«Une île à l’envers»: La Réunion, au-delà de la carte postale

Dans son nouveau roman, Léa Arthemise s’inspire d’une légende qui continue de fasciner les Réunionnais.

Une visite au cimetière marin de Saint-Paul, à La Réunion, a suffi à déclencher l’écriture d’Une île à l’envers, le nouveau roman de Léa Arthemise. « Visiter ce cimetière, c’est comme visiter une bibliothèque à ciel ouvert », dit l’autrice. C’est là, lors d’un voyage effectué pour ses 30 ans, juste avant la pandémie, qu’elle s’arrête devant une stèle longtemps associée au pirate Olivier Levasseur, dit La Buse, pendu en 1730. La scène, raconte-t-elle, tient d’un récit à elle seule. La « tombe de La Buse » serait une « fausse tombe » : à l’époque, on n’enterrait pas les pirates, on jetait leurs corps à la mer. Quelqu’un aurait donc élevé une stèle à son nom, puis le cimetière aurait fini par réattribuer la sépulture à la personne qui y repose réellement, « une esclave affranchie ». Ce déplacement de mémoire agit comme un choc discret. Léa Arthemise parle d’un « déclencheur ». Elle commence à creuser.

L’autrice, qui a déjà publié trois romans (La flémingyte aiguë, 2011 ; Question de géométrie, 2016 ; Un grondement féroce, 2023) est née à Meaux et a grandi en banlieue parisienne dans une famille « peu enracinée ». Son père a grandi à La Réunion, sa mère en Alsace. Plus tard, quand les enfants quittent la maison, ses parents se réinventent en Bretagne. « Ils ont cette capacité de réinvention qui est assez extraordinaire », souligne-t-elle. Elle arrive au Québec à l’hiver 2014-2015 après une maîtrise en littérature et civilisation anglophones, et quelques années de travail dans l’édition à Paris. Installée depuis à Montréal, elle est toujours éditrice. La ville, elle l’avait d’abord fréquentée en vacances avant de la reconnaître comme un lieu « familier », l’endroit où elle voulait « vivre sa vie d’adulte ». Aujourd’hui, elle l’affirme sans détour : « Mes racines, elles sont ici, au Québec. »

Reste que La Réunion continue de l’appeler. Son lien à l’île est « paradoxal » : elle n’y a pas vécu, mais l’attachement persiste. « C’est un territoire assez déroutant, très envoûtant », dit-elle. Dans Une île à l’envers, la question dépasse l’île elle-même et touche à la transmission. Son père, raconte-t-elle, ne lui a pas tout transmis de la culture réunionnaise « en dehors de la nourriture… et de quelques chansons… », mais il a transmis autre chose, une mémoire qui revient par les gestes et par ce qui reste implicite.

Légendes insulaires

Le roman s’appuie sur une légende : celle du trésor de La Buse. Au moment de mourir, lors de sa pendaison, le pirate aurait lancé dans la foule un cryptogramme en s’écriant : « Mon trésor à qui saura le prendre ! » Qu’il ait existé tel quel ou qu’il relève d’un récit reconstruit, le geste a suffi à faire naître une fascination durable. L’affaire du trésor de Levasseur, dans l’océan Indien, a alimenté des décennies de conjectures, de recherches et de réécritures. Elle a aussi inspiré plusieurs créateurs — romanciers, bédéistes, scénaristes —, qui y ont vu un matériau idéal : une énigme, des îles, un désir de fortune, et la promesse d’un secret jamais tout à fait refermé. Léa Arthemise choisit de ne pas « résoudre » l’énigme : le cryptogramme la fascine moins pour son contenu que pour la fiction qu’il autorise.

C’est ainsi que naît le personnage de Jo, chasseur de trésors, inspiré partiellement par Joseph Tipveau, dit « Bibique », Réunionnais ayant consacré une part de sa vie à cette recherche. Mais Léa Arthemise insiste : Jo et Léone sont des personnages chargés d’affect, qu’elle souhaitait rendre « attachants ». Elle leur prête, de manière « esquissée », des traits de ses grands-parents, à qui le livre est dédié. « Au final, je sais très peu de choses de mes grands-parents », confie-t-elle. « Toute une portion de leur vie a été longtemps fantasmée dans ma tête. »

Elle déplie cette tension sur deux générations. Après Jo et Léone viennent France et Gilles, enfants tournés vers la métropole française et faisant face à la dureté du déplacement. L’autrice dit avoir voulu « donner une dimension sociale » au livre, en laissant entendre les bouleversements du XXe siècle et la violence de certains départs imposés. Le titre, Une île à l’envers, lui est venu « un soir de fièvre », mais il condense une intention : « l’envers du décor », sans carte postale ni misérabilisme.

La langue participe de ce choix. Léa Arthemise insère du créole réunionnais, « mais pas trop », sans glossaire, en veillant à ce que le sens soit éclairé par le contexte. Elle vérifie certains usages auprès de son père, puis fait relire le tout par sa sœur. Au cœur de l’entretien, une question revient : la légitimité. Léa Arthemise n’est pas née à La Réunion ; elle n’y a pas vécu. Au début, dit-elle, elle s’est demandé si elle avait le droit d’écrire sur cette île. Puis la question s’est déplacée. « Pourquoi est-ce que je me pose ces questions ? […] C’est une non-question. Je n’écris pas sur La Réunion. J’écris sur des rêves, des mythes, des réalités, des fantasmes. » Ce travail intérieur, elle le relie à la maternité : la naissance de son fils a déclenché une réflexion sur la transmission et l’héritage. Elle rit en évoquant son garçon de quatre ans marchant dans Montréal avec un drapeau québécois : « Je me demande : “Est-ce qu’il est légitime ?” » Sa réponse vaut comme un point d’arrivée. Un enfant, au fond, est la somme des histoires qu’on lui transmet.

Dans Une île à l’envers, la piraterie n’est donc pas un simple imaginaire d’aventures. Elle sert à parler du désir, du manque, de l’identité, de la transmission et de ce qu’on poursuit pour tenir debout. Le cryptogramme, qu’il dise vrai ou non, suffit à ouvrir des vies, à fabriquer des obsessions, à révéler ce qui se cache derrière le décor.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Dans son quatrième roman, Léa Arthemise se penche sur une légende réunionnaise: celle du trésor de La Buse.

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    Albè

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    ...l'article ce truc de "Français qui ont commencé avant les Allemands" ? Lire la suite

  • « Quand l'Etat engagera-t-il enfin une véritable reconquête de fraternité territoriale en Martinique avec des moyens à la hauteur des enjeux ? »

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    13/04/2026 - 10:42

    Les français ont commencé avant les allemands
    pays de merde!

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  • « Quand l'Etat engagera-t-il enfin une véritable reconquête de fraternité territoriale en Martinique avec des moyens à la hauteur des enjeux ? »

    "Fraternité territoriale"? Kra kra! Je ne l’avais...

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    ...jamais entendu ni lue celle-là! Lire la suite

  • « Quand l'Etat engagera-t-il enfin une véritable reconquête de fraternité territoriale en Martinique avec des moyens à la hauteur des enjeux ? »

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