L’hôtellerie songe au recrutement international

En dépit de la reprise touristique, les jeunes Mauriciens semblent bouder l’hôtellerie. Certains ne veulent pas y travailler tandis que d’autres préfèrent se tourner vers les bateaux de croisière. Quelles alternatives reste-t-il aux hôteliers pour assurer la pérennité de leurs activités? Le recrutement de travailleurs étrangers pour combler ces postes délaissés par les locaux se précise.

Le paysage hôtelier pourrait bien se redessiner. De nouveaux maillons s’y grefferont prochainement. À l’exemple de travailleurs indiens, bangladais, malgaches et népalais. Car nos jeunes délaissent ce domaine professionnel, préférant un emploi doté d’une worklife balance ou travailler sur les bateaux de croisière où l’emploi semble plus lucratif. À quoi est dû ce décrochage de l’hôtellerie ? «Un generation gap s’est opéré. Le Covid-19 est également venu changer la manière de voir les choses chez les gens. La work-life balance importe également. En tant qu’employeur, on doit également inclure cette problématique dans notre réflexion et faire comprendre à nos futures recrues mauriciennes que c’est un modèle que nous mettons en avant de plus en plus», déclare Jean-Michel Pitot, Chief Executive Officer d’Attitude Resorts.

D’ailleurs, Raj Reedoy, directeur général du Salt of Palmar, constate que bon nombre d’établissements hôteliers sont confrontés au désintérêt des Mauriciens pour cette filière. «Il nous faut réinventer nos structures en termes de ressources humaines et la work-life balance auxquelles les gens se sont habitués avec la pandémie. Cet équilibre est devenu plus important. Il faut le promouvoir dans la profession», affirme-t-il. Ce manque de jeunes gagne différents segments de l’hôtellerie.

Il y a une quinzaine d’années, poursuit Daniel Saramandif, président de l’Association des professionnels du tourisme, les jeunes apprenaient sur le tas. Depuis 2015, la nouvelle génération est mieux qualifiée, diplômée et formée. Étant déjà semi-professionnels, ils ne voudront pas travailler pour des salaires mensuels de Rs 10 000 avec des heures indues. «Comme les croisières recrutent de plus en plus et que la rémunération est attrayante, les jeunes de Maurice ne sont pas motivés à intégrer les hôtels», précise-t-il. Effectivement, les carrières en croisière ont plus d’attraits pour les jeunes Mauriciens en termes de salaires et conditions. Une tendance qui se répercute également sur le plan international.

Quelles stratégies s’imposent face au manque de cette catégorie de main-d’œuvre locale ? Pour Jean-Michel Pitot, une des alternatives est de motiver plus de Mauriciens à rester dans ce domaine. «Ceci implique de changer notre manière de les recruter et de les faire entrer dans la culture hôtelière. Ce serait faire une bonne ‘‘induction’’ plus profonde qui permettrait au jeune d’apprécier le métier différemment à son arrivée. C’est le premier défi», déclare-t-il.

Deuxièmement, c’est de laisser entrer des non Mauriciens pour servir l’hôtellerie. Et cela constitue un «challenge» de par la problématique de la culture et la langue. À cela, s’ajoute un troisième volet: avoir des permis rapidement pour faire venir ces travailleurs étrangers de l’Inde, du Bangladesh, du Népal et de Madagascar.

Comme alternative, Raj Reedoy appelle à se focaliser sur l’écoute des employés et la formation locale. «Cela entraînera plus d’efficience et montrera aux recrues qu’elles peuvent grandir au sein de leur emploi. Bien sûr, il y a un manquement mais en accentuant la formation et la satisfaction de la work-life balance, nous pourrons remédier au problème au lieu de recruter les Bangladais ou d’autres nationalités», explique-t-il.

Pour l’économiste Azad Jeetun, il incombe d’analyser la formation actuelle des jeunes pour la création d’emplois. «Il faut déterminer le nombre d’apprenants ainsi que les domaines de formation pour pallier le manque de jeunes effectifs mauriciens.»

Parallèlement, il renchérit sur les nouvelles ambitions des jeunes. «Par exemple, ils ne veulent pas travailler dans l’hôtellerie. Beaucoup d’entre eux sont des universitaires et veulent aspirer à des postes de plus haut niveau comme dans l’administration entre autres. Par conséquent, ils délaissent les autres métiers, d’où le recours aux travailleurs étrangers.» D’après lui, ce scénario reflète la réalité internationale, notamment celle de Dubaï qui dispose d’une main-d’œuvre multinationale dans le secteur hôtelier. En l’absence de recrues locales, Maurice devrait alors emboîter ce pas.

Le recrutement des étrangers fait sourciller Daniel Saramandif. «Pour moi, c’est grave. Aujourd’hui, l’île n’est pas reconnue uniquement pour ses plages mais pour notre hospitalité et le sourire mauricien. Les travailleurs étrangers pourront-ils refléter ces images ?», se demande-t-il. De plus, les Mauriciens sont bilingues et la plupart de nos clients sont d’origine française. Ce qui suscite des questions au niveau de la communication des travailleurs étrangers s’ils ne maîtrisent pas la langue. «Serait-ce à l’avantage de Maurice, finalement ?»

photo : Confrontés au manque de jeunes effectifs locaux, certains hôteliers doivent revoir leur stratégie de recrutement.

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