Octobre "Mois du Créole" : comment dire "positionnement" ?

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   Si l'on pose cette question à la plupart, la grande majorité en fait, des créolophones, ils demeureront perplexes, hésiteront avant de capituler. Comme dans : "Man pa ka djè sézi pozisiònman mè-tala" (Je ne saisis guère le positionnement de ce maire).

   Sauf s'il s'agit d'un locuteur principalement créolophone, chose qui, surtout chez les moins de 50 ans, se fait de plus en plus rare. Celui dira spontanément : larel. Ce qui donne : Man pa ka djè sézi larel mè-tala". Or, ce mot, "larel", n'a rien d'inconnu ou de bizarre comme peuvent l'être, par exemple, zizimtolé (lit à colonnes), mokozonbi (masque à échasses) ou encore baldiri (topinambour). Tous les locuteurs, quel que soit leur âge, ont déjà entendu larel ou même l'ont déjà employé au moins une fois. 

   QUESTION : pourquoi, quand on leur pose la question ou quand ils ont besoin d'exprimer l'idée de positionnement, disent-ils spontanément pozisiònman et non larel ?

   REPONSE : parce que le créole n'est pas enseigné à l'école ou s'il l'est désormais, à la suite des combats menés par les universitaires créolistes et les militants, c'est de manière facultative. 90% de nos élèves et de nos étudiants sortent du lycée et de l'Université sans avoir appris à lire et écrire le créole ! Or, c'est le rôle de l'école que d'enseigner la langue écrite, celle qui est à la fois précise et riche. Par exemple, en français, l'élève apprendra qu'en plus de réprimander qui est utilisé à l'oral, il existe aussi tancer, morigéner, gourmander, chapitrer etc. Chacun de ces termes, abusivement qualifiés de "synonymes", partage avec réprimander un même noyau sémantique mais chacun avec une nuance propre. C'est le rôle de l'institution scolaire que d'enseigner ces nuances. La langue orale n'a, elle, besoin ni d'être précise ni riche ni nuancée car elle relève de la communication in praesentia (les locuteurs sont en présence l'un de l'autre) et en cas d'ambiguïté, il suffira à l'un ou l'autre de demander à son interlocuteur de répéter ou de préciser sa pensée. A l'inverse, la langue écrite relève de la communication in absentia c'est-à-dire en absence de celui qui a rédigé le texte ou le livre. On ne peut pas demander à un auteur décédé de nous éclairer sur ce qu'il a écrit ! C'est pourquoi la langue écrite a besoin d'être à la fois précise et riche.

   On mesure donc le rôle fondamental de l'école dans l'apprentissage d'une langue. Et le côté stupide de celles et ceux qui déclarent "Je ne vois pas pourquoi on devrait enseigner le créole puisqu'on le parle déjà !". On n'a pas besoin d'aller à l'école pour parler sa langue car si c'était le cas, les centaines de millions d'enfants des pays du Sud qui n'ont pas la chance d'aller à l'école, seraient des...muets. Le rôle de l'école est d'abord et avant tout d'enseigner la langue écrite avec tout ce que cette dernière comporte de précision, de nuances, de finesse et de richesse comme on l'a vu plus haut. 

   Accepter donc que le créole soit enseigné à la portion congrue, chose qui ne dérange nullement nos politiques, c'est, à terme, le condamner à finir en baragouin. Celui qu'hélas, la plupart d'entre nous utilisent, à l'aube de ce nouveau millénaire, sous le nom de "créole".

   C'est ce qui explique que pozisiònman soit en train de damer inexorablement le pion à larel. Chose qui se vérifie pour des centaines, voire des milliers d'autres mots...

Commentaires

Dire "Pozisiònman" ou "larèl" ?

Tokyo

17/10/2021 - 17:47

"pourquoi disent-ils spontanément pozisiònman et non larel ?"Question fondamentale !!!!Je crois que c'est par assimilationnisme pur et simple. Le premier mot faisant plus "français" ,plus "blanc" moins "nègre" et à la limite moins "vieux nègre" .C'est malheureusement aussi simple que ça!!!!!!

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