou pa ped, sé lanmonné a ki mal konté. Es ravet ké ni rézon douvan poul ? Menmsi man pa rivé twouvé liv an libréri yè. Pa rété.

   Lison nou ka tjébé, ou sé di lé éditè PARIS, lé fè parizien. Ou sé di tou, yo ka kontinié dèvwa* yo kon an antan Ouloguem*

   Eben pour Thélison Orélien pa mò, si nou tout genyen liv-li pou li’y, sé ké méyè lison ek rékonpans djobataj-li, pito an pri GONCOURT éti i ja pri an sa.

   Yanbo Ouologuem « Le devoir de violence » Prix Renaudot 1968.  

   . Khal TORABULLY (île Maurice) : 

 

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     L'affaire Thylesson Orélien a déclenché en moi une réaction complexe car elle est la confluence de tellement de choses. Fitoussi, qui a lancé l'accusation de rédaction du roman de l'auteur incriminé a désigné à la fachosphère un auteur qu'elle broie, dans un contexte de racisme décomplexé et préélectoral en France. Il s'agit de rétablir les faits, sans hypocrisie, de la part d'autres auteurs primés dont les oeuvres n'ont pas été scannées par Pan... La chose se complexifie quand des journalistes donnent des exemples de plagiat avérés...

   Orélien saura apporter des preuves de son travail en dépit de cet élément qui oppose les racistes qui sont dans leur œuvre anti wokiste et gauchiste. J'écris plus longuement sur le sujet, qui mérite un développement profond sur les enjeux de ce qui pourrait être un 'délit de faciès' littéraire. Car il existe des exemples malheureux de destruction d'auteurs du Sud Global, souvent entachés de soupçon...

      . Nicole CAGE (Martinique) 

 

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     Kon an manman

    Mwen pé ké palé asou zafè sé « IA » ki matjé liv-la. Sa man ka wè, sé lamanniè sé moun-lan ki kréyé « Le Phénomène Thélyson » — an moun pèsonn pa té djè konnet avan yo vréyé non’y monté ofirmaman— sé yo menm ki ka kraché anlè’y, pas an machin désidé sé li ki lotè tout liv-la. (Jodijou, sé machin nou envanté ka di-nou sa ki moun épi sa ki pa moun !).

     Apré sa, yo touvé « plagiat ». La, man pé pa di sa pa vré. Man ka mandé kò-mwen sa ki pé pasé an tet an nonm pou’y fè dé bagay kon sa. Men kimoun mwen yé pou man jijé ? Kon an manman ki sav yich-li fè an gwo bétiz ek fodé i ké sibi lékonsékans, mwen pè ba pitit-mwen, é man pé ké jen tounen do ba’y. Tou sa man pé mandé pou’y, sé i pran tan sòti an zié siklonn-la, pou’y gadé kò’y an mitan zié. Pou’y asèpté i ped sadinn épi karang. Pou’y viré aprann maché, matjé, kon an moun nef.

      Orélien… kenbé la ! 

     . Ari GAUTIER (Madagascar/Inde) 

 

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      Selon Glissant, aucun texte ne naît d'une racine unique : il pousse en rhizome, nourri par les échos du Tout-Monde. Écrire, c'est entrer en Relation, collecter des voix, des langues, des mémoires venues d'ailleurs, puis les réinventer en un chant nouveau. De ce point de vue, l’écrivain peut être considéré comme une forme d’intelligence artificielle : il puise dans un vaste réservoir commun, il combine, il crée.

     L’intelligence artificielle ne fait que mettre en évidence et mécaniser ce que Glissant appelle le « monde écho ». Cependant, la créolisation, selon lui, engendre l’imprévisible, là où la machine calcule les probabilités. L’écrivain suit une trace, portée par un corps, un lieu, une blessure ; la machine recompose sans laisser de trace ni d’emplacement. Elle connaît le « chaos-monde » sans en ressentir le vertige. Alors, la question se pose : qui assume la Relation et depuis où parle-t-il ?"

