Thaïlande : les seigneures des anneaux

Patrick Chesneau

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   J’aime ce port altier.

   Le dessin de ce visage marmoréen. 

   La noblesse du regard. 

   Acuité, profondeur.

   Insolite beauté.

   Caractéristique du peuple Padaung, composante de l'ethnie Karen, dépositaire d’une culture ancestrale encore préservée à ce jour dans les montagnes escarpées, couvertes de jungles épaisses, du nord de la Thaïlande et du Myanmar limitrophe.

   On est au coeur du Triangle d’Or, délimité en contrebas des reliefs couronnés de nuages par le mythique fleuve Mékong. Et le Laos en vis-à-vis. 

   En cette contrée d'une nature brute et grandiose, survient à 5 ans pour les petites filles, un peu comme une initiation, la pose du premier collier. Léger, purement décoratif.

Remplacé au gré des années par des anneaux en laiton de plus en plus amples. Le poids d'une telle armature enserrant la glotte et la nuque, peut atteindre 25 kilos à l'âge adulte. 

  A l'origine, cette gangue servait de protection contre les tigres. Ils abondaient dans les bambouseraies. Par leur morsure, les félins tentent de saisir leur proie au garrot et de l'étouffer en même temps que les crocs acérés  brisent  les cervicales.

  D'une pratique sécuritaire, transmise de génération en génération, est née une tradition.  

  Le phénomène revêt plusieurs dimensions.

   En tout premier lieu, on ne peut éluder l'aspect physiologique. Enchassés sur les épaules depuis la période juvénile, les anneaux constitués en tour de guet infligent indubitablement une douleur, au moins au stade initial. Une pression lancinante endurée par les femmes Padaung avec un stoïcisme forçant l'admiration.

   La gorge est enserrée pour ne pas dire encagée, emprisonnée. 

   A vrai dire, plutôt que d'une élongation du cou, il est question ici d'un affaissement lent et continu des épaules. En résulte un étirement morphologique progressif. Les Occidentaux qui rechignent à se départir des codes inhérents à leur société, ont pour réflexe de dénoncer une torture. Pourtant, aucune femme Padaung n'exprime la volonté catégorique de rompre avec une coutume séculaire.

   D'abord pour une raison esthétique. 

   Ce harnachement est signe de beauté et de séduction. 

   D'ailleurs inséparable d'une coiffe chamarrée, sertie de petits bibelots stylisés. 

   Et de bijoux. 

   Certes, les anneaux interdisent les bisous coquins, même dans l'intimité. Et mieux vaut ne pas être pris d'une subite envie de se gratter les amygdales. Il n'empêche que toutes les femmes de cette latitude en altitude observent une hygiène rigoureuse. et accomplissent la prouesse de rester étonnamment coquettes. Chaque jour, se laver s'apparente à un rituel méticuleux, requérant une infinie délicatesse. 

   La paroi intérieure de la colonne métallique entre crâne et poitrine est tapissée d'une étoffe, à changer très régulièrement,  pour éviter les frottements abrasifs et les irritations de la peau.

Des feuilles et des fleurs fraîchement cueillies servent à confectionner un onguent apaisant une fois appliqué sur l'épiderme. Poudre et talc pour empêcher une sudation trop intense sont d'usage commun. Nul doute que l'entraide au sein de la communauté est une vertu indispensable. 

   Les séquences consacrées quotidiennement à la toilette, aux soins corporels et au maquillage sont des moments tout à la fois ordinaires et précieux, empreints de jovialité et de bonne humeur. Les femmes, tous âges confondus, sont volontiers volubiles, facétieuses. Déployant grâce, charme et minauderies. 

   On les voit souvent rieuses. 

   Pétulante prolongation de l'adolescence.

   Voilà qui prémunit de toute folie des grandeurs. Elles ne sont pas en représentation et du haut de leur parure ne toisent personne avec dédain. Plus fondamentalement, entrent en jeu des considérants culturels, hérités d'une longue lignée de siècles. Les volutes torsadées que l’on superpose au fur et à mesure de l’âge sont la marque d'une identité collective unique.

D'une culture. C'est très exactement la manifestation de l'appartenance à un peuple. 

  Certains observateurs  affublent les " long neck women " d’une appellation folklorique pour cartes postales numérisées: les femmes girafe. Il n'est pas obligatoire d'y voir un complot de la part des tours opérateurs pour attirer les touristes.

  Mais ne soyons pas exagérément naïfs.

   A l’évidence, c’est un cou monté.

 

Patrick Chesneau

 

Photo: Kaekow Punjeerak

Commentaires

Beau texte!

Veyative

30/09/2026 - 16:30

Évidemment cette culture ne peut subsister qu'au fin fond des bois....

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  • Le lycéen dézingueur d'Aubagne ne s'appelle ni Mohamed ni Mamadou ni Mano !

    PFF !

    Albè

    16/10/2026 - 20:59

    Les chrétiens ont génocidé les Amérindiens, esclavagisé les Nègres, chambre-à-gazé les Juifs, liq Lire la suite

  • Le lycéen dézingueur d'Aubagne ne s'appelle ni Mohamed ni Mamadou ni Mano !

    Réponses vraies à commentaire ...Faux !!!

    yeg

    16/10/2026 - 20:43

    1) "Aucun média français n'a révélé .....l 'IDENTITE de l'élève d'Aubagne". Lire la suite

  • Le lycéen dézingueur d'Aubagne ne s'appelle ni Mohamed ni Mamadou ni Mano !

    FAUX !

    Albè

    16/10/2026 - 11:44

    Aucun média français n'a révélé ni LE NOM ni l'IDENTITE de l'élève d'Aubagne ! Lire la suite