Thailande : larmes intarissables

Patrick Chesneau

Rubrique

     FONDAS KREYOL est un site-web (journal en ligne) qui ne vit pas de la publicité capitaliste comme la totalité de ses confrères antillais ni de subventions publiques, mais uniquement de l'aide émanant de ses rédacteurs (trices) et surtout amis (es). Celles et ceux qui souhaiteraient nous aider peuvent prendre contact avec nous à l'adresse-mail ci-après : montraykreyol@gmail.com

   La seule "ligne" qui est la nôtre est celle de la libre expression de nos collaborateurs et collaboratrices, sachant que nous publions toutes les opinions (de la droite assimilationniste à l'extrême-gauche "indépendantiste") et cela depuis le prédécesseur de FONDAS KREYOL à savoir MONTRAY KREYOL lequel a duré 15 ans et redémarrera un jour ou l'autre. FONDAS KREYOL, lui, a 4 ans d'existence.

    Tout cela pour dire à nos lecteurs et lectrices que les articles publiés sur notre site n'engagent que leurs rédacteurs et rédactrices, pas le site-web en tant que tel...

   Un fatras de béton et de ferraille. Le chagrin comme seul témoin d'un tremblement de terre fatidique. C'était le 28 mars. Déjà une éternité. Pourtant, les stigmates de la tragédie semblent inscrits à jamais dans ce carré de désolation à ciel ouvert. Certes, Songkran a inondé entre temps le coeur des foules irriguant la ville tentaculaire. Il n'empêche. Un mois après une colère tellurique jamais éprouvée à Bangkok, le chantier jouxtant Chatuchak hurle sa douleur muette. 

   Un silence de mort. Rompu seulement par le cliquetis strident des machines et excavatrices qui s'épuisent à déblayer. Tâche titanesque. Malgré l'armada mécanique dépêchée sur les lieux, la protubérance des gravats résiste à l'oubli. Blocs concassés. Poutrelles torsadées. Spectacle dantesque incitant à invoquer la commisération infinie des divinités. Bouddha a la vertu salvatrice de requinquer les hommes désemparés. Des escouades de sauveteurs exténués incarnent la sublimation dans l'effort, le dépassement, l'abnégation. Les visages constellés de sueur. Là où le vent est un adversaire. De subites bourrasques déclenchent de très inopportuns tourbillons de poussière. Les décombres exhalent l’odeur de la putréfaction. L’air rendu irrespirable quand le soleil plastronne au zénith. Tous ont les poumons à deux doigts de l’explosion. La chaleur liquéfie les corps fourbus, engoncés dans des tenues en toile épaisse. Dans ce chaos, ô miracle, parvient toutefois à s’imposer la noblesse des sentiments ultimes. Ceux qui, vaille que vaille, s’affirment dans les situations extrêmes. Les âmes inaltérables ne veulent accorder aucune place au découragement quand bien même seuls des cadavres décomposés restent à récupérer. C'est un principe intangible d'humanité. Les suppliciés gardent envers et contre tout le droit imprescriptible à la dignité.

    Reste tant de questions sans réponse. Qui peut alléger la peine et les tourments des familles? La raison vacille à constater l’irrémédiable. Il a suffi qu’un immeuble à la verticalité un peu hautaine soit soufflé comme un château de cartes biseautées pour que les proches des travailleurs voient leur ligne d’horizon rapetisser instantanément. Tant d’amour pulvérisé.  Des projets et une poignée de rêves anéantis en quelques spasmes de forte magnitude. 8, 2 sur l’échelle de Richter en l’épicentre du séisme surgi des entrailles de la terre à plusieurs centaines de kilomètres de la Cité des Anges.  Leur affliction sera inextinguible aussi longtemps que les responsabilités n’auront pas été établies et justice rendue. 

   Ce qui se raconte ici depuis tant de jours interminables est la chronique délétère d’une douleur qui ne peut pas être ordinaire. 

Piège mortel d’une tour effondrée. Devenue linceul. Quelques 100 personnes tombées au champ d’horreur. Destins ensevelis.  Nuit éternelle. Presque tous venaient du Myanmar, pays limitrophe ployant sous le joug d'un régime militaire implacable.  Croyant dur comme fer à la possibilité d'un bonheur enfin à portée de main en Thaïlande.

Las! 

