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Chili : cela ne peut être qu’un choc. 52 ans après le coup d’état de Pinochet, le pays de Salvador Allende et de Pablo Neruda élit à 58% un candidat d’extrême droite. Le nommé KAST cumule une ascendance allemande d’un admirateur d’Hitler et est lui-même un thurifère d’un des pires dictateurs qu’a connu l’Amérique du Sud. La candidate de gauche qui elle cumule, aux yeux des autres, le tort d’être femme et communiste, réunit 42% des votes. Même si elle progresse de manière importante entre le premier et le second tour, l’alliance des droites et de l’extrême droite l’a terrassée.
Que le Chili qui a été porteur des idées progressistes dans le sud des cordillères des Andes tombe dans les bras de l’extrême droite démontre comment la situation est grave. L’Amérique du Sud comme celle du Nord et l’Europe tombe dans le bras des pires extrémistes.
Rappelons quand même qu’en 2019, un important mouvement social avait eu lieu au Chili pour la liberté et l’égalité. Manifestement la gauche chilienne n’a pas su répondre aux aspirations de ces gens en révolte. La présidence de BORIC, le président sortant, a été un échec qui a fait une partie des masses populaires se réfugier dans la démagogie extrémiste ou l’abstention. C’est bien la preuve que pour combattre l’extrême droite la modération n’est pas de mise mais qu’il faut une gauche combattive et alternative.
Le Chili n’est pas isolé.
En Argentine, les dernières législatives ont été remportées (40% quand même lmême si le parti libertarien est encore minoritaire au parlement) par le parti libéral de MILEI. Certes l’aide de TRUMP pour sauver une de ses fils spirituels favoris d’un désastre économique a joué le jeu mais la réalité est aussi de dire que le Parti Péroniste qui mène l’alliance Union pour la Patrie n’a pas su créer une alternative réelle.
A Trinidad et Tobago, la pire des droites pro-américaines a gagné les élections législatives de mai 2025. Mme Kamla Persad-Bissessar a multiplié les déclarations de soumission à Trump et a offert son pays comme base avancée de l’agression US contre le Venezuela. Elle a même été jusqu’à refuser d’enquêter sur les pêcheurs trinidadiens tués par l’armée américaine au prétexte qu’elle n’avait pas d’argent pour cela.
C’est ce même type de droite, le Nouveau Parti Démocratique de Godwin Friday, qui a vaincu le Parti Travailliste Uni de Ralph Gonsalves, incontestable leader anti-impérialiste de la région ces dernières années.
Un des grands échecs de la gauche caraïbéenne est son incapacité à trouver un accord entre le Venezuela et le Guyana à propos de la province de l’Essequibo. La relance de ce litige qui date de plus d’un siècle par le pouvoir de Caracas est problématique d’autant que le litige est devant la Cour Internationale de Justice. Il est évident que le fait qu’il a été découvert que cette région regorge de pétrole n’a pas été pour rien dans le discours nationaliste de Caracas dont il faut quand même rappelé qu’il est le pays ayant le plus de réserve de pétrole au monde. Ce discours nationaliste teint aussi à des raisons internes au Venezuela. Face à ce litige, il aurait été important que la gauche désamorce la crise. Les tentatives d u C ARUICOM ont été vaines. Le résultat en est que la classe politique de Guyana dont son président Irfaan Ali, issu du Parti de gauche, le PPP, va basculer dans le camp occidental en faisant appel au Royaume Uni, ancienne puissance coloniale, et aux USA, pour prévenir toute aventure militaire de Caracas.
L’Occident et particulièrement les USA ont aussi des régimes favorables au Surinam et en République Dominicaine.
La Caraïbe qui a été longtemps une zone de paix, de libre circulation et de coopération est en passe de devenir une zone hyper-militarisé avec la domination de la force et la négation des droits pour les minorités et les immigrés.
Dans ce contexte l’OEA (Organisation des Etats Américains) continue à jouer son rôle de porte voix du libéralisme le plus échevelé et de l’occidentalisme le plus débridé. Le CARICOM devient une structure divisée et risque la paralysie.
Ainsi, le débat sur les “réparations” de la période esclavagiste lancée par la Caraïbe risque de s’enliser.
La division de la Caraïbe sur la question d’Haïti est un autre échec. L’opération visant à créer une nouvelle autorité de transition et la mise sur pied d’une nouvelle force internationale avec des policiers kényans a été un échec patent. Mais, il faut dire qu’un pays comme la Jamaïque, classé à gauche, a appuyé ce projet qui a sciemment écarté les organisations populaires d’Haïti.
Dans la Caraïbe, il reste principalement comme forces progressistes quelques gouvernements menés par Mia Mottley, premier ministre de la Barbade.
