Annie Ernaux traduite en créole, une nouvelle première

Première Française à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, l’autrice de «La Honte» devient le premier écrivain non antillais publié de son vivant en créole.

Annie Ernaux devient coutumière des grandes premières. Ce mercredi, chez Caraïbéditions paraîtra «Plas-la», la traduction en créole du prix Renaudot 1984, «La Place» d’Annie Ernaux, faisant ainsi de la première Française prix Nobel de littérature le premier écrivain non antillais publié de son vivant en créole.

Dans ce court roman autobiographique, l’autrice décrit à travers un récit dépouillé le quotidien de son père, un ouvrier normand devenu un petit commerçant qui espère que sa fille puisse s’en sortir grâce aux études. Signée Hector Poullet, la traduction du récit se déploie ainsi : «Elle était patronne à part entière, en blouse blanche. Lui gardait son bleu pour servir». Ce qui, en créole, donne : «Manman, abiyé èvè blouz blan a-y si-y, té toutafètman on patwòn. Papa, li té ka gadé blé a travay a-y asi-y pou sèvi moun».

«Traduire Annie Ernaux, c’était stimulant mais pas facile. Elle a un style très spécial. Quand on dit qu’elle écrit simplement, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas plat», livre le traducteur. De même, dans «La Place», la variété des types de phrases, des plus longues aux plus courtes, en passant par les phrases nominales, a donné du fil à retordre au traducteur : «Une phrase sans verbe en créole, qui n’est pas du tout une langue passive mais une langue active, ça oblige à ajouter des mots !», justifie Hector Poullet.

Forger des néologismes

L’un des regrets du traducteur est de ne pas avoir pu conserver ces «il» et «elle» qui désignent le plus souvent les parents, comme pour mettre de la distance entre la narratrice et eux. Car le créole a le même pronom personnel pour les deux genres. Il a fallu forger des néologismes pour des termes français sans équivalent. Exemple : «C’était l’été» est devenu «Sa té sézon-lété».

Une traduction dont l’initiative est revenue aux éditions Gallimard, qui avaient déjà cédé les droits d’écrivains phares de leur catalogue. Après «Tiprens-la» ( «Le Petit Prince») d’Antoine de Saint-Exupéry, «Moun-andéwo» («L’Étranger») d’Albert Camus, Caraïbéditions a réalisé en 2022 la première traduction mondiale de «Guerre» de Louis-Ferdinand Céline («Ladjè-a»), traduit par le Martiniquais Raphaël Confiant.

«Ça m’a fait plaisir que Gallimard propose parce que, d’habitude, c’est l’inverse», commente le directeur général de Caraïbéditions, Florent Charbonnier. «Et Annie Ernaux était d’accord, sachant qu’elle a un droit de regard sur tout». Enfin, le choix du traducteur fut crucial. Ce dernier devait maîtriser aussi bien le créole de Guadeloupe que de Martinique, l’hybride choisi par Caraïbéditions. Et Hector Poullet présentait un autre avantage : il a grandi en métropole à la même époque qu’Annie Ernaux, qui a deux ans de moins que lui.

Les acheteurs de ces traductions des classiques de la littérature française sont traditionnellement des étudiants et professeurs en créole, des créolophones curieux, et des Antillais qui, s’ils ne lisent pas d’habitude dans cette langue, aiment avoir ce type d’ouvrage dans leur bibliothèque. Les statistiques officielles estimaient en 1999 que les créoles à base française comptaient plus de 10 millions de locuteurs natifs, dont 1,6 million dans l’Outre-mer français.

Annie Ernaux était déjà publiée en 42 langues au moment de son prix Nobel il y a six mois. Le total devrait monter à une cinquantaine une fois qu’auront abouti tous les projets de traduction en cours.

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    Albè

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    ...de bon fouançais "Nez gros" ! Moi y'en a rien a foutt' de langue du toubab. Lire la suite