Raphaël Confiant continue l’écriture de son grand projet littéraire : la Comédie Créole consistant à explorer les diverses composantes de la société créole. Il nous fait délaisser la terre martiniquaise pour nous rendre encore dans la région parisienne comme ce fut le cas pour « Le Bal Blomet ». Cette fois-ci c’est à Barbès, haut-lieu de mixité où l’on croise une population également diversifiée, arabes, africains, antillais, français, croate et bien d’autres…
Génération du BUMIDOM
Comme souvent l’auteur nous place dans une époque passée, celle des années 60 avec la grande migration organisée par le Bureau des migration pour les des Départements d’Outre-mer (BUMIDOM) mis en place en 1963 par Michel Debré. Cet organisme est chargé de d’encadrer et de gérer la migration ultramarine vers le sol français. L’objectif officiel est d’abord d’offrir une perspective aux jeunes ultramarins mais surtout également, répondre aux besoins de mains d’œuvres en France hexagonale, en pleine reconstruction à l’issue de la deuxième guerre.
Des conditions difficiles du départ à l’arrivée. C’est ce que vont vivre les personnages du roman, « A bord du navire le Colombie, en troisième classe, …Quand le mal de mer les étreignait et qu’il fallait monter sur le pont arrière afin de respirer une peu d’air frais, ils admiraient les passagers des classes, presque tous européens, qui, installés sur des transats, se laissaient bercer, un verre à la main... Ils ne dédaignaient pas jeter un œil dans la direction de ces passagers à l’épiderme trop sombre qui voyageaient en fond de cale. »
Très souvent ils arrivaient en plein hiver, et n’ayant pas toujours de la famille sur place. Ils étaient accueillis dans des foyers. « Au Foyer se rassemblaient aides-soignantes des hôpitaux de Paris, ouvriers d’usine automobile de l’île Seguin, facteurs et autres employées des PTT, commis, travailleurs d’hôtellerie, domestiques, nounous etc…
L’auteur, par le biais du personnage de Myrtha nous montre toutes cette tranche de la population antillaise qui a réussi dans les hôpitaux, à la RATP ou dans les PTT et bien d’autres boulots de reconstruction de la France de cette époque
Ce mouvement migratoire n’a-t-il pas démobilisé toute une frange de la jeunesse martiniquaise sensible aux mouvements anticoloniaux des années 1960. Parmi les étudiants, le personnage d’Antoine Saint-Jorre, qui sera un militant qui découvrira le racisme, les exactions de l’OAS en pleine guerre d’Algérie. Les manifestations contre le l’invasion américaine au Vietnam, les manifestations en 1968 ou encore la protestation contre l’assassinat de Martin Luther King. Assurément, il aurait pu faire partie de la jeunesse militante de l’OJAM ou du GONG en Guadeloupe.
Barbes blues, l’Hôtel du Paradis ?
Beaucoup de parents n’osent pas parler de cette expérience, et certains ne sont jamais retourner ; soit pour entretenir l’illusion de leur réussite, soit n’ayant tout simplement pas les moyens.
Ce qui devait être un El Dorado, sera un véritable cauchemar aux abords de l’Hôtel du Paradis. Le BUMIDOM est aussi cet exil qui n’a pas toujours réussi à tout le monde, comme le montre précisément la vie d’Emilienne. N’ayant pas trouvé une formation requise, elle sera placée chez un couple ayant vécu aux Antilles, à l’issue de violences sexuelles elle fuguera. Mais comme le dit le dicton créole « Sòti an sann pou tonbé an difé » Elle fera une mauvaise rencontre à ce mauvais moment et tombera dans les griffes d’un proxénète qui la mettra sur le trottoir. C’est là qu’elle fera la connaissance de l’étudiant Boris Gérardin à qui il demande de lui écrire sa vie, en rédigeant le « Roman de l’Egarée ». Parviendra-t-il à cet exploit ?
Raphaël Confiant nous tient en haleine tout au long des 220 pages pour nous faire vivre la possible réalisation de ce rêve. La vie d’Emilienne est celle de nombreuses égarées qui n’ont pas toujours réussie cette immigration. C’est un sujet tabou que l’auteur aborde car le BUMIDOM a fait beaucoup de laisser pour compte et beaucoup qui n’ont pas su s’adapter, et surtout celles qui ont fait de mauvaises rencontres de compatriotes pas toujours coopératif. L’auteur montre également la force des associations antillaises qui maintiennent encore un lien de solidarité et culturel de l’autre côté de l’Atlantique.
Nous sommes conviés à nous immerger dans l’univers Confiantesque, certes à un moment de littérature mais aussi à une réflexion sur le devenir de toutes cette jeunesse issue du BUMIDOM pas toujours très à l’aise dans leur peau de parents antillais mais né en France hexagonale. Pas toujours bien accueilli en France et chez leurs parents aux Antilles. Ne les appelle-t ’on pas « neg zagonal » ? Ces enfants issus de l’immigration ne doivent ils pas mériter toute notre attention pour faciliter leur réintégration chez leurs parents ?
Jid
...une seule seconde que j'ai tenté d'alphabétiser bun crétin de ton espèce ????! Lire la suite
Je te rassure sur mon identité :
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...autrement dénommé "YUG" (l'un de ses multiples pseudos lui servant à éructer ses âneries dans Lire la suite
le temps long est le la matière des anthropologues (ce n'est pa son gros mot, hein!!!!!?)
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le concept temps n'est pas d'albè mais de fernand Braudel historien français, de plus
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