Chronique des résistances. Depuis la terre-mère d’Afrique, jusqu’aux plantations transatlantiques, en passant par les mutineries à bord des négriers. Partout et en tout temps, les esclavés se sont mobilisés contre la servitude qui leur était imposée. Avec «Daring to be free» qui vient paraître chez Allen Lane, l’historien Sudhir Hazareesingh recense un impressionnant corpus d’actes de défiance contre les systèmes esclavagistes.
Ne pas se laisser intimider par le silence des archives. Pour escalader un versant escarpé de l’histoire des esclavés: leurs actes de résistance face à la servitude qui leur était imposée. L’historien Sudhir Hazareesingh entreprend rien de moins que de déconstruire le mythe de la passivité des populations réduites en esclavage. Daring to be free, son nouvel ouvrage érudit, qui passe au crible quatre siècles de combativité, vient de paraître chez Allen Lane. Notre compatriote – élevé au rang de Grand Commander of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean – pour sa contribution dans le domaine académique - est Fellow de la British Academy, Fellow et maître de conférences au Balliol College, à l’université d’Oxford.
L’auteur livre en plus de 400 pages ce qui s’apparente à l’un des travaux d’Hercule pour les historiens. Puiser dans les travaux d’illustres prédécesseurs, pour mieux en faire la critique. Puis «s’émanciper» des documents historiques et des interprétations établies. Élargir les horizons de l’histoire en se penchant sur les riches apports des arts. De la littérature – d’Autant emporte le vent de Margaret Mitchell au Beloved de Toni Morrison. De l’action politique du poète Aimé Césaire, cité en épigraphe, «Freedom does not fall down from the sky, and it is never completely granted, but taken and conquered». En passant par le cinéma, avec Ni chaînes ni maîtres de Simon Moutaïrou, sorti en 2024. Et quand les sources traditionnelles, les documents officiels, les archives de police ou de cours de justice sont muettes, être attentif aux traditions orales, aux récits qui ont perduré malgré l’absence de l’écrit.
En toute conscience, l’historien évite certains écueils. Il souligne : «Abolitionist literature in general terms brings little to our table, as it tended to dwell on suffering rather than resistance.» C’est sa boussole pour analyser «the transformations of enslaved resistance across the four centuries of Atlantic slavery». Son objectif est de «map out the political and spiritual ideals of the enslaved». Une posture qui contribue à décloisonner l’histoire. Sudhir Hazareesingh critique «l’eurocentrisme» de certains prédécesseurs qui comptaient lourdement sur des sources en anglais. Il rejette également que «enslaved resistance must be evaluated beyond the single criterion of whether it led to the direct overthrow of the institution of slavery». L’essentiel est ailleurs.
L’historien décortique des couches serrées d’idées reçues. À commencer par l’iconographie familière, tellement habituelle que l’on court le risque de ne plus y faire attention. L’auteur remet tout à plat. «The figure of the kneeling captive was a standard feature of abolitionist propaganda from the late eighteenth century onwards. Hence the liberal myth of abolition in which freedom was typically portrayed as an altruistic gift received by largely passive captives». L’historien remonte aux sources. Traque la «hierarchical vision encapsulated in the Emanciation Memorial erected in Washinton D.C in 1876, depicting Lincoln stretching his hand over a crouching black person with freshly broken shackles». Pour dessiner la silhouette d’un autre esclavé : un être humain doté d’un farouche désir de liberté, qu’aucune menace, qu’aucune punition, que pas même la mort ne peut empêcher de tendre vers la libération.
🟦 Focus sur les chiffres
C’est avec des cartes chiffrées que Sudhir Hazareesingh démarre Daring to be free, à partir d’une carte adaptée de l’Atlas of the transatlantic trade de David Richardson et David Eltis (2010). Il ouvre une porte d’accès globale pour cerner la traite transatlantique : plus de 5,7 millions d’esclavés prélevés d’Afrique de l’Ouest, plus de 1,6 million d’esclavés du golfe du Biafra, 1,9 million d’esclavés du golfe du Bénin, 1,2 million d’esclavés du Ghana entre autres. Un chiffre nous fait regarder de plus près : 190 000 esclavés d’Afrique de l’Ouest vers l’océan Indien. «This number includes an estimated 30 000 slaves brought into Mauritius illegally after the 1807 slave trade ban», indique l’auteur.
🟦 Le rôle négligé des femmes
Sudhir Hazareesingh est particulièrement sensible au rôle des femmes esclavées, dont l’action a été minorée au fil des siècles. «There is now overwhelming evidence that women played major roles in opposing slavery, right from the moment they were captured and ferried across the oceans (…) The interventions of women were often decisive in enabling revolts to occur.»
