LE DRAME DE CE SAMEDI 12 OCTOBRE

Mohammed Mbougar Sarr, Prix Goncourt 2021 (Sene.news)

Rubrique

Samedi 12 octobre 2013 : les lignes 6 et 14 du métro de Paris sont noires de monde. Littéralement noires de monde. Une grouillante négraille y mijote en effet fièrement, exhibant ses dents et sa légendaire bonne humeur. Ca sent la joie et l’oignon ; l’air, du reste régulièrement vicié par quelques flatulences dénuées de noblesse de cette multitude, s’emplit de cette électricité qui précède les grandes messes communautaires. Les visages sont gais, les corps vibrent déjà à l’unisson, le français est laborieux, l’on trépigne, l’on se congratule, l’on se salue sans se connaître, l’on devise sur l’événement à venir. Yeux imbéciles, insoutenables pics de hideur, ridicule pompe de certaines mises, fantaisies d’autres, rires tonitruants, diarrhées verbales, moyenne du quotient intellectuel des rames en chute libre : ce sont des sénégalais. Ils s’en vont perdre des neurones à Bercy.

Sait-on ce qu’est Bercy ? D’abord, l’un des deux événements majeurs, avec l’éternel repas au KFC du Chatelet, au cours desquels la diaspora sénégalaise de France a l’occasion de se retrouver et de communier autour des deux gestes que le génie national a promus au rang de valeurs suprêmes: applaudir et danser. Bercy, ensuite, est une expérience de la limite, celle de la souffrance visuelle : vous y verrez des êtres surnaturels au visage multicolore, gloussant, piaillant, pétant, se dandinant tels des pantins sans ressorts, emplis de bourrelets que des vêtements serrés révéleront au lieu de dissimuler. Ne vous en effrayez pas : ce ne sont que des sénégalaises mal maquillées, pardonnez le pléonasme.

Tirez sur leurs cheveux si vous voulez en avoir la preuve : ils vous resteront dans les mains —certains sont collés au crâne, ne vous laissez pas abuser—, suintant de graisse, agressant votre nez de leurs insoutenables relents de caoutchouc brûlé, de produits suspects, de semence mâle séchée. Bercy, enfin, est une source de perplexité. Comment expliquer, en effet, que les individus les plus respectables, les plus intelligents, les plus dignes y côtoient, dans un indémêlable et puissant élan, les crétins les plus absolus, que les plus puristes mélomanes y frayent avec d’ignares entendeurs de musique? Une possible réponse à cela : la danse, et la fibre nationale qu’elle caresse le temps de quelques heures, abolissent les frontières de la distinction et de la retenue.

Il s’agit d’abord, surtout, de se sentir sénégalais et de (se) convaincre de ce fait. Il s’agit de retrouver une couleur locale que l’on craint d’avoir oubliée sur les terres occidentales. Il s’agit de danser sans retenue, à en souffler comme un vieux phoque, à en suer comme quelque phacochère, à en friser l’apoplexie, d’essayer de paraître sur les images d’une télévision nationale qui se sera déplacée pour l’événement, puis, tout cela fait, de rire et d’être content. Rien, pas même Macky Sall bedonnant et en treillis, n’est plus pitoyable que la vue de ces hordes de sénégalais trempés mais heureux, sortant à la queue-leu-leu de Bercy, fiers de s’être agglutinés comme un seul homme, et d’avoir dansé tout leur soul. L’émotion est nègre.

Voilà ce qu’est Bercy. Pour le reste, circulez. Youssou Ndour, par l’intemporelle magie d’une voix, le génie d’un orchestre, le rythme d’un style musical dont il a compris tous les secrets, s’y repose sur de glorieux lauriers, définitivement acquis il y a plus d’une décennie, et parvient à y dissimuler le déclin d’une inspiration naguère exceptionnelle. Qui l’en blâmera ? Personne. On lui demande simplement de bander un minimum. Les fans avaleront toujours.

