Thaïlande : une vague à l'âme

Patrick Chesneau

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   C'est à ça que ressemblent les avis de recherche. Lorsque de nombreux internautes demandent: " Où se trouvent les plus belles vagues en Thaïlande ?  Les plus fortes, les plus impressionnantes ?  Voire les plus risquées, les plus dangereuses ? ".

  Aucune précision n'est fournie mais on sent qu'il s'agit d'amateurs de baignades vivifiantes, de surf, de plongée ou de snorkeling. Cette traque de la plus jolie vague indique de toutes façons qu'on a affaire à des amateurs de sensations fortes. Quand bien même la question revient avec insistance, d'instinct je ne me sens pas concerné. Genre..." les vagues passent et elles emportent mes rêves évanouis ". Pourtant, il m'arrive d'y réfléchir. Parfois, un tilt retentit. C'est ce qui vient d'arriver. Un matin de rosée, une éclosion de mémoire. 

   Effectivement j'ai aperçu une vaguelette, il y a environ 6 mois. Elle correspondait au millimètre près à ce que suggère la demande des aventuriers de la toile mondiale. Par effet boomerang, j'ai réalisé avoir assisté par le plus grand des hasards aux prémices de l'une de ces vagues majestueuses ( dans majestueuses, il y a tueuses ).

Reconstitution mémorielle. C'était à 300 mètres de la côte, dans le sud de la Thaïlande. En plein golfe du Siam. J'avoue qu'elle m'avait semblé initialement un peu à l'étroit entre deux creux. Si je n'en ai pas tenu compte, c'est que dans ce décor naturellement grandiose, tout incitait au relâchement. Un ciel bleu azur. En surface, l'immensité liquide arborait un sémillant dégradé de tons chatoyants. Camaïeu de vert, oscillant entre pastel et obsidienne. En vert et contre tout, voilà qui autorise un panorama idyllique. J'amorçais sans le comprendre une romance à faire chavirer beaucoup de mes certitudes. 

   Entre nuance subreptice et réalité indubitable, je résistais à la fugacité des événements. Rechignant à admettre l'évidence d'une subite brutalité climatique. Ainsi, pendant de longues minutes, j'ai persisté à me laisser bercer. Doux ressac. Gagné par une indolence réparatrice. Les embruns étaient apaisants.  Comme s'ils avaient entrepris de cautériser les plaies de la vie. Brusquement, sans crier gare, l'objet de mon désir a entamé une impétueuse métamorphose. Tableau improvisé. Le friselis du début s'était mué en une barrière liquide tonitruante. Effort de titan souligné par un liseré d'écume blanche juché sur la partie supérieure de la masse ombrageuse. 

   Pourquoi ma compagne impromptue, surgie de l'abysse, avait-elle accompli cette prouesse? Pour m'impressionner? A l'appui de cette explication géophysique, la vague est rapidement devenue une muraille puissante. Infranchissable. Comme jaillie d'un coup de rein tellurique...D'ailleurs, je me remémore un détail en parfaite coïncidence avec le portrait-robot diffusé sur les médias numériques. De prime abord, l'allure générale de la vague était celle d'une silhouette ondoyante. Une accorte sylphide sur la ligne de crête. Elle avançait tout en rythme, distribuant de grands coups de hanches, à droite, à gauche. Ça chaloupait...Il fallait être soi-même solidement arrimé pour ne pas choper le tournis. Mais quel galbe !  Un rouleau si bien roulé. Je me suis dit: " pas mal du tout cette vague. Coquette en plus ". 

   Je l'ai regardée. Elle m'a regardé. J'ai eu l'impression fugace mais prégnante que malgré sa position plutôt instable au milieu de courants assez violents, elle m'avait souri. Et puis tout à trac, elle a pivoté. Un joli demi-tour des plus aguichants. Et foncé droit vers le grand large. Cinglant peut-être vers de mystérieux continents. Je me suis agrippé à l'audacieuse trajectoire de mon regard. Essayant de la suivre en train de danser, presque ballottée. C'était certainement ce qu'on appelle...la mer à voir. Non pas la mer à boire. Confusion jusqu'à plus soif. Sur cette étendue sans limites, je me suis accroché à son image comme à une bouée  mais à un moment donné, j'ai dû décrocher. Mes rétines ont lâché prise. Je l'ai perdue de vue comme si elle s'était évanouie à tout jamais parmi des milliers et des milliers d'autres vagues. Perte irrémédiable. 