     . Raphaël CONFIANT (Martinique) 

 

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     IA ou pas IA ? Je serais bien incapable de dire quoi que ce soit de censé à ce sujet. Je n'ai jamais eu de smartphone de ma vie (juste un "dumb phone" ou "téléphone idiot" à 35 euros qui n'a pas Internet) et bien sûr, je ne sais pas ce qu'est Whatsap dont j'entends sans arrêt parler autour de moi. Je ne suis ni sur Instagram ni Tik Tok ni Twiter (ce dernier a un nouveau nom, je crois). Toutefois, l'Internet est quelque chose de génial : l'e-mail, Google, Gallica, les sites-web des journaux etc...Je m'occupe même d'un site-web donc je ne suis pas un vieux crocodile coupé de la modernité. Le roman de Thélyson Orélien ? Vous savez, j'ai un classement en cinq catégories pour les textes littéraires : 1. Excellent ; 2. Bon ; 3. Moyen ; 4. Médiocre : 5. Nul. C'est un truc personnel qui n'a rien de scientifique et qui, j'en conviens, peut même être perçu comme loufoque. Eh bien, le bouquin d'Orélien, je le classe en n° 2 pour sa première partie qui se déroule en Haïti et en n° 3 pour l'autre ! Cela signifie quoi ? Ceci : si jamais l'utilisation de l'IA est avérée dans son cas, cela veut dire qu'une machinerie aussi diaboliquement puissante que l'IA ne parvient qu'à produire des textes littéraires "bons-moyens". Eh bien, nous n'avons rien à craindre d'elle ! Pour l'instant en tout cas...Sinon, il est évident qu'Orélien a été victime de l'habituelle horde de racistes et de sionistes ! 

 

     . Sedley ASSONNE (île Maurice) 

 

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       Thélyson Orélien, désormais écrivain-migrant. Quelle ironie qu’un auteur parlant, admirablement même, des migrants, en soit devenu un migrant de la littérature, sa maison d’édition, au Canada, l’ayant « laissé tomber », et celle de France ne l’ayant pas assez défendu contre les accusations de plagiat et de recours à l’intelligence artificielle.

     Thélyson Orélien, par un cruel concours de circonstance, devient donc Jonas Dorléon, sa création de papier. Et doit désormais « errer » dans la jungle littéraire Occidentale. Parce qu’un des démons de ce cruel espace a fait de lui, mais sans le dire ouvertement,  le parfait bouc-émissaire du combat opposant l’homme à la machine.

     Et heureusement qu’on n’est pas seulement lecteur, mais aussi cinéphile, et qu’on sait que c’est le génie humain, qui foisonne dans « C’était ça ou mourir », qui triomphera du danger robotique. Et comme David Banner, arpentant le monde, Thélyson, boosté au rayon gamma populaire, ne mettra jamais pied à terre ! 

     . Philippe TRIAY-MERLINI (Martinique-France) 

 

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      Tout d'abord je précise que je n'ai pas lu le roman de Thélyson Orélien. J'ai appris par la presse que ce dernier aurait été généré par l'intelligence artificielle, dévoilé par le logiciel Pangram. Après quelques recherches, je m'interroge sur la fiabilité de ce logiciel, qui aurait notamment détecté de l'IA dans des passages de la Bible et dans des écrits de Victor Hugo et d'Honoré de Balzac par exemple, sans compter d'autres textes moins connus.

        Mais autre chose, plus grave, m'interpelle : c'est que Thélyson Orélien, bien avant l'IA, aurait plagié des textes d'autres écrivains, en les traduisant principalement. Cela a été prouvé, incontestablement (par ses éditeurs même), sans le secours d'une IA plus ou moins fiable. Alors, succès ou pas de l'édition, peux-t-on faire confiance à un auteur plagiaire ?

     Peut-être s'est-il servi de l'IA (comme d'autres romanciers d'ailleurs) pour écrire "C'était ça ou mourir", mais cette accusation avérée de plagiat pour d'autres écrits demeurera comme une tâche indélébile. PS : j'entends parler de racisme et d'acharnement, mais ce n'est pas le cas. Un plagiaire avéré reste un plagiaire, indigne de recevoir quelque prix littéraire que ce soit. 

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