Revenons sur le continent.
Au Honduras, certes pays traditionnellement à droite, la présidente sortante Xiomara Castro n’a réuni que 20% des suffrages, le reste de l’électorat se partageant à parts quais-égales entre les deux partis de droite (Nationale et Libérale). Là encore, Trump est intervenu directement dans la campagne électorale pour appeler à voter pour son candidat du Parti National. Il a même gracié et libéré le précédent président Juan Orlando Hernandez qui avait été condamné aux USA à 45 ans de prison pour trafic de drogue. Il y a peu de doute que cette élection est frauduleuse mais il reste réel que la gauche a été évincé violemment du pouvoir au bénéfice d’un candidat ouvertement trumpiste.
Un peu en avant, la Bolivie avait vu la fin de l’hégémonie électorale de la gauche du MAS et du peuple premier indien. Certes, l’élection de Rodrigo Paz est pour beaucoup le résultat de la division du MAS et de l’élimination électorale d’Evo Morales. Mais il reste aussi que comme ce qui avait déjà été observé par ailleurs, une fraction de la population que la politique de gauche avait sorti de la misère s’est embourgeoisée et a choisi de changer de camp. Depuis son élection, le nouveau président de droite a rétabli les relations avec les USA, Israël et fait emprisonné le président sortant ARCE.
En Équateur, c’est le millionnaire Noboa proaméricain (récemment dénoncé comme impliqué dans le trafic de drogue) qui a battu la candidate de gauche Luisa Gonzales à l’issue d’un scrutin clairement frauduleux mais soutenu par l’OEA et l’UE. Néanmoins, la gauche citoyenne corréiste garde son dynamisme puisque les référendums de Noboa (dont l’un permettant l’installation de base étrangère) ont échoué.
Le Pérou reste le lieu où les droits sont le plus largement violés avec sept présidents de droite émanant du parlement qui ont mis à bas un président de gauche issu d’un vote démocratique et sa vice-président. Sans oublier que le parti d’extrême droite Fujimoriste reste éveillé.
L’évolution de la situation au Venezuela est pour le moins inquiétante. Il faudrait des heures pour discuter et critiquer l’évolution interne de la Révolution Bolivarienne. Il y aurait beaucoup à dire tant il est vrai que l’évolution du gouvernement de Maduro et du PSUV inquiètent tout militant révolutionnaire. Il reste néanmoins deux choses. D’une part, l’alternative politique au Venezuela, menée par Marina Machado, est réactionnaire, anti-populaire, antidémocratique et inféodée à l’occident. D’autre part, la politique militaire agressive et violant le droit international des USA dans la mer des Caraïbes. Mêmes les experts occidentaux mettent en doute la “supposée” raison invoquée par Trump pour son agression armée et ses assassinats, à savoir que Maduro soit à la tête d’un cartel de trafic de drogue.
Avec ces deux faits, on ne peut que soutenir le Venezuela et constater que dans la meilleure hypothèse l’Occident se moque de la souveraineté des peuples, sauf blancs et européens comme l’Ukraine.
D’autant que si le projet de Washington de mettre à bas le régime chaviste, peu de doute que suivront le Nicaragua et Cuba et qu’aucun projet alternatif au capitalisme libéral ne serait envisageable en Amérique du Sud, plus que jamais arrière cour des USA.
Un autre échec est l’incapacité continentale et mondiale à mettre en échec le blocus US contre le peuple cubain. Cela fait soixante ans qu’il dure et loin de diminuer il s’étend de plus en plus avec l(‘objectif clair d’étouffer le socialisme du premier territoire libre du continent. A titre d’illustration, l’extrémiste de droite qui est secrétaire d’Etat US, Marco Rubio, a justifié le refus de toute aide à Cuba après le passage de Mélissa. Cela illustre le niveau de haine de la contre révolution (dont Rubio est issu) contre la révolution cubaine.
La réalité est que le blocus empêche le peuple cubain de vivre normalement et qu’il n’y a pas d’alternative envisageable.
Restent sur le continent quelques états où la gauche a encore le leadership: Brésil, Colombie et Mexique.
On a peur d’écrire: pour combien de temps?
Car la dynamique est clairement réactionnaire et occidental au bénéfice d’un quasi fascisme.
Il faut donc se poser la question des raisons de ces échecs qui transforment en cauchemar l’avenir de l’Amérique du Sud et des Caraïbes.
Il faudra réfléchir à cela.
Je me borne à quelques pistes et espère l’instauration d’un débat ouvert.
En premier lieu, mis à part à Cuba, les gauches du continent n’ont pas bâti d’alternative politique et économique au capitalisme libérale.
