Longtemps infranchissable aux Antilles, le plafond de verre du RN semble avoir cédé en Guadeloupe. Rody Tolassy, député européen RN, est désormais reçu, photographié et parfois invité à s’exprimer lors de manifestations institutionnelles. Derrière cette normalisation se dessine pourtant une singulière histoire familiale et militante, enracinée dans les combats fonciers de Sainte-Rose.
Il y a encore quelques années, la scène aurait probablement provoqué quelques remous.
Un responsable du Rassemblement national convié à une manifestation officielle en Guadeloupe. Des élus locaux à ses côtés. Des poignées de main. Des photographies. Et, parfois, un micro qui lui est tendu.
Aujourd'hui, la scène tendrait presque à devenir ordinaire.
Quelque chose s'est produit dans la vie politique guadeloupéenne : le plafond de verre du RN semble avoir été brisé.
Rody Tolassy n'est plus seulement considéré comme le représentant local d'une formation longtemps tenue à distance dans l'archipel. Il est député européen. À ce titre, il est reçu avec les égards attachés à sa fonction.
Mais l'institutionnalisation n'explique pas tout.
Certains responsables politiques guadeloupéens, notamment dans un environnement proche du GUSR, semblent aller au-delà de la simple courtoisie républicaine.
On reçoit Rody Tolassy.
On pose avec Rody Tolassy.
On lui accorde une visibilité institutionnelle.
On lui donne la parole.
Une normalisation progressive qui soulève une question simple : qui est exactement cet homme que certains responsables guadeloupéens semblent désormais si soucieux de traiter en interlocuteur politique ordinaire ?
L'histoire politique locale donne à cette question une résonance particulière.
En 2022, Le Monde rappelait que Sainte-Rose figurait parmi les communes françaises ayant le plus massivement voté pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Le quotidien rencontrait alors deux frères : Ludovic et Rody Tolassy.
Rody avait 35 ans. Il venait d'être élu au parlement interne du Rassemblement national et avait manqué de peu, quelques mois auparavant, son entrée à l'Assemblée nationale.
Deux ans plus tard, le Guadeloupéen figurait en 21e position sur la liste de Jordan Bardella aux élections européennes. Il est aujourd'hui député européen RN.
Sur son site officiel, il se présente comme le « porte-voix des territoires ultramarins et de la France ». Parmi ses priorités figurent la défense de l'Outre-mer, des agriculteurs et des pêcheurs, la protection des frontières et le renforcement de la souveraineté nationale.
Mais pour comprendre Rody Tolassy, il faut peut-être regarder un peu plus loin que le RN. Et remonter à Sainte-Rose.
Chez les Tolassy, la politique passe aussi par la terre
Une phrase de l'enquête du Monde de novembre 2022 mérite aujourd'hui d'être relue attentivement.
Le quotidien écrit alors :
« Les Tolassy, dont le père mène un syndicat de petits planteurs, ont une réputation un peu sulfureuse. »
La phrase est courte.
Elle ouvre pourtant une porte sur une histoire beaucoup moins connue du nouveau député européen.
Le frère de Rody, Ludovic Tolassy, est depuis longtemps engagé dans les luttes politiques et foncières guadeloupéennes. Il s'est lui-même présenté à plusieurs élections.
Mais il a surtout exercé des responsabilités au sein du Syndicat agricole des petits planteurs de Cadet Sainte-Rose (SAPPCSR). Il en fut secrétaire.
À sa présidence apparaît un autre nom : André Guyon.
Les liens entre Ludovic Tolassy et André Guyon ne relèvent pas d'une rencontre occasionnelle.
Les archives publiques du syndicat les montrent engagés dans les mêmes combats fonciers.
En 2024 encore, le SAPPCSR publie un compte rendu consacré aux terres de Douville-Moreaux, à Goyave. Parmi les responsables et militants présents : **André Guyon, Willy Guyon et Ludovic Tolassy**.
