Football: émouvant premier match en Europe pour l'équipe de Palestine, accueillie par les Basques

Un match amical de football a eu lieu ce samedi 15 novembre à Bilbao, entre l'équipe masculine du Pays basque et la sélection de Palestine. Une première en Europe pour cette dernière, meurtrie par la guerre, et notamment par la mort du capitaine de l'équipe à Gaza. L'objectif était caritatif, le score n'importait pas. Mais l'événement avait bien sûr une portée politique.

Une rencontre amicale pour le moins originale avait lieu ce 15 novembre au soir au stade San Mamés de Bilbao, au Pays basque espagnol. L'équipe masculine basque accueillait la Palestine, une première en Europe.

Encore éliminée dès la phase préliminaire de la Coupe du monde 2026, qui aura lieu en juin et juillet au Canada, aux États-Unis et au Mexique, la vaillante sélection proche-orientale, qui représente les Territoires au fil des drames depuis des décennies, a perdu 3-0. Mais l'essentiel était ailleurs.

Après d'autres défaites en Malaisie et en Algérie, en octobre dernier, c'était ce soir sa première rencontre dans l'un des pays du Vieux continent, l'Espagne, qui a reconnu l'État de Palestine dans le sillage du 7-Octobre et de la guerre dans la bande de Gaza.

Le public basque a réservé un accueil extraordinaire à son adversaire du soir. Une manifestation a eu lieu en ville à Bilbao, en amont, pour soutenir la cause du peuple palestinien. Et ce n'était que le début, puisque la Catalogne attend l'équipe mardi.

« On voit le monde entier se lever avec nous »

Jointe par Nicolas Feldmann, de RFI, la porte-parole de la Fédération de Palestine de football, Dima Saïd, voit dans le match chez les Basques, et dans celui de mardi contre les non moins fiers Catalans, plus que du sport.

« Pour nous, c'est bien plus que du football. C'est un message de sympathie et d'empathie avec le peuple palestinien. C'est un message fort qui montre que nous sommes tous unis par le football pour la paix », confie-t-elle.

Alors que la sélection palestinienne essuie régulièrement des complications logistiques pour pouvoir participer à ses rencontres, « nous méritons de vivre en tant que nation et de représenter la Palestine », plaide Dima Saïd.

La porte-parole espère que cela permettra « d'être reconnus, d'être vus et entendus ». « On voit le monde entier se lever avec nous contre ce génocide, précise-t-elle. C'est quelque chose de magnifique à voir. »

Au Pays basque espagnol, « un engagement historique »

Cela fait six ans que les Palestiniens n'ont pas disputé de rencontre à domicile et pour cause : les joueurs de l'équipe sont en exil, comme l'explique Raphael Le Magoariec, chercheur en géopolitique, au micro du journaliste Julien Francisco.

« Je sais qu'il y en a au Qatar, dit-il. Il y en a également aux Émirats arabes unis, notamment à Charjah, dans la ville voisine de Dubaï. À Gaza, l'ensemble des infrastructures ont été rasées, forcément, et de nombreux joueurs des clubs des alentours de Gaza ont été tués. C'est une hécatombe. »

Contrairement à leur coach, la plupart des joueurs sélectionnés n'ont même jamais mis les pieds dans l'enclave de Gaza. Certains jouent très loin, au Chili, en Islande, aux États-Unis. En revanche, plusieurs centaines de joueurs, entraîneurs ou arbitres sont morts ces deux dernières années. Ils sont plus de 350, selon la fédération, rien que pour le foot. Et pour accueillir ceux qui restent, il fallait un acte politique.

« Le Pays basque espagnol a toujours eu un engagement historique très fort envers les peuples en lutte, que ce soit les Kurdes mais aussi les Palestiniens. Le peuple basque s'identifie grandement au sort des Palestiniens, notamment à Gaza. »

« Nous avons perdu près de 200 personnes dans ma famille »

Sportivement, le score final est assez logique pour une sélection basque composée majoritairement de joueurs évoluant en première division espagnole. Mais les deux équipes ont montré qu'elles partageaient la même quête d'indépendance.

Les joueurs ont célébré côte à côte, se tenant par les épaules, devant plus de 50 000 spectateurs. Tous les bénéfices seront reversés à des projets humanitaires et sociaux en Palestine.

Sur les panneaux publicitaires, on a pu lire : « ​​​​​​​Le football dit non au génocide », tandis que se dessinaient des drapeaux basques et palestiniens sur toute la largeur d'une des tribunes de l'antre du fameux club « familial » de l'Athletic Bilbao.

« ​​​​​​​Dignité, liberté, paix », a-t-on pu voir passer aussi. « ​​​​​​​C'est difficile d'entraîner lorsque votre mère vit dans une tente de fortune, a confié le sélectionneur Ehab Abou Jazar à l'Agence France-Presse. Je viens de Gaza. Nous avons perdu près de 200 personnes dans ma famille. Ma maison a été détruite. Mais représenter la Palestine est le plus grand honneur qui soit. »

« ​​​​​​​Ici en mission pour délivrer un message au monde »

Dès le premier jour du conflit, accuse le président de la fédération palestinienne, Jibril Rajoub, les Israéliens « ​​​​​​​ont pris pour cible le sport ». « ​​​​​​​Ils ont détruit toutes les infrastructures à Gaza, 289 au total », accuse-t-il dans les colonnes de l'AFP.

Depuis octobre 2023, il n'y a plus de championnat, et plus aucun club ne fonctionne. Parmi les centaines et les centaines de sportifs blessés ou tués, on retrouve le plus célèbre joueur de football du pays lui-même, Suleiman Al-Obeid, 41 ans. La mort du « Pelé palestinien » a été annoncée le 6 août 2025 dans le sud de l'enclave, alors qu'il attendait de l'aide humanitaire.

« Mille cent athlètes, employés, entraîneurs et arbitres ont été tués, dont notre capitaineDes milliers ont été blessés, des centaines d'autres sont portés disparus »énumère tristement Jibril Rajoub. « Israël devrait être sanctionné », estime le dirigeant de 72 ans, également secrétaire général du Fatah du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Le coach Ehab Abou Jazar de conclure : « Nous sommes ici en mission. Pour délivrer un message au monde entier : le peuple palestinien mérite de vivre avec dignité. Il faut mettre fin à l'occupation, mettre fin à cette guerre et à ce génocide. »

La sélection nationale de football palestinienne, offrant roses et keffiehs à leurs adversaires basques du soir, au stade San Mamés de Bilbao, ce samedi 15 novembre 2025.© AFP - ANDER GILLENEA

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