Novembre 1870--Novembre 2021

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   Nous sommes tout le temps, en Martinique, en train d'évoquer "nos ancêtres par ci", "nos ancêtres par là", mais sommes-nous dignes de celles et ceux qui ont sacrifié leur vie pour que nous, leurs lointains descendants, puissions jouir d'une existence meilleure que la leur ?

   Il est permis d'en douter.

   Le 25 novembre 1870, cinq leaders de l'Insurrection du Sud furent fusillés au Polygone de Tir de Desclieux, à Fort-de-France, après un procès expéditif organisé par un tribunal militaire. Une soixantaine d'autres insurgés furent expédiés au bagne de Nouvelle-Calédonie dont aucun ne revint au pays natal. Nos élèves n'apprennent pas ou très peu l'histoire de ce deuxième événement fondateur de la Nation Martiniquaise après la révolte du 22 mai 1848 qui avait abouti à l'abolition de l'esclavage dans notre île avant que le bateau apportant le décret d'abolition n'atteigne nos côtes.

   Pourtant une dizaine de communes du sud fut concernées et autant d'"habitations" (plantations) de Békés furent incendiées avec comme foyer de l'insurrection la commune de Rivière-Pilote où d'ailleurs, un Béké royaliste et raciste, Codé, fut exécuté. Le motif de départ peut sembler anodin : un affrontement entre un Béké et un Nègre sur un chemin reliant Le Marin à Rivière-Pilote et la lourde condamnation par la justice de ce dernier. En fait, le feu couvait depuis l'abolition qui non seulement avait vu les Békés être dédommagés financièrement par la France pour la perte de leurs esclaves, mais aussi au fait qu'aucun esclave ne reçut le moindre dédommagement. Pas une once de terre, pas le moindre pécule pour pouvoir recommencer une nouvelle vie ! D'où la désertion des "habitations" par nombre d'anciens esclaves qui préférèrent soit migrer vers les hauteurs pour y vivre de jardins créoles soit s'installer dans les bourgs ou à Fort-de-France. D'où aussi, faute de main d'œuvre suffisante, l'"importation" par les Békés de travailleurs sous contrat indiens, chinois et congolais. A ce propos, on oublie trop souvent de souligner que beaucoup de ces nouveaux arrivants, surexploités, rejoignirent les Noirs créoles au cours de l'Insurrection. 

   Au démarrage du mouvement, il était question d'établir la justice sociale et économique, revendication que l'on qualifierait aujourd'hui de syndicale. Puis, assez rapidement, une autre revendication, politique celle-là, se fit jour sous la houlette du chef de l'insurrection, Louis Telgard : l'indépendance de la Martinique. A l'époque, l'intense trafic maritime entre les îles de l'archipel des Antilles faisait que les nouvelles circulaient sans entrave et qu'en Martinique, on savait qu'il existait une île appelée Haïti où les Noirs avaient chassé les colons et conquis leur indépendance. Où se situait-elle exactement ? A quel moment était-elle devenue un pays libre ? Qui la dirigeait ? A part, les leaders de l'insurrection, la masse des coupeurs de canne, muletiers, amarreuses, maréchaux-ferrants, ouvriers des distilleries et sucreries l'ignoraient, mais ils avaient la certitude que ce pays existait.

   Et très vite, les insurgés voulurent que la Martinique empruntât la même voie qu'Haïti.

   Les autorités françaises en prirent conscience et la répression fut féroce. L'Insurrection du Sud fut écrasée dans le sang. Il fallut pas moins de 90 ans pour qu'à nouveau la revendication d'indépendance renaisse à la Martinique, cela dans les années 1960. Près d'1 siècle donc tellement le traumatisme fut violent. Peu à peu, l'idée fut son chemin et à compter des années 80, des indépendantistes parvinrent à se faire élire maires, conseillers généraux et régionaux, députés et conseillers territoriaux. A certaines époques, les indépendantistes et alliés parvinrent même à "diriger" la Martinique par le biais du Conseil régional, puis de la Collectivité territoriale. 

   Pourquoi, en dépit de ces succès, aucun début de commencement de processus conduisant à l'indépendance ne s'est concrétisé ? Il y a plusieurs explications à cela comme dans tout phénomène socio-politique : la chappe de plomb de l'assimilationnisme avec la loi de 1946 ; la diffusion d'un enseignement scolaire franco-centré ; la possession par l'Etat français des principaux moyens de communication (presse, radio, télé etc.) jusqu'au milieu des années 80 du siècle dernier ; l'émigration forcée d'une large fraction de la jeunesse martiniquaise par le truchement du BUMIDOM ; le spectre de la "misère" régnant dans les îles voisines etc... Tout cela a produit d'énormes dégâts dans la psyché martiniquaise, dégâts dont on n'a pas fini de mesurer l'ampleur. Il en a résulté, comme on l'a vu en 2010 avec le rejet par 79% des votants de l'Article 74 qui aurait conféré un petit début de commencement d'autonomie, une peur viscérale de l'indépendance.

   On peut alors se demander pourquoi, en dépit de cette peur, des dizaines de milliers de Martiniquais n'ont pas craint de voter régulièrement pour des candidats indépendantistes et les faire élire, parfois aux plus hautes fonctions ? Oui, pourquoi ? Peut-être parce qu'ils savent que contrairement aux assimilationnistes et aux autonomistes, les indépendantistes sont réputés intègres et ne piquent pas dans la caisse. Peut-être aussi parce qu'ils savent qu'une fois au pouvoir, les indépendantistes ne disposent d'aucun moyen de rompre avec le système colonial et se retrouvent obligés de gérer ce dernier. Peut-être aussi... Bref !

   En tout cas, une chose est sûre et certaine : les syndicalistes de 2021 n'ont aucun rapport avec les Insurgés de 1870. Et les casseurs encore moins...

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