Daniel Hierso, business modèle

Céline Guiral ("Worldpress.com")

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Le président d’Outremer network propulse son réseau avec une incroyable détermination. Sa trajectoire inspire la génération montante.

Il se méfie des apparences trompeuses. Vaines postures que certains tentent d’adopter. Lui apprécie la simplicité. « J’aime bien les gens sans chichis, entame Daniel Hierso. Quand quelqu’un commence à faire des ronds de jambe, ça me saoule ». Aux longs discours, le charismatique président d’Outremer network préfère l’action. Aux effets d’annonce, les résultats. C’est aussi le reflet de son parcours. Où rien n’a été donné, mais où il a fallu aller chercher, quitte parfois à essuyer quelques échecs. Des ratés qu’il ne tait pas parce qu’ils l’ont aidé à se construire.

En « vrai négropolitain », il naît à Paris de parents martiniquais puis grandit en banlieue, cité des Quatre Chemins, à Colombes. Enfance heureuse. Education stricte. « Mon père veillait à ce que je ne devienne pas un voyou. » Un autre ressort : le sport. « J’ai commencé par l’athlétisme avant de découvrir le karaté. » Une discipline qui lui offre un cadre et lui coupe l’envie de chercher la bagarre hors du tatami. Quant à l’école, ce n’est pas un terrain de jeu qu’il affectionne. « Je n’y faisais pas grand chose », concède-t-il.

Le sens des affaires

À 18 ans, il commence à travailler dans la sécurité. Sa carrure en impose. « Dans ce milieu, j’ai très vite compris qu’il fallait être son propre patron ». Il monte sa société, qu’il « plante au bout d’un an, après avoir fait toutes les erreurs du débutant ». Puis il relance une affaire, avec « un vieux monsieur ». Un ancien de chez Carrefour, « viré de la grande distribution », qui souhaite accompagner des jeunes dans la création d’entreprise. Combinaison gagnante. Très vite, la société compte une centaine de collaborateurs et se diversifie. « Je me suis mis à faire de l’accompagnement », lance le patron d’OMN avec ce flegme dont on préfère qu’il ne le quitte pas. À savoir, assurer la protection de grands patrons impliqués notamment dans des plans de restructuration. « J’ai saisi à ce moment-là toute la portée du terme ‘expérience client’. Je me suis retrouvé à gérer des personnalités très stressées. J’ai appris à les écouter, à les comprendre voire à anticiper leur desiderata ». Un bodyguard, l’instinct du business en plus.

 

Plus-value

À l’époque, l’un de ses clients se nomme Bernard Dupont. Le Pdg de Bata France est à l’œuvre dans un plan social qui prévoit de laisser « plusieurs centaines de personnes sur le carreau ». Sombre conjoncture. « On a passé 6 mois ensemble », se souvient Daniel Hierso. Un lien de confiance se tisse entre les deux hommes. « Je découvre à son contact ce que sont les phénomènes de baisse et d’accélération des marges, les marchés haussiers, baissiers. Pour moi, les théories de Schumpeter, c’était très loin. » Sur les conseils de ce mentor, il vend sa société, bénéficiaire, et investit dans l’immobilier. À la faveur d’un marché en plein essor, il revend un peu plus tard des studettes à prix d’or et réalise une très belle plus-value. « J’ai été, disons, un peu…propulsé », pose-t-il doucement. Mais loin de lui l’envie de flamber : « Les grosses voitures, tout ça, ce n’était pas pour moi ». Il réinvestit avec bon sens.

Puis en 2005, « c’est un coup de semonce ». Il perd ses parents et un cousin dans la catastrophe aérienne du 16 août 2005, au Venezuela. Pendant 5 ans, il met ses jours et ses nuits au service de la lutte pour la vérité, au côté des associations de victimes dont l’Avca. Jusqu’à mettre ses vies personnelle et familiale en péril. Parce qu’il faut absorber sa propre douleur, et celle des autres. « J’étais jusqu’alors resté très loin des préoccupations de ma communauté. Pour moi, la culture antillaise, c’était mon père qui écoutait La Perfecta et Les Aiglons, ça ne m’intéressait pas du tout. Le destin m’y a ramené violemment. » De cet épisode dramatique naît un noyau dur de compétences au sein de la communauté, à Paris. Parmi eux notamment, Jean-Claude Beaujour et Carine Chassol, avocats d’affaires, ou encore Jocelyn Golitin, entrepreneur. Ce sont les prémices d’OMN.

 

Détermination

Puis vient 2009 et la fronde sociale sans précédent qui secoue les Antilles et la Guyane.

Pas tendre, lucide certainement, évoquant un discours qui bascule trop souvent dans la « victimisation et le concours de pleurnicherie », Daniel Hierso regrette à ce moment-là le mutisme des entrepreneurs. Il fallait leur donner de la voix, les rassembler. Un constat qui conforte le bien-fondé de la création d’Outremer network. Les premières sessions réseautage sont organisées sur la péniche « Alizé » amarrée près de Bercy et propriété de Jocelyn Golitin, indéfectible compagnon dans cette envie de porter haut les talents ultramarins. « Daniel, c’est un gars qui s’est fait tout seul, confie ce dernier. C’est un battant, il ne lâche jamais. » Une détermination qui a permis à OMN de se développer considérablement. Sans la moindre subvention depuis ses débuts, le réseau ne cesse d’accompagner, de former et d’accélérer des pépites innovantes issues d’outremer et de banlieue. Convaincus, d’anciens patrons du CAC 40 ont rejoint l’aventure : Xavier Fontanet (Essilor) ou encore Franck Riboud (groupe Danone). La simplicité et la chaleur du lien humain que sait installer le boss d’OMN y sont certainement pour quelque chose.

Humble, « besogneux », Daniel Hierso regrette l’assimilation trop poussée d’OMN à son nom. Il en est le président, certes, mais déteste rien de plus que les lauriers. « Un réseau, c’est un collectif », assène-t-il. Le 29 juin dernier, il installait OMN à Station F, le campus mondial de startups fondé à Paris par Xavier Niel. Un coup gagnant, à la mesure de l’engagement.

 

Céline Guiral

@ClineGuiral

Papier paru dans France-Antilles Martinique le 11 août 2017

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