Lettre ouverte aux avocats du barreau de la Guadeloupe avec un cri d’alarme sur le risque de destruction de nos cabinets dont nous tirons les seules ressources

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Madame le Bâtonnier, Monsieur le Vice-Bâtonnier,

Mesdames, Messieurs les Bâtonniers, mes chères Consœurs, mes chers Confrères,

Depuis plusieurs années, vous ne m’avez plus entendu, car j’étais dans l’urgence de sauvegarder mes propres intérêts et ceux de ma famille pour les raisons que vous connaissez.

Aujourd’hui, je sors de mon mutisme car nos cabinets sont littéralement au bord de la faillite. Nous coulons. Il faut dire les choses par leur nom. Nous coulons dans l’indifférence totale d’un système politique qui attend que des drames nationaux se produisent pour pointer du doigt les dysfonctionnements du système judiciaire qui, pourtant, sont le quotidien de notre exercice professionnel :

  • Nous coulons en silence car, magistrats et greffiers étant en sous-effectif notoire, une charge de travail impossible repose sur ceux qui ne peuvent se démultiplier à l’infini sans mettre en péril leur propre santé ;
  • Nous coulons en silence car nous, avocats, sommes les premiers impactés par le manque de moyens dont souffre notre juridiction, qui ne peut tenir aucun délai ;
  • Nous coulons en silence car les jugements ne sont pas rendus en temps et en heure du fait de ce manque de moyens, et des délibérés sont repoussés à plus d’un an dans plusieurs dossiers ;
  • Nous coulons en silence car, en l’absence de jugements rendus, nous ne sommes pas en mesure de facturer les diligences de fin de mission à nos clients, d’où un manque à gagner énorme pour nos cabinets ;
  • Nous coulons en silence car nos clients développent une défiance envers nos cabinets et vis-à-vis de notre fonction essentielle de défense de leurs intérêts ;
  • Nous coulons en silence car, bien qu’avocats, nous restons des chefs d’entreprise qui devons honorer nos engagements vis-à-vis des institutions auxquelles nous devons des contributions financières, à savoir les impôts (TVA, impôt sur les sociétés, impôts personnels), l’URSSAF, la CGSS, la CNBF et autres, et bien sûr à notre propre ordre au titre des droits d’inscription et de la cotisation CARPA.
  • Nous coulons dans le silence et l’indifférence totale de l’institution judiciaire dans son ensemble car les politiques qui sont chargés de la dotation financière du judiciaire ont oublié depuis longtemps que la mission de justice était l’un des piliers essentiels de la démocratie. De manière hypocrite, ces instances politiques s’invitent au débat à grands coups de déclarations opportunes chaque fois qu’un drame se produit, comme celui qui anime actuellement la France entière suite au décès d’une fillette, drame qui n’aurait pas dû se produire.
  • Je sors de mon mutisme au nom de tous ceux qui ont fait le choix, par la profession qu’ils occupent, de contribuer au fonctionnement de l’institution judiciaire pour dire le ras-le-bol général que nous ressentons du fait des carences permanentes d’un système qui entraîne dans sa faillite nos cabinets, notre personnel et, par extension, nos familles.

Notre Bâtonnier en exercice a passé l’ensemble de son mandat à relayer nos craintes à ce sujet auprès des chefs de cour et de juridictions, mais faute de moyens, ils ne peuvent faire de miracles.

Aujourd’hui, nous, avocats de ce barreau, sommes au bord de l’asphyxie et une question se pose à nous :

« ALLONS-NOUS NOUS LAISSER MOURIR DANS L’INDIFFÉRENCE LA PLUS TOTALE SANS AUCUNE RÉACTION OU, PIRE ENCORE :

SOMMES-NOUS DÉJÀ MORTS ? »

Charles J. Nicolas
Ancien Bâtonnier

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