Bilan du "Mai de la poésie" à la Médiathèque du Saint-Esprit

     Du 26 au 28 mai dernier s'est déroulé une manifestation mise en oeuvre par l'association "BALISAILLE" dont le président est Daniel Boyer-Faustin, manifestation intitulée "MAI DE LA POESIE". Elle s'est tenue à la médiathèque du Saint-Esprit dirigée par Mme Yaïssa Arnaud avec la participation de poètes martiniquais, guadeloupéens, haïtiens, mauriciens et français et a connu un indéniable succès.

    Nous avons interrogé Faubert Bolivar, le directeur artistique de l'événement...

 

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FONDAS KREYOL : Le "Mai de la poésie" coorganisé par l'association BALISAILLE et la Médiathèque du Saint-Esprit vient de s'achever, avant d'en évoquer le bilan, pouvez-vous nous parler de la genèse de cet événement ?

FAUBERT BOLIVAR : Cet événement s’inscrit dans le cadre des projets portés par BALISAILLE, association multidisciplinaire, se donnant pour mission d’agir en tant que force de proposition dans la vie culturelle. Nous avons compris qu’il y avait la nécessité de contribuer à un plus grand rayonnement de la poésie en terre martiniquaise. Il nous a semblé évident qu’au pays de Césaire, l’un des plus grands poètes du vingtième siècle, la poésie devait avoir son festival, comme c’est déjà le cas pour le roman, le théâtre ou le conte. 

 

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FONDAS KREYOL : A quoi attribuer le fait que la poésie soit beaucoup moins lue en Martinique et moins mise à l'honneur que le roman ou le théâtre ? 

FAUBERT BOLIVAR : Je ne saurais répondre à cette question, qui nécessiterait l’éclairage des chercheurs et chercheuses universitaires. En tant que directeur artistique de BALISAILLE, je me contente de créer les conditions nécessaires pour rassembler les énergies disponibles et bienveillantes autour d’un projet, celui de contribuer à une institutionnalisation de la poésie dans ce pays-Martinique. C’est ainsi qu’outre le Prix et le Festival de poésie, nous nous ferons entendre au travers d’un manifeste qui reprendra les idées qui ont émergé ça et là au cours du festival, notamment lors de notre dernière table ronde consacrée à « la place de la poésie dans les politiques publiques ».

 

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FONDAS KREYOL : En amont du "Mai de la poésie", vous avez également organisé un concours de poésie en créole et en français, avez-vous reçu un nombre significatif de textes de la Martinique, la Guadeloupe, Haïti, l'île Maurice etc. ? Ces textes ont-ils été à la hauteur de vos attentes ?

FAUBERT BOLIVAR : Je crois qu’il appartient au jury de se prononcer sur la qualité des textes reçus. Toutefois, nous avons fait deux constats : d’une part, les finalistes étaient masculins, haïtiens et mauriciens. D’autre part, il n’y avait aucune traduction. Est-ce que cela est le signe de quelque chose ?  Ces deux constats en appellent à des actions de notre part. Nous avons donc commencé à repenser le prix. Le monde est vaste, nous croyons y avoir droit de cité. Nous refusons toute logique de repli. Nous mettrons tout en œuvre pour qu’à la prochaine édition nous diversifions au mieux l’origine des textes, qui devront provenir de partout où sont parlés les langues françaises et créoles. Comme BALISAILLE est localisé en Martinique, nous y mettrons en place des ateliers d’écriture avec des animateurs hautement qualifiés d’ici ou d’ailleurs. En ce qui a trait à la traduction, nous la concevrons de préférence sous forme de bourse, suffisamment intéressante pour susciter l’intérêt des meilleurs d’entre nous à consacrer du temps à traduire de la poésie vers nos créoles.  Enfin, nous avons commencé à discuter avec madame la Rectrice de l’Académie, la poésie doit rentrer avec plus de force dans les établissements scolaires.

 

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FONDAS KREYOL : Au cours des trois jours du "MAI DE LA POESIE" de nombreuses tables-rondes ont été organisées avec la participation de plusieurs poètes de nos différents pays, qu'en est-il sorti exactement ? Peut-on espérer un renouveau de la poésie chez nous ?

FAUBERT BOLIVAR : Je crois que le renouveau est déjà à l’œuvre. Les trois journées du festival nous ont donné l’occasion de voir que la poésie avait un public, qui visiblement était en attente d’une activité pareille. De mon lieu d’observateur, j’ai eu l’impression que la qualité de nos invités, de notre programmation, et des textes poétiques qui ont été lus a contribué à installer une sorte de surmoi… Comme si j’avais entendu certains murmurer que l’on n’entre pas en poésie comme dans un moulin, que le travail de création supposait des exigences qui dépassaient la simple autosatisfaction d’avoir écrit un poème.

 

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FONDAS KREYOL : Quel bilan tirez-vous de votre manifestation ? Sera-t-elle renouvelée l'an prochain ? Quels soutiens publics ou privés avez-vous reçus et en êtes-vous satisfaits ?

FAUBERT BOLIVAR : Sans fausse modestie, bilan positif. Nous avons su fédérer des énergies autour de nous. Il fallait voir les gens rester écouter de la poésie au-delà de 23 heures pour comprendre que le festival était un succès. Bien sûr, nous récidiverons l’année prochaine. S’agissant des soutiens que nous avons reçus, nous n’avions pas trouvé toutes les portes ouvertes, certaines étaient fermées à double tour, d’autres se sont ouvertes pour nous engloutir (croyait-on), mais, sans rancune, nous dirons que c’est normal, nous n’avons pas tous la « foi qui soulève les montagnes », on ne peut faire grief à ceux qui n’ont pas réussi à croire en la capacité d’une association à peine sortie de terre ou de mer d’organiser un festival international. Nous passerons sous silence les déconvenues. Nous préférons nous réjouir d’avoir été porté par un fort courant de sympathie qui va de la DAC Martinique à la ville du Saint-Esprit, en passant par les villes de Fort-de-France et du Morne Vert, sans oublier des entreprises privées comme Lauzéa, les résidences Cayalines et Alwego qui nous ont fait des remises, « likkle but tallawah » comme disent les jamaïcains. Et le public, mon Dieu, qu’est-ce que le public a adhéré à notre festival ! « Que vive (le festival de) BALISAILLE » ont dit spontanément les uns et les autres. Entièrement satisfaits, nous n’avons pas le choix que de recommencer. Comme toujours, le mois de Mai reviendra tous les ans, mais, désormais il reviendra avec un peu plus de poésie… 

 

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