   Par la suite, j'ai souvent repensé à elle. Quelle santé. Enduite d'iode. Gorgée de sel marin. Son teint hâlé était à lui seul une tentation. D'où l'expression "hâlés les verts ". Simple divagation onirique. Je ne l'ai plus jamais recroisée. Paradoxalement,  ce tourbillon a créé un grand vide en moi. Mine de rien, le temps d'une révolution copernicienne, j'avais ferré le béguin. Sans me l'avouer clairement, je m'étais entiché de cette merveille de la nature. Moi aussi je milite pour la liberté de circulation à l'intérieur des océans. Vogue la vague. Tout de même, la voir brusquement s'éloigner, la dévisager désespérément en train de se frayer vaille que vaille un chemin dans la horde des flots démontés sans rien pouvoir faire pour la retenir, ça m'a fait un petit pincement. Encore récemment, j'en avais le coeur serré. Les jours se suivent obstinément et je ressens l'inconfort du vague à l'âme. 

   Si quelqu'un devait voir cette jolie lame de fond revenir, il eût été sympa de le signaler. Le rêve réitéré? 

Comme tous les participants déterminés à géolocaliser les plus belles vagues siamoises, je veux y croire.

 

   Patrick Chesneau

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Commentaires récents

  • KREYOLAD 1144 - La CTM an dèch

    Petit point de vocabulaire ...

    yeg

    21/09/2026 - 13:11

    Je n'ai pas "jeté la pierre" (donc critiqué violemment) à Jid. Lire la suite

  • KREYOLAD 1144 - La CTM an dèch

    "AN DECH" C'EST DE...

    Albè

    21/09/2026 - 11:02

    ...l'argot franchouillard ! Lire la suite

  • KREYOLAD 1144 - La CTM an dèch

    Jid ,ou ka désivwè mwen !!

    yeg

    21/09/2026 - 10:34

    J'ai trouvé dans ton texte des phrases qui auraient pu avoir une tournure bcp plus créole.Elles Lire la suite

  • Qui a vidé la banque des békés? - COMPTES ET MECOMPTES ANTILLAIS

    CE NE SONT PAS DES...

    Albè

    19/09/2026 - 11:08

    ...Arabo-musulmans et donc il ne faut pas du tout les foutre en tôle !

    Lire la suite
  • I kité 4 fanm nan labim-solo

    PAUVRE NAZE !

    Albè

    19/09/2026 - 10:47

    "Tiers-Monde" n'existait pas non plus "dans la langue française officielle" comme tu dis bêtement Lire la suite

  • I kité 4 fanm nan labim-solo

    Tu nous fait chier avec ton "papillonisme" à la con !!

    yeg

    19/09/2026 - 09:16

    Ce mot n’existe pas dans la langue française officielle notamment dans la dernière édition du dic Lire la suite

  • Barbade - Le gouvernement « prévoit de breveter les découvertes microbiennes liées aux sargasses, ce qui pourrait générer des gains commerciaux importants pour les Barbadiens ».

    des crétins français comme vous!!!!

    @Lidé

    19/09/2026 - 02:07

    ne crachez pas sur les martiniquais , vous ètes pire, toujours à défendre vos maitres blancs.
    Lire la suite

  • Asiparé fanm-lan té ka kònen'y !

    SE BLAN-TALA...

    Albè

    18/09/2026 - 19:46

    ...komik. Zot pa sav ki lè zot ka mayé épi Antiyèz fok zot maré ren-zot ?

    Lire la suite
  • Barbade - Le gouvernement « prévoit de breveter les découvertes microbiennes liées aux sargasses, ce qui pourrait générer des gains commerciaux importants pour les Barbadiens ».

    Pendant ce temps là.......

    yeg

    18/09/2026 - 11:31

    Les Mquais les récupèrent par milliers de tonnes ,les font sêcher ( je crois) et vont les ré-imme Lire la suite

  • Qui a vidé la banque des békés? - COMPTES ET MECOMPTES ANTILLAIS

    Réponse à @Lidé

    yeg

    17/09/2026 - 17:56

    Tout à fait d'accord ...et très vite !!

    Lire la suite