Force est de constater que ce que Jean Bernabé dénommait "la décréolisation linguistique" fait des ravages dans nos différents territoires créolophones.
Ce phénomène n'a rien à voir avec "l'évolution linguistique" laquelle est quelque chose de tout à fait normal. Comme nous, les êtres humains, comme nos animaux de compagnie ou les plantes de notre jardin, les langues changent au fil du temps, se transforment, vieillissent et parfois meurent. Rien que de très naturel ! Un Parisien du Moyen-âge ne comprendrait pas un Parisien du 21è siècle. Ni à l'oral ni à l'écrit !
Par contre, ce qui n'est pas naturel du tout est qu'une langue en vienne à dépérir à cause d'une autre langue. Cela relève du linguicide, acte similaire à l'homicide que nous connaissons tous et qui est fort heureusement puni par la loi. Le plus souvent, des langues meurent à cause de conquêtes, d'invasions et d'instaurations de pouvoirs étrangers. Ce phénomène est assez peu visible car cela ne se voit pas : un être humain ou un animal peut mourir en une seconde, un arbre si on l'abat, mais une langue met le plus souvent des siècles à disparaitre. Cela fait que ses locuteurs mettent du temps à s'en rendre compte. Au final, il y a toujours un dernier locuteur, le seul (en général un vieillard) qui continue à la parler mais...tout seul.
Cette mort très lente a une conséquence terrible : les locuteurs d'une langue ne se rendent compte qu'elle est en train de mourir que lorsqu'il est trop tard. Devenus bilingues ou diglottes (ce qui est le cas des créolophones), ils s'imaginent, parce qu'ils se souviennent de tel proverbe, telle jolie expression ou telle injure, qu'elle est encore bien vivante. Il s'agit d'une pure illusion ! Cela ressemble à quelqu'un atteint du cancer terminal qui est encore capable parfois de plaisanter avec ses parents ou ses amis venus de voir sur lon lit d'hôpital.
Des centaines, voire des milliers de langues sont "mortes" depuis l'aube de l'humanité et c'est normal. En fait, les guillemets mis à "mortes" signifient simplement qu'elles se sont transformées, métamorphosées au fil du temps. Le grec que parlait un habitant d'Athènes du temps de Socrate et Platon est incompréhensible pour un Athénien d'aujourd'hui. Mais il importe de distinguer, la mort naturelle de la mort par homicide. Le grec de Platon ou le français du Moyen-âge n'ont pas été assassinés. Ils sont morts de leur belle mort ! Celle, programmée des langues celtiques (breton, gaélique, gallois, écossais etc.), par contre, ne l'est pas du tout. Il s'agit de linguicides provoqués par les soubresauts de l'histoire.
Les efforts pour sauver le gaélique sont tout à la fois pathétiques et vains car ses locuteurs s'y sont pris trop tardivement !
Le créole, lui, est en danger de mort. Il n'est pas encore en phase terminale mais il s'en approche si rien n'est fait. Nous ne parlons pas de celui d'Haïti et des Seychelles mais de ceux de la Louisiane, la Guadeloupe, la Dominique, la Martinique, Sainte-Lucie, Trinidad et la Guyane. Certes, à compter des années 1970 du siècle dernier, d'importants efforts (graphie normalisée, publication de grammaires et de dictionnaires, journaux et émissions en créole, travaux linguistiques, littérature etc.) ont été réalisés et tout cela a permis de prolonger son existence. Mais, tant que le créole ne deviendra pas obligatoire à l'école dès l'école primaire, ce magnifique effort relèvera de soins palliatifs.
Cependant, il y a quelque chose de plus pernicieux s'agissant du créole : sa francisation et son anglicisation dans nos différents territoires. Ce phénomène donne au locuteur l'illusion qu'il continue à parler sa langue alors qu'elle est en train de se transformer inexorablement en charabia. A la limite, on n'est plus dans le linguicide mais dans le suicide linguistique !
Il devient donc urgent que dans nos pays des Académies créoles soient créées comme c'est le cas en Haïti et aux Seychelles. En attendant, avec les faibles moyens de notre site-Internet, FONDAS KREYOL, nous proposerons régulièrement des formes lexicales, syntaxiques et rhétoriques natif-natal (authentiques) permettant au locuteur d'y échapper autant que faire se peut...
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. LEXIQUE
Ne pas dire ou écrire/ Dire et écrire
. Kràn (crâne) mais zékal-tet.
. Nénifa (nénuphar) mais chapo-dlo.
. Létjiri (écurie) mais pak-chouval.
. Kominiké (communiqué) mais dé-mo-matjé.
. Omoseksialité (homosexualité) mais lamakoumétri.
. Nouvel (nouvelle) mais nov.
. Travay red (travailler dur) mais djoubaké ou djoubatjé.
. SYNTAXE
. Sé par/paw Jilbè i risivwè nouvel-tala (Il a reçu cette nouvelle de
Gilbert) mais Sé Jilbè ki ba'y nov-tala.
. RHETORIQUE
. Fok té fè'y dégerpi (il aurait fallu le faire déguerpir) mais Fok té fè'y
pwan lanmè sèvi gran savann.
. I anni lisansié tout sé moun-la (Il n'a fait que licencier tout le monde)
mais I anni ba tout sé moun-la biyé-palapenn yo.
. Ki tan ou ké vini wè mwen ? A la Sen-glen-glen ? mais Ki tan ou ké vini
wè mwen ? Lanné kannel ?
. Sé pa bagay ki fasil pies mais Sé pa rédi chez bò tab.
...j’ai juste pratiqué une IRONIE un peu appuyée, mais pas de l’insulte ni de l’injure. Lire la suite
Oui, cela demande de bosser pour passer un concours en Lettres, Sciences humaines ou en Droit ! Lire la suite
Selon certain commentaire consécutif à cet article , il parait qu'il faut "bosser comme un dingue Lire la suite
...il est très facile rétrospectivement de les "condamner" (et la loi du 19/3/1946). Lire la suite
Gobineau et Hitler étaient des Européens à la peau claire , de religion chrétienne et de culture Lire la suite
Scientifiquement l'expression "race blanche" n'a aucun fondement ! Lire la suite
...de le soutenir dans un procès contre la racisme, peut-être qu’il comprendra. Lire la suite
c'est dans votre commentaire que vous évoquez "une revanche"; je reprends simplement vos termes.< Lire la suite
Non , Gobineau et Hitler étaients des Européens de race blanche et de religion chrétienne.Et ça , Lire la suite
...mais les "Negs" n'en ont rien à cirer du créole, hélas !
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