Thaïlande/Inondations

Patrick Chesneau

Rubrique

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    Spectacle poignant.

Hat Yai se noie. La ville principale de la jangwat ( province ) Songkhla à l’extrême sud de la Thaïlande boit la tasse. 

    C’est boueux, infect. 

   Les flots parfois horriblement impétueux charrient immondices et détritus, témoins nauséabonds de milliers de vies risquant à tout moment d'être englouties.  

Les images composent une litanie obsédante. Fragments par myriades, extraits d'une réalité ballottée, concassée, martyrisée.

Diagnostic invariable: des inondations dantesques paralysent une région entière en bordure de la Malaisie. 

Toute la province a été déclarée zone de catastrophe naturelle. Près d'un million de personnes affectées par les pluies diluviennes. Faits et gestes entravés. 

Les autorités ont ordonné l’évacuation de tous les habitants de la métropole provinciale. Des camions et des embarcations de l'armée se déploient inlassablement dans ce " bayou " urbain pour récupérer riverains et animaux désespérés, épuisés, affamés. De loin, ce sont des ombres fantomatiques. En plan rapproché, des familles entières juchées sur le toit de leur maison. Dans le dénuement le plus total après plusieurs jours de déluge ininterrompu. Dans un contexte aussi maussade, la vision d'un treillis engoncé dans de gigantesques bottes de sept lieues en caoutchouc procure un indicible soulagement. Comme une résurrection impromptue soudain à portée de main. Les hommes des unités d'infanterie jouent les marsouins de circonstance pour venir en aide aux mères.  Impressionnantes, elles s'avancent vers leurs hardis bienfaiteurs, flanquées d'une marmaille transie sur pied et d'une kyrielle de nourrissons incrustés dans le creux du bras. Aide est également apportée aux personnes âgées, aux malades et handicapés. Les opérations d'hélitreuillage par hélicopères se multiplient et pourtant l'impression persiste que les équipes de secours vident un océan à la petite cuiller. Quand elle est seule, la logistique ne suffit pas à triompher de la fatalité. Il faut lui adjoindre la clémence du ciel. Ce n'est pas encore le cas. 

   D'autant que se profile le spectre de la disette économique. En temps ordinaire, Hat Yai est le centre névralgique de l’activité dans cette partie méridionale du Royaume. 

Cette fois, l’économie est la victime frontale d’une submersion d'ampleur inédite. Dans cette cité lacustre malgré elle, des projets de développement sombrent corps et âme. Des chantiers coulent à pic. De la simple échoppe à l'hypermarché,  le commerce est sinistré. Devantures assiégées par la marée montante. 

Les hotels revêtent l'allure de radeaux de la méduse. Servant de refuges au millier de touristes piégés jusqu'au moment de leur délivrance par les sauveteurs. Tout en sachant que les exfiltrations vers d'autres provinces ne se feront pas par train, encore moins par avion. Aéroport, gares, voies ferroviaires sont impraticables.

Certains détails indiquent la gravité exceptionnelle de la situation.  

Par exemple, ces voitures qui partent en lente mais inexorable dérive. Aucune n’était destinée à un quelconque destin amphibie.  Et il faudra plus qu’un changement de batterie pour que cette armada de véhicules piégés par les eaux puisse espérer reprendre du service. 

   Dans le maillage des rues transformées en klong d'infortune, seules les barques imposent leur légitimité face à la furie des éléments. 

Pour autant, le compte n'est pas bon.

   Sans doute y a-t-il un besoin urgentissime et criant de bathyscaphes.

 

Patrick Chesneau 

 

Photos: Thai PBS

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