En novembre 2025, les trois hommes apparaissent de nouveau ensemble dans une publication du syndicat relative à une intervention sur Canal 10.
Plus significatif encore : le SAPPCSR rapporte lui-même une ancienne procédure visant deux de ses responsables, identifiés comme Tolassy L. D. et Guyon A. G.
Il ne s'agit donc pas simplement de deux familles qui se connaissent à Sainte-Rose.
Il existe entre les Guyon et au moins l'un des frères Tolassy une histoire militante et syndicale documentée.
C'est là que les choses deviennent intéressantes. Car Rody Tolassy n'est pas totalement étranger à cet univers.
Sur la page vidéo du SAPPCSR figure aujourd'hui une séquence explicitement présentée sous le titre :
« Rody Tolassy (RN) parle : l'ONF fait des ravages de parcelle ».
Le député européen apparaît donc lui-même dans les contenus mis en avant par le syndicat.
Cela ne démontre évidemment ni son adhésion au SAPPCSR, ni une responsabilité en son sein. Mais cela confirme que les univers ne sont pas étanches.
D'un côté, une organisation syndicale agricole profondément enracinée dans les revendications foncières guadeloupéennes.
De l'autre, un responsable du Rassemblement national qui a fait de la défense des agriculteurs l'un des marqueurs de son implantation politique locale.
Entre les deux : la famille Tolassy.
Qui est le père de Rody Tolassy ?
Une question demeure pourtant étonnamment difficile à documenter.
Qui est précisément le père de Rody et Ludovic Tolassy ?
Le Monde affirme qu'il « mène un syndicat de petits planteurs ».
Mais ne le nomme pas. Cette absence pourrait sembler anecdotique.
Elle ne l'est plus dès lors que Ludovic Tolassy a été secrétaire d'un syndicat de petits planteurs dirigé par André Guyon et que Rody Tolassy lui-même apparaît dans les contenus de cette organisation.
Une hypothèse peut naturellement venir à l'esprit.
André Guyon serait-il le père auquel fait référence l'article du Monde ?
À ce stade, nous n'avons trouvé aucun document d'état civil ni aucune source journalistique suffisamment solide permettant de l'affirmer.
Il serait donc irresponsable de transformer cette interrogation en information.
Mais précisément : la question peut être résolue très simplement.
Qui est le père de Rody Tolassy ? Quel syndicat dirigeait-il ? Et quel rôle a joué cet environnement familial dans la construction politique des frères Tolassy ?
Ces questions seraient presque anecdotiques si le nom d'André Guyon ne conduisait pas vers une autre histoire.
Les archives judiciaires françaises conservent en effet la trace d'un André Guyon impliqué dans une affaire criminelle particulièrement grave au début des années 1990.
La victime est Lita Dahomay, figure militante guadeloupéenne.
Selon les éléments repris dans les décisions judiciaires, un homme avait tiré à trois reprises sur elle avec un revolver de calibre .357 Magnum, dont un tir à bout portant. Elle avait été grièvement blessée à l'abdomen.
La justice avait considéré qu'André Guyon avait fourni l'arme, promis de l'argent à l'auteur et donné les indications nécessaires à l'agression.
Le 3 février 1995, la cour d'assises de la Guadeloupe condamne André Guyon à quinze années de réclusion criminelle pour complicité de tentative d'assassinat.
Son pourvoi sera rejeté par la Cour de cassation. Mais une précaution fondamentale s'impose.
Nous n'avons pas, à ce stade, établi de manière suffisamment certaine que l'André Guyon condamné dans l'affaire Dahomay et André de Gallieni Guyon, dirigeant du SAPPCSR, sont une seule et même personne.
Cette vérification est indispensable.
Tant qu'elle n'est pas effectuée, les deux parcours doivent être considérés séparément.
Et même si cette identité était établie, elle ne permettrait évidemment d'attribuer aucune responsabilité pénale ou morale à Rody Tolassy pour les actes d'un autre homme.