La première figure choisie pour ouvrir la liste des actes de résistance est celle de Solitude exécutée en Guadeloupe en novembre 1802. «No document bearing her name has been found in the French colonial archives (…) We do not know when Solitude was born, what her mother’s name was, how she made a living during her years of emancipation.» Et pourtant. «Her popular memory and spirit, along with the struggles of her companions-in-arms, survived through storytelling and folklore.» Au point qu’en mai 2022, une statue de Solitude a été dévoilée à Paris.
■ La statue de Solitude, esclavée exécutée en Guadeloupe en 1802, a été dévoilée à Paris en mai 2022.
L’auteur fait aussi revivre la mémoire de figures locales. Comme Madame Françoise ou encore la détenue Roseline, une esclavée en fuite à Port-Louis en 1813, «when apprehended was found to be eight months pregnant. She was sent to the Bagne prison, where she gave birth to her child. Three days later she climbed out of the window of her cell and escaped again, this time with her newborn. No doubt with the assistance of other prisoners, Roseline managed to jump over the external prison walls with her baby, even though the barriers were more than three metres high».
🟦 Les références à l’océan Indien
Daring to be free est orienté vers l’Atlantique. Mais les racines de Sudhir Hazareesingh le ramènent sans cesse à l’océan Indien. La traite négrière était un système d’exploitation mondial. Et, selon sa démonstration magistrale, la résistance était «universelle». «Despite their distance from Europe and the Americas, these Indian ocean islands were affected by radical Atlantic intellectual currents, especially during the eras of the French and Haitian revolutions», note l’historien.
Dans sa galerie de portraits de résistants, figurent des «charismatic leaders» comme Bellaca et Tatamaka. Il cite le complot qui a conduit à l’exécution de Ratsitatane. Il fait le lien entre Louis van Mauritius esclavé de Maurice envoyé au Cap, qui s’habille à la Toussaint Louverture. Puis secoue le carcan «at times overly restrictive» qui met en opposition «combative Africanborn captives and their more conciliatory ‘creole’ counterparts».
🟦 Retour vers l’Afrique
Premier chapitre fondateur : le retour vers l’Afrique. Pour l’auteur, c’est en terremère qu’est enracinée l’impulsion de liberté. D’Ouidah au Dahomey en passant par tant d’autres royaumes oùl’esclavage a été imposé, Sudhir Hazareesingh met en lumière les différentes techniques des populations pour y résister at source.
Il rappelle surtout le cas de Lourenço da Silva Mendoça, «an exiled black Christian intellectual from the kingdom of Kongo who objected to the Portuguese coercive imposition of the slave system in west-central Africa. Mendoça took his case against international trade to the Vatican, with the support of Black Christians from Angola, Brazil, the Carribean, Portugal, and Spain. Well over a century before the emergence of abolitionism in Western Europe, this pioneering project was rooted in the refusal to accept chattel slavery in Africa».
Au passage, l’auteur égratigne encore une idée reçue. «In the Atlantic trade, men fetched a higher price than women because of the evergrowing demand for forced labour in the New World. In the internal African slave system, it was the other way round : women were valued more highly than men. Slavery in Africa was not based on race, and it was seldom an exclusively economic phenomenon.»
🟦 Besoin de réparation
«The most urgent issue surrounding the legacy of slavery is reparation», souligne l’auteur. L’ouvrage est une contribution directe pour «add more context to the debate’s historical and theoretical elements». Dans la conclusion intitulée Honouring our debts, il souligne que réparation n’est pas synonyme de «monetary issue : this is fundamentally an ethical issue». «The real challenge remains to integrate the important insights into broader analyses of the constitutive elements of our modern order. Within the political realm, this would involve revisiting how we understand freedom, as well as such ‘mainstream’ concepts as nation-building, citizenship, self-determination, the rule of law, capitalism, justice, and democracy.»
Mon grand-père aimait répéter que nombre de Martiniquais ont du "kaka-bef" dans la tête. Lire la suite
Belle liste mais parfaitement inutile car comme aimait à dire mon grand-père : "Nèg pa ka li. Lire la suite
...Ça marche pas avec les Mémés ni avec les Tontons et Tatis. Lire la suite
...ni on ti pawòl ka di-w: "Protégez-moi de mes amis. Mes ennemis je m’en charge!". Lire la suite
Un traite est PIRE qu'un ennemi. Point barre !
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