Bercy, en vérité, me semble de plus en plus n'incarner qu'un nom, un label, un lieu mythique qu’il faut avoir foulé pour, sinon authentifier, au moins aboutir une certaine expérience de l’exil en France. Une sorte de place to absolutely be. Il s’y agit toujours —heureusement— de musique, mais il s’y mêle désormais, de plus en plus, ce je ne sais quoi d’exhibition, d’impératif, de tyranniquement symbolique, de grégaire et d’imbécile qui achève de lui ôter son charme, si tant est qu’il en eut jamais.

Samedi prochain, comme des milliers de sénégalais de France, j’y serai. Armé d’un kit de maquillage pour arranger les guenons éventuelles à l’entrée, et de quelques explosifs pour faire sauter l’endroit. A ceux qui seraient intéressés par cette mission humanitaire, j’apprends que je donne des cours intensifs pour crier sans s’étouffer, dans la bonne intonation.

Connexion utilisateur

Commentaires récents

  • Vierzon : la nouvelle municipalité d'extrême droite annule la commémoration de l'abolition de l'esclavage du 10 mai

    Pourquoi cet étonnement!!

    @Lidé

    12/05/2026 - 03:26

    Frédéric que peut-on attendre de blancs qui ont génocidé 3 continents?
    Lire la suite

  • Vierzon : la nouvelle municipalité d'extrême droite annule la commémoration de l'abolition de l'esclavage du 10 mai

    Ça nous donne une idée de ce qui...

    Frédéric C.

    11/05/2026 - 18:56

    ...nous attend si le RN arrive pleinement aux manettes du pouvoir français, càd à l’Élysée et Mat Lire la suite

  • Avec le déchainement de xénophobie en Afrique du Sud, les afrocentristes se rendent comptent que "le Noir" n'existe pas

    QUAND ON MONTRE A L'IDIOT LA LUNE

    yug

    11/05/2026 - 09:56

    .....il regarde le doigt (Proverbe chinois)

    Lire la suite
  • Avec le déchainement de xénophobie en Afrique du Sud, les afrocentristes se rendent comptent que "le Noir" n'existe pas

    Albè, le mode de rédaction du dernier topo du susdit...

    Frédéric C.

    10/05/2026 - 21:15

    ...est en soi une signature. Lire la suite

  • Avec le déchainement de xénophobie en Afrique du Sud, les afrocentristes se rendent comptent que "le Noir" n'existe pas

    SI JAMAIS IL NOUS LISTE...

    Albè

    10/05/2026 - 17:45

    ...seulement 2 trucs importants qu'il a fait pour son ile, je m'inclinerai chapeau bas ! Lire la suite

  • Avec le déchainement de xénophobie en Afrique du Sud, les afrocentristes se rendent comptent que "le Noir" n'existe pas

    Albè, cet individu semble avoir...

    Frédéric C.

    10/05/2026 - 12:59

    ...une hypertrophie du "je"... Que faire?? Rien. Lire la suite

  • Lettre officielle de Kémi Séba en direct de sa prison en Afrique du Sud

    L'AMBASSADEUR GERMANY ?

    Albè

    10/05/2026 - 08:24

    Qu'en dit le "Grand Ambassadeur du Bénin auprès des Afro-descendants des Antilles" ? Lire la suite

  • Avec le déchainement de xénophobie en Afrique du Sud, les afrocentristes se rendent comptent que "le Noir" n'existe pas

    PARASITE

    Albè

    10/05/2026 - 08:20

    A la longueur de ton commentaire, on voit deux choses : 1) tu souffres d'hypertrophie de l'ego (" Lire la suite

  • Avec le déchainement de xénophobie en Afrique du Sud, les afrocentristes se rendent comptent que "le Noir" n'existe pas

    Je vais vous dire qui je suis .

    yug

    10/05/2026 - 06:55

    Ce n'est pas la première fois qu'une intense campagne de recherche de mon identité se déclenche s Lire la suite

  • "Réveille-toi, peuple noir !", " Le Monde noir doit s'unir !", "Tous les Noirs sont frères !"

    L'amour n'y est pour rien.

    yug

    10/05/2026 - 06:19

    Petite erreur: Ce n'est pas que Tibétains et Ouigours "n'ont pas vocation à aimer les Chinois".Ce Lire la suite