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La langue créole n’a pas fini de nous surprendre.
Les trésors enfouis sous la robe de cette jolie dame sont, à bien des égards, inépuisables.
Dans le cadre d’une réflexion consacrée à l’héritage linguistique africain dans la langue créole – et plus précisément à l’apport igbo, fil conducteur de mes recherches en créolistique - je me suis intéressé à l’un des mots les plus emblématiques du champ lexical de la sexualité en créole martiniquais : « koukoun ».
Ce terme largement attesté dans l’oralité créole pour désigner le sexe féminin, présente des caractéristiques sémantiques qui invitent à interroger une possible filiation africaine.
L’hypothèse avancée ici est que « koukoun » pourrait s’inscrire dans une dynamique de reconfiguration créole des expressions telles que « akuku nzuzo » ou « akuku nke m », littéralement « partie intime » et « ma partie intime » en langue igbo - une langue nigérocongolaise parlée par de nombreux captifs dans la Caraïbe aux 17ème et 18ème siècles.
La mise en évidence de la très probable origine africaine de ce mot créole ne veut pas imposer une étymologie directe et mécanique : elle veut rendre attentif aux processus de condensation expressive, de reformulation orale et de transmission affective qui caractérisent la créolisation.
Le fondement de l’hypothèse avancée est le suivant :
Les primo-locuteurs du créole martiniquais ont très vraisemblablement appréhendé le segment - kuku n - comme une notion globale destinée à évoquer l’intimité féminine dans son ensemble.
Dans des situations extrêmes telles que l’esclavage, et dans le cadre d’une langue née dans le chaos - comme ce fut le cas pour le créole -, ce ne sont pas des structures grammaticales complètes qui se transmettent prioritairement, mais des blocs sémantiques, des gestes linguistiques, des zones de sens.
Dès lors, akuku nzuzo, expression initialement composée d’un nom (akuku, « partie ») et d’un adjectif (nzuzo, « caché, intime, secret » a pu être réinterprétée, dans ces circonstances, comme un tout conceptuel, référant globalement à l’intimité féminine.
Trois mécanismes linguistiques majeurs peuvent alors être envisagés dans ce processus de création lexicale :
1) L’aphérèse de la voyelle initiale.
Le segment initial a- de : (a)kuku disparait, donnant lieu à la forme kuku (puis Koukou).
Ce type de réduction phonétique - l’aphérèse - est extrêmement fréquent dans les processus de créolisation. Il ne s’agit pas d’un phénomène marginal ni accidentel mais d’un mécanisme structurel.
La créolisation s’opère en effet dans des contextes où l’oralité domine totalement, où plusieurs langues sont en contact, et où la communication doit être à la fois rapide,
efficace et expressive. Dans ce contexte, les formes longues, morphologiquement complexes sont réduites.
L’aphérèse permet ainsi de conserver le noyau perceptif du mot, d’éliminer les éléments jugés non essentiels et de produire une forme courte, frappante, facilement mémorisable.
2) L’apocope du segment nzuzo.
L’apocope de ce segment apparait ici particulièrement pertinente, dans la mesure où la notion de secret est déjà implicitement contenue dans celle de « partie » (celle du corps). Dès lors, l’élément Nzuzo (« secret, caché ») devient sémantiquement redondant, et donc éliminable dans un processus de réduction lexicale.
Le n initial de ce lexème ne disparait cependant pas totalement : il se rattache syllabiquement au segment conservé kuku produisant un phénomène de resyllabation. Ainsi, kuku + n donne naissance à un nouveau lexème : kukun, prononcé phonétiquement en créole sous la forme koukoun.
Dans les processus de créolisation, aphérèse et apocope se combinent très fréquemment pour aboutir à ce que l’on peut qualifier de condensation expressive. Dans le cas présent, c’est le segment le plus expressif – kuku (koukou) qui est conservé et mis en valeur.
La cristallisation lexicale s’opère ainsi autour d’une redondance expressive constitutive du mot : le redoublement syllabique ku-ku, a valeur de tendresse, d’intimité et de protection. Cette cristallisation n’est donc pas arbitraire ; elle est sémantiquement structurante.
Par son assonance en u/ou, « Koukoun » ne désigne pas frontalement l’anatomie ni l’acte sexuel. Il s’inscrit plutôt dans un registre de douceur, de proximité affective, de plaisir de l’intime. De ce point de vue, il rappelle certains termes hypocoristiques du créole et du français populaire tels que doudou, ti-chou ou chouchou…
C’est sans doute pour cette raison que ce segment phonique, issu de la condensation et de la reconfiguration d’un schème lexical africain, s’est imposé durablement dans l’oralité créole comme porteur d’une notion intime complète, s’intégrant pleinement dans le vocabulaire de l’érotisme antillais.
« Kréyolizasion, sé manman-lwa lidantité-nou épi limanité-nou ».
La créolisation constitue le socle de notre identité et de notre humanité.
Le processus créatif propre à la créolisation se trouve parfaitement illustré par l’exemple analysé ici. En effet, un mot créole naît, acquiert du sens et se maintient durablement dans l’oralité à partir de la recomposition collective et orale d’une périphrase africaine.
La relexicalisation de l’expression igbo - akuku nzuzo - en créole sous la forme koukoun -, à travers des mécanismes d’aphérèse et d’apocope met en lumière les capacités performatives de la langue créole. Son génie réside dans une dynamique constante de synthétisation, de condensation, de recatégorisation et de reconstruction, permettant non seulement la création de nouveaux mots, mais aussi l’émergence d’une langue originale, cohérente et pleinement fonctionnelle.
Loin d’être une langue déficitaire, le créole apparaît ainsi comme une langue active, pleine, capable de transformer l’héritage pluriel de ses locuteurs en un système linguistique autonome, porteur de sens, d’affects et d’humanité.
Par conséquent, « la langue de Mona » n’est pas une simple fusion de français et d’africain, mais un système original, qui combine des apports extérieurs avec une dynamique interne très créative.
La dynamique endogène n’est pas marginale mais fondamentale : elle est le ciment créatif qui a transformé des apports français, africains et amérindiens en système linguistique cohérent et original.
La créolisation est un processus civilisationnel complexe inscrit dans la violence de l’histoire esclavagiste, mais porté par une capacité remarquable de recomposition culturelle et linguistique endogène.
Mo « Koukoun » dous, kon kréyol-la li-menm.
Roland DAVIDAS
...d'analyse dense et structurée qui, évidemment, ne susciteront aucun commentaire chez les habit Lire la suite
C'est pour contrer les fouteurs de merde tels que toi qui squattent la rubrique d'un site qui a p Lire la suite
"Que d'autres idées soient développées dans l'article, ce qui est normal dans toute argumentation Lire la suite
Le titre d'un article définit le contenu de l'article. Lire la suite
Une large fraction des partis politiques et des médias français sont mobilisés contre l'islam ( L Lire la suite