La mort de Michel Butor, l'homme qui avait modifié le roman français

L'auteur de “la Modification” avait 89 ans. Grande figure du Nouveau roman, il laisse derrière lui une oeuvre très diverse et inclassable.

Le romancier et écrivain Michel Butor est mort ce mercredi 24 août à Contamine-sur-Arve, en Haute-Savoie, selon «le Monde», qui a été contacté par sa famille. Le 14 septembre, il aurait eu 90 ans.

Butor est surtout connu pour ses trois premiers romans: «Passage de Milan», «l’Emploi du temps» et «la Modification», publiés en 1954 et 1957, qui lui ont valu d’être rattaché à l’école du Nouveau roman. Il était publié chez Minuit, éditeur de Samuel Beckett, Nathalie Sarraute et Alain Robbe-Grillet.

Il avait obtenu le prix Renaudot en 1957, pour «la Modification», l’histoire d’un voyage en train, célèbre pour sa narration à la deuxième personne du pluriel, ce «vous» qui projette le lecteur dans la peau du protagoniste. Cette consécration avait d'ailleurs suscité quelques inimitiés et jalousies dans le groupe.

En 2012, il déclarait ainsi à «l’Obs» :

Mais le Nouveau roman n’a jamais formé un groupe au sens habituel, comme le groupe surréaliste par exemple. C’était tout à fait différent. Les surréalistes se voyaient tous les jours, ils allaient même en vacances ensemble, nous pas du tout. Et nous ne défendions pas une vision de la vie. (…) Nous venions d’horizons différents. 

Bon, nous avions quelques points communs. Nos livres surprenaient beaucoup les critiques qui ne savaient pas par quel bout les prendre. Et ils contenaient  de minutieuses descriptions d’objets quotidiens. Comme ces livres étaient publiés chez le même éditeur, on s’est mis à parler du Nouveau Roman.

Né en 1929 à Mons-en-Baroeul, dans le Nord, troisième enfant d'une famille de sept, Butor avait passé l'essentiel de sa jeunesse à Paris, dès 1929, avec une parenthèse pendant la drôle de guerre dans un collège de jésuites à Evreux. Après des études de philosophie à la Sorbonne, et la rédaction d'un mémoire sous la direction de Gaston Bachelard (sur «les Mathématiques et l'idée de nécessité»), il avait enseigné à l'étranger (Egypte, Salonique, Suisse) et mis à profit cette expérience pour écrire. Depuis, il avait également enseigné la littérature aux Etats-Unis et beaucoup voyagé, ce qui peut étonner puisque ses romans sont circonscrits à un lieu - un train dans «la Modification», un immeuble dans «Passage de Milan», une petite ville imaginaire dans «l’Emploi du temps».

Après son quatrième livre de fiction, «Degrés», où l'on retrouve son goût pour les contraintes formelles (trois narrateurs racontent une même heure de cours dans une classe de lycée), il avait abandonné la forme romanesque et s'était éloigné de ses anciens compagnons pour se consacrer à la poésie, à la critique, notamment la critique d’art - on lui doit de nombreux écrits sur la peinture, sur Rembrandt, Delacroix, Rothko ou Mondrian - et à des livres plus inclassables.

Butor était, de l’avis de ceux qui l’ont connu, un artiste érudit, curieux, insensible aux mondanités littéraires, capable de se passionner pour tout et n’importe quoi. Il avait déclaré au «Monde»:

J’espère avoir apporté quelques nouveautés. Mais je crois avoir apporté beaucoup plus de nouveauté après ma période romanesque que pendant cette même période. Si j’ai apporté quelque chose de nouveau, c’est que j’ai été entraîné par l’élan de nouveautés qui vient du fond des siècles.

BibliObs.com

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    Albè

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