   Le courroux d'une nature indomptée en a décidé autrement. Vies déchiquetées. Les proches des " disparus " avaient accouru au terme d'un voyage chaotique. Ayant eux-mêmes parfois tout perdu du fait de leur terrible proximité géographique avec le point névralgique du séisme. Jusqu'à 7 jours d'une tribulation, placée de bout en bout sous le sceau du désespoir. A leur arrivée sur les lieux du drame, le gouverneur de la capitale, à la tête de la puissante Bangkok Metropolitan Administration-BMA- les avait accueillis dans un village de tentes dressées à la hâte. Ce campement d'infortune est aujourd'hui pratiquement déserté. Tout espoir s'était si vite amenuisé. A peine le temps de quelques rites funéraires et les familles les plus démunies n'ont eu d'autre choix que de repartir.

En toile de fond, l'habituelle litanie des rimes mortifères hante un récit funeste: construction, malfaçons, corruption. 

Mais ce n'est là que le coefficient multiplicateur de la tragédie ayant englouti le futur siège du State Audit Office- SAO- sorte de Cour des Comptes thaïlandaise.

   Un édifice de 30 étages dévolu à l'accueil de différents services de l'état.

   Les causes saillantes du désastre peuvent aussi s'énoncer en non conformité des matériaux aux normes en vigueur,  violation des règles, infraction à la loi. 

   Malgré l'arrestation du dirigeant de l'entreprise chinoise présidant aux travaux, qui en tirera enseignement pour l'avenir?

 

Patrick Chesneau

 

Photos: The Nation

Thiti wannamontha, 

Surasit Ratsameekittikul, Sopon Susena

Media / Document
Image
Image
Image
Image
Image

Connexion utilisateur

Dans la même rubrique

Commentaires récents

  • Sont-ils antisémites pour autant ?

    AU FAIT...

    Albè

    18/08/2026 - 11:21

    ;;;dans l'un de vos commentaires au bas de l'article parlant du 50è anniversaire de la graphie du Lire la suite

  • Sont-ils antisémites pour autant ?

    Àlbè, j’ai vérifié : je me trompais...

    Frédéric C.

    17/08/2026 - 20:16

    ...en effet about les Perses. Pour le reste, je maintiens tout. Lire la suite

  • Ces jeunes marocains n'ont pas cherché à libérer un territoire occupé mais...

    CE BOUFFON DE YEG...

    Albè

    17/08/2026 - 19:02

    ...se garde bien de répondre à la question qui lui est posée sans arrêt : si les Arabes avaient c Lire la suite

  • Ces jeunes marocains n'ont pas cherché à libérer un territoire occupé mais...

    Sacré yeg!!!!!!!!!!!!!!!!!

    @Lidé

    17/08/2026 - 16:19

    la castration est une bonne chose pour les yegs.
    albè à raison

    Lire la suite
  • Ibrahim Traoré, chef d'état du Burkina-Faso : "Au nom du peuple africain, au nom des peuples opprimés, je dis "Gaza vivra !"

    yeg est islamophile??????!!!!!!!!!!! lol

    @Lidé

    17/08/2026 - 16:15

    Ibrahim Traoré refuse la charia, et oui
    c'est pour cela que yeg vomit?

    Lire la suite
  • Ces jeunes marocains n'ont pas cherché à libérer un territoire occupé mais...

    Quand Albè approuvait explicitement la castration..

    yeg

    17/08/2026 - 16:10

    Lors d'un échange récent (date et coordonnées ci-dessous ) voici ce qu'écrivait Albert l'Ordure:< Lire la suite

  • Ibrahim Traoré, chef d'état du Burkina-Faso : "Au nom du peuple africain, au nom des peuples opprimés, je dis "Gaza vivra !"

    Traoré la vermine aggrave son cas

    yeg

    17/08/2026 - 12:28

    Au Burkina Faso, plongée dans les geôles clandestines de la machine répressive d’Ibrahim Traoré . Lire la suite

  • Covid et prévisions météo ou l'éternel enfant-gâtisme des Negs fwansé

    MEU NON !

    Albè

    17/08/2026 - 11:53

    Même si y'a l'indépendance un jour, ils continueront à se comporter comme de grands enfants.

    Lire la suite
  • Sont-ils antisémites pour autant ?

    PERSES...

    Albè

    17/08/2026 - 09:57

    Il me semble que les Perses ne sont ni arabes ni sémites. Lire la suite

  • Sont-ils antisémites pour autant ?

    Non, ils ne sont pas "antisémites", et pour deux raisons...

    Frédéric C.

    17/08/2026 - 09:21

    Ils ont un regard acéré sur l’histoire du monde, et notamment du colonialisme (celà sous-tend leu Lire la suite