Ce serait absurde. Le sujet est ailleurs.
« La tropicalisation du discours du RN »
Il tient peut-être dans une autre phrase recueillie par Le Monde.
Et elle est prononcée par Ludovic Tolassy lui-même.
À propos de l'ascension de son frère au sein du Rassemblement national, il expliquait : « C'est la tropicalisation du discours du RN. »
La formule est remarquable. Parce qu'elle décrit probablement mieux que de longues analyses la stratégie politique qui a permis au parti de Marine Le Pen de franchir une frontière longtemps considérée comme infranchissable aux Antilles.
Rody Tolassy ne présente pas seulement le RN aux Guadeloupéens. Il présente aussi la Guadeloupe au RN.
Le vocabulaire agricole, les questions foncières, la vie chère, le chlordécone, les difficultés des territoires ultramarins viennent se superposer au discours national du parti sur l'immigration, les frontières et la souveraineté. Le résultat est politiquement efficace.
L'homme qui porte les couleurs du RN peut simultanément apparaître comme un enfant des luttes agricoles de Sainte-Rose.
Ce n'est pas nécessairement une contradiction.
C'est peut-être précisément la méthode.
Reste alors la responsabilité des autres. Car un parti politique ne se banalise jamais entièrement tout seul. Il se banalise aussi lorsque ses adversaires cessent de le traiter comme une singularité. Lorsque les photographies deviennent ordinaires. Lorsque les invitations se multiplient. Lorsque les cérémonies effacent les frontières partisanes. Lorsque le micro institutionnel remplace le débat politique.
Et c'est peut-être là que se trouve la véritable histoire.
Pas dans une culpabilité par association qui n'aurait aucun sens.
Pas dans le passé judiciaire éventuel d'un homme que l'on chercherait artificiellement à faire porter à un autre. Mais dans la transformation spectaculaire du regard que porte une partie de la classe politique guadeloupéenne sur le Rassemblement national.
Hier infréquentable, aujourd'hui invité.
Hier tenu à distance, aujourd'hui photographié au premier rang.
Hier combattu, aujourd'hui écouté au micro.
Les responsables politiques qui participent à cette normalisation, particulièrement lorsqu'ils appartiennent à des formations qui ne partagent théoriquement ni l'histoire ni les orientations du RN, ne peuvent pas considérer ces gestes comme politiquement neutres.
Rody Tolassy, lui, aurait tort de s'en plaindre.
Chaque invitation contribue à transformer son étiquette.
Le représentant du RN devient progressivement « notre député européen guadeloupéen ». Deux expressions qui ne racontent pourtant pas exactement la même chose.
Le phénomène mérite d'autant plus d'être observé que la stratégie semble fonctionner.
Le RN n'a peut-être pas conquis idéologiquement la classe politique guadeloupéenne. Ni d'ailleurs l'électorat Guadeloupéen car Marine Le Pen a dû se satisfaire d'environ 16% au premier tour de la présidentielle de 2022, pendant que Jean-Luc Mélenchon réalisait le score Maréchal de près de 60%. L'anti macronisme, plus fort que tout là-bas, fut le salue électoral du RN, qui dit-on aurait recueilli jusqu'aux voix des sympathisants du LKP, contre Macron !
Et parfois, en politique, c'est tout ce dont un parti a besoin pour commencer à gagner.
Veille & Démocratie Paris
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D'après les informations dont je dispose ,il s'appellerait C.M ...Est ce que Frédéric confirme ?< Lire la suite
pourvu qu"un nervi du rn explique la vie à ce yeg. les branches pourries polluent.
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..."majò" n'existe que lorsqu'on a un autre "majò" en face de soi. Lire la suite
En effet, dire que j'aurais "conclu un pacte" avec toi est à la fois risible et révélateur de la Lire la suite
...Internet pour rédiger et publier des textes. Lire la suite
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Les textes de ce chanteur dominiquais sont stupéfiants de clarté et d'inspiration. Lire la suite