Ce terme Chen-boul ou Chien-boul désigne un fanatique de football.
Il donne à réfléchir sur le préfixe chen ("chien" en français) qui, dans ce cas ne fonctionne pas comme un substantif mais comme un adjectif. En fait, il montre qu'en créole, les catégories grammaticales des langues latines telles que le substantif, l'adjectif et l'adverbe sont inadaptées. Pourquoi ? Parce qu'un même terme peut parfois fonctionner dans les trois catégories, chose rare, voire impossible, en français ou en espagnol, surtout comme dans le cas qui nous occupe, il est au départ un substantif (ou "un nom").
Cette plasticité des lexèmes créoles est très productive car elle permet de désigner toutes sortes de réalités d'une façon plus basilectale (ou "roots") que les équivalents qui ont pris peu à peu sa place dans notre créole tjòlòlò c'est-à-dire décréolisé d'aujourd'hui. En voici quelques exemples :
__Chen-boul/fanatik foutbol.
__Chen-fanm (coureur de jupons)/kourè.
__Chen-lari (clochard)/klocha.
__Chen-manjé (vorace)/voras.
__Chen-politik (fanatique de politique)/fanatik politik.
Certes, toutes les langues son amenées à évoluer au fil du temps et d'aucuns n'y verront rien d'inquiétant. Sauf que, pour prendre ces seuls exemples, aucune pression extérieure ou plus exactement aucune pression d'une autre langue n'a amené le français à abandonner le passé simple ou le subjonctif imparfait dans le parler quotidien. Ni à remplacer "mitan" par "milieu" ou "bréhaigne" par "stérile". Et si le "que" a tendance à progressivement s'imposer ("l'homme que je t'ai parlé" au lieu de "l'homme dont je t'ai parlé), ce n'est ni la faute de l'anglais ou de l'allemand.
Il convient donc de toujours distinguer les évolutions naturelles des évolutions forcées.
Celle que subit le créole, langue tri-séculaire, depuis trois-quarts de siècle est une évolution forcée. Elle résulte de la pression permanente qu'exerce sur lui la langue française du fait que cette dernière est massivement enseignée à l'école, utilisée presque sans partage à la radio et à la télévision et surtout qu'elle est un outil de promotion sociale. Certes, les efforts de revalorisation du créole entrepris à partir de la fin des années 70 du siècle dernier sous la houlette, entre autres, du GEREC (Groupe d'Etudes et de Recherches en Espace Créole) à l'Université des Antilles et de son directeur Jean Bernabé, ont permis de ralentir quelque peu ce processus mortifère mais ils s'avèrent impuissants à stopper le phénomène de décréolisation. Tout comme les productions d'écrivains créolophones doués de talent et de chanteurs formidables comme ceux de Kassav.
En fait, tant que le créole ne deviendra pas une matière scolaire obligatoire (et non facultative comme c'est le cas), il continuera à être en danger de mort.
Là encore, il faut être très attentif au fait qu'il existe en matière de langue un état de non-retour. En clair, un moment où tout effort pour la maintenir ou la développer devient inutile. Cela a été le cas des langues celtiques (irlandais, écossais, gallois, breton etc.). Les défenseurs de cette langue s'y sont pris trop tard et ces langues, en dépit de l'héroïsme de leurs défenseurs, sont malheureusement vouées à s'éteindre. Or, quand une langue disparait c'est toute une vision du monde qui s'efface. L'histoire d'un peuple également...
S'agissant du créole, il est presque trop tard.
Il aurait fallu que nos instance politiques prennent le problème à bras le corps dès les années 1970. Cela n'a malheureusement pas été le cas. Si notre langue avait été enseignée dès le primaire, nous aurions éviter la carrastrophe linguistique actuelle, cette sorte de charabia que nous exhibons fièrement comme étant "lang zanset-nou" et que pourtant ces derniers n'auraient pas comprise. Exemples :
''Man ka inscrit kò-mwen en faux kont bagay-tala".
. "Bomaten-an, yo ké diskité de la grille des salaires".
Fort heureusement, la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) a mis en place un GIP (Groupement d'Intérêt Public) chargé de travailler à la promotion du créole. C'est la première fois que des politiques se penchent sérieusement sur l'état et le devenir de notre langue. Reste à savoir tout un chacun a bien compris qu'il ne s'agit pas tant de "parler créole" que d'"écrire le créole" ou plus exactement de le transformer en langue écrite de plein exercice. Dans le monde actuel, une langue qui reste confinée dans l'oralité est une langue condamnée à mort.
Il n'est donc pas trop tard pour le créole. Mais...presque trop tard.
...j’ai juste pratiqué une IRONIE un peu appuyée, mais pas de l’insulte ni de l’injure. Lire la suite
Oui, cela demande de bosser pour passer un concours en Lettres, Sciences humaines ou en Droit ! Lire la suite
Selon certain commentaire consécutif à cet article , il parait qu'il faut "bosser comme un dingue Lire la suite
...il est très facile rétrospectivement de les "condamner" (et la loi du 19/3/1946). Lire la suite
Gobineau et Hitler étaient des Européens à la peau claire , de religion chrétienne et de culture Lire la suite
Scientifiquement l'expression "race blanche" n'a aucun fondement ! Lire la suite
...de le soutenir dans un procès contre la racisme, peut-être qu’il comprendra. Lire la suite
c'est dans votre commentaire que vous évoquez "une revanche"; je reprends simplement vos termes.< Lire la suite
Non , Gobineau et Hitler étaients des Européens de race blanche et de religion chrétienne.Et ça , Lire la suite
...mais les "Negs" n'en ont rien à cirer du créole, hélas !
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