Dans la meilleure hypothèse, les gouvernements de gauche ont combattu avec succès la pauvreté et la misère en détournant de la corruption et de la poche des nantis une partie des ressources nationales. Mais rapidement, l’absence de changement structurels créait un plafond de verre infranchissable.
La logique de l’exploitation de l’homme par l’homme, du profit, de l’argent-roi a été maintenue et dans ce cadre les forces idéologiques et individualistes de droite ont repris le dessus.
Pas ou peu de nationalisations, pas d’autogestion, aucun projet alternatif, etc... le résultat est malheureusement là.
Deuxième approche, une absence de prise en compte des luttes intersectionnelles
Les luttes intersectionnelles se réfèrent à la manière dont différentes formes de discrimination et d'oppression se croisent et s'intensifient, nécessitant une approche intégrée pour lutter contre ces injustices.
Ainsi, la politique de la gauche chilienne vis à vis des Mapuches a été le premier clou de son cercueils. L’incapacité de Lula a soutenir les peuples amazoniens est inquiétant. On retrouve la même problématique des peuples premiers dans la Cordillères des Andes, dans les Guyanes, en Dominique et au Mexique (même si le Morena a fait un effort sur ce point)
L’absence de mobilisation de la gauche dominicaine contre le racisme anti-haïtien est aussi un signe.
Les gauches latino-américaines en sont restés à un schéma où il y aurait une lutte principale (laquelle?) et des luttes secondaires alors qu’elles doivent être intégrées dans une lutte globale.
Troisième point, une baisse sinon une absence notable de la lutte idéologique qui ne peut être que continentale. On a privilégié les alliances d’états (ALBA, CELAC, MERCOSUR, etc..) aux alliances politiques des forces politiques démocratiques et révolutionnaires. Ainsi le Forum de Sao Paulo ou l’Association des Peuples de la Caraïbes ont décliné ces dernières années.
Il s’ensuit qu’au de la des mots il n’y a pas de luttes et de revendications continentales contre la militarisation, contre les bases étrangères, contre le colonialisme (qui perdure en Caraïbe), contre les discriminations, pour les réparations, pour le développement durable, etc...
L’absence d’engagement commun implique des réflexes nationalistes internes peu soutenables politiquement sur le plan continental.
Il faut structurer une force continentale d’alternative politique, économique et sociale.
Nul doute que ces pistes sont insuffisantes et qu’il importe d’élaborer une critique globale des 30 dernières années de militantisme en Amérique du Sud et de la Caraïbe.
Il se fait donc que les actuelles défaites électorales sont la conséquences de choix politiques inscrivant la lutte de ou des gauches d’Amérique du Sud et de la Caraïbe dans le cadre du capitalisme, du légalisme et des luttes institutionnelles. C’est ce choix qu’il faut repenser au prix de remises en question pour bâtir une alternative continentale prenant en compte les spécificités nationales sans les opposer.
Cette obligation d‘inventivité est d’autant plus indispensable que l’avenir d’une voie tracée vers le socialisme ne viendra ni de l’Amérique du Nord, ni de l’Europe. Dans ce cadre, les pistes de FANON mais aussi d’autres penseurs comme Mariategui, Le Ché, Fidel Castro doivent être revisiter. Car nul doute qu’on leur a tourné le dos au bénéfice d’un réformisme patiné de gauche qui nous a mené dans le mur. L’évolution du PT au Brésil en est une illustration flagrante. Mais, aussi celle du MAS en Bolivie, du courant correiste en Equateur, etc..
Le mouvement de libération national de la Martinique dont certains membres (CNCP, PKLS entre autres) ont été très actifs dans les forums d’Amérique et de la Caraïbe doivent participer sinon initier ce débat continental. D’une part, car lui-même doit animer des luttes intersectionnelles si il veut bâtir une alternative crédible. D’autre part, ce n’est pas avec l’extrême droite et le trumpisme que notre peuple obtiendra un soutien à son combat national.
Le 28/12/2025
Raphaël CONSTANT
Avocat Militant
Antigue, Sainte-Lucie, la Dominique, Grenade etc... vendent leurs passeports. Lire la suite
1)Rockaya DIALLO n'a rien à voir avec les terroristes-islamistes qui ont massacré sauvagement les Lire la suite
...sans que cela n'émeuve PERSONNE en Occident ! Donc, arrête ton cinéma, mec :
Lire la suiteParce que 15 de ses journalistes ont été froidement assassinés par des islamistes en Janvier 2015 Lire la suite
On ne va pas polluer un site respectable qui survit sans grands moyens puisqu'on n'y voit aucune Lire la suite