Ile Maurice : des mouvements hindouistes s'opposent à l'utilisation du créole au parlement

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   A Maurice, la question linguistique est depuis toujours au coeur des débats culturels et politiques depuis l'indépendance de l'île en 1968.

   Multiethnique car composée d'Indiens, de Créoles (Noirs et Métis), de Franco-Mauriciens (l'équivalent des Békés martiniquais), de Chinois et d'Arabes, Maurice est aussi officiellement bilingue (anglais et français). Cependant, comme à la Réunion et aux Seychelles, la langue la plus répandue, celle de tous les jours, est le créole mauricien. Des intellectuels et des militants mauriciens se battent depuis les années 1970 pour la revalorisation de ce dernier,le  dotant d'une graphie, de grammaires et de dictionnaires. Et d'oeuvres littéraires ! 

     L'utilisation du créole au sein de l'école et des structures politiques ne fait pourtant pas l'unanimité jusqu'à présent entre ceux pour lesquels seuls comptent les langues européennes et ceux pour lesquels il importe de donner davantage d'importance aux langues indiennes. C'est ainsi que ces jours-ci, deux organismes hindous s'opposent à l'utilisation du créole au sein du Parlement mauricien si l'hindi et le bojphuri n'y sont pas également utilisés.

     Sadley Assone, écrivain de renom et journaliste, explique plus bas ce que pareille demande a de communautariste...

 

                                                                    *** 

Les passéistes.

“L’opposition” de l’Arya Sabha et du Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation à l’utilisation du créole au Parlement est un combat d’arrière-garde. Et s’il était encore de ce monde, le regretté Dev Virahsawmy aurait qualifié les dirigeants de ces deux organisations de passéistes.

Car, malgré leurs missives en anglais, ils ne « grasped » pas le fait que le créole est la langue NATIONALE de tous les Mauriciens, et que nos parlementaires, sous tous les régimes, ne maîtrisent déjà pas les deux langues étrangères que sont le français et l’anglais. Y ajouter l’hindi, aussi une langue étrangère, ne ferait qu’ajouter à la « Babélisation », où, selon l’Arya Sabha et la MSDTF, chaque parlementaire parlerait sa langue. Ce qui relève bien entendu de l’absurde. Que ferait la Speaker Shirin Aumeeruddy-Cziffra si Anil Baichoo lui demandait, en hindi ou en bhojpuri, s’il peut avoir une question supplémentaire à poser à Joe Lesjongard ? La Speaker demanderait alors à un interprète/traducteur ce qu’a dit le ministre Baichoo ? Imagine-t-on la cacophonie au Parlement si la logique de l’Arya Sabha et de la MSDTF devenait réalité ?

Car, ces messieurs/dames de l’Arya Sabha et de la MSDTF confondent langue ancestrale et langue nationale. Car, en parlant « d’ajustement culturel », cette association fait croire que le créole serait la langue d’une communauté, les Créoles, seulement, alors qu’en fait cette langue a depuis longtemps franchi la barrière communautaire, pour devenir la langue de tous les Mauriciens. Y compris des représentants de l’Arya Sabha et de la MSDTF, qui parlent aussi le créole !

Et justement, si on milite pour l’introduction du créole au Parlement, c’est pour une question de LOGIQUE ! Combien des représentants de l’Arya Sabha et de la MSDTF comprennent ce qui se dit au Parlement, tant en français et en anglais ? Même ceux qui ont fait « de grandes études » disent souvent qu’ils peinent à discerner où veulent en venir nos parlementaires, sous tous les régimes, quand ils s’expriment dans ces deux langues étrangères. De plus, en persistant avec l’anglais, pour la présentation du budget, les ministres des Finances deviennent souvent les premiers incompris de tout gouvernement. Rama Sithanen peut le confirmer, lui qui venait souvent avec des termes sortis d’Oxford et de Cambridge, et qui ne soulageaient en rien le quotidien des miséreux qui allaient payer leur pain plus cher.

C’est pourquoi il y a unanimité quant au fait qu’il faut introduire le créole au Parlement, afin que chaque Mauricien puisse vraiment comprendre ce qui se décide pour eux. Les responsables de l’Arya Sabha et de la MSDTF doivent comprendre que ce n’est pas pour faire plaisir à X ou Y, ou à telle communauté, mais pour être plus en phase avec ce que les droits humains commandent. A savoir que la langue maternelle du pays doit avoir primauté sur les langues étrangères. Et d’ailleurs, pour ne prendre qu’un exemple, en Inde, ce sont les langues du pays qui priment au Parlement. Pas les langues étrangères. L’Arya Sabha et la MSDTF kapav konpran sa ?

Ce qui gêne encore dans les demandes de l’Arya Sabha et de la MSDTF, c’est le « timing » de leur demande. Durant tout le temps où la question de la langue créole au Parlement était discutée, tant sur le campus, la presse, et  dans les débats publics, on n’a JAMAIS entendu les responsables de ces deux associations. Ce n’est que parce qu’ils ont compris que le créole va certainement être introduit au Parlement qu’ils se réveillent, et s’y opposent ! Et la coïncidence veut aussi que c’est suite à une question de l’Honorable Joanna Bérenger sur ce sujet que « somey kase » du côté de l’Arya Sabha et de la MSDTF !

Ce n’est pas normal de leur part. Car, s’il est vrai qu’il est sain d’avoir des débats, sur n’importe quel sujet, pourquoi est-ce maintenant que ces deux organisations revendiquent leur opposition à l’introduction du créole au Parlement ? Qui plus est, Sarita Boodhoo est venue ajouter du mauvais sel dans ce débat en soutenant qu’il  «  faut un comité national pour toutes les langues. Car nous sommes un pays multilingue et multiculturel ».Sarita Boodhoo dirige le Bhojpuri Institute depuis plus de 30 ans, et milite pour cette langue. Et elle est active sur le front social, culturel et politique depuis l’époque du gouvernement Travailliste de Sir Seewoosagur Ramgoolam ? Pourquoi depuis cette époque, n’avez-vous jamais demandé, ou recommandé,  un comité national pour toutes les langues à Maurice, Sarita ? Pourquoi maintenant ? Pa ti inportan ena komite nasional lor bann lang avan ?   

Et le plus ridicule, dans les revendications des deux associations, c’est quand elles appellent à des « clarifications » et à une « consultation nationale ».Est-ce qu’il y eut « consultation nationale, à partir de 1968,pour demander aux Mauriciens si l’anglais et le français devaient être les seules langues utilisées au Parlement ? Bien sûr que non. Cela fut décidé UNILATERALEMENT, SANS CONSULTATION AUCUNE !  Kifer zordi pe dimann « klarifikasion » ek « konsiltasion nasional » quand il s’agit de la langue PARLEE ET COMPRISE PAR TOUS LES MAURICIENS ? Que l’Arya Sabha et la MSDTF veuillent défendre et promouvoir les langues ancestrales, c’est tout à fait leur droit. Mais elles n’ont pas le droit d’imposer des points de vues passéistes sur tous les Mauriciens. Introduire le créole au Parlement, ce n’est pas promouvoir l’ancestralité et l’ethnicité. C’est parce qu’il temps que ce pays se DECOLONISE (si tant est que l’Arya Sabha et la MSDTF comprennent le sens de ce mot), et que ce processus soit reflété là où se décide le destin de ce pays.

Il n’y a pas plus clair que cela. S’y opposer équivaut à célébrer le colonialisme (l’Arya Sabha et la MSDTF savent-ils ce que l’Inde a souffert du colonialisme Britannique ?) dans toute son horreur et sa laideur !

 

Sedley Assonne 

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