Tragédie tellurique en Colombie

Patrick Chesneau

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   Le haut du cône sud américain saisi de convulsions. La terre chamboulée dans ses profondeurs a laissé un funeste courroux remonter à la surface. Ex abrupto.

   Là où vivent les humains. Par millions.

   C'était envisageable mais imprévisible. Une hypothèse scientifiquement élaborée que seuls corroboraient par anticipation les récits an tan lontan

    Après le Vénézuéla, la Colombie. 

   Est-ce le début d'une théorie des dominos ? Ce laghia géologique en milieu tropical procure craintes, frissons, sueurs froides  aux populations de cette latitude. 

   La Guyane est a portée géographique de sarbacane. La Martinique, déjà sous menace péléenne, la Guadeloupe sous l'emprise de la Soufrière et leurs cousines  posées en chapelet langoureux sur les flots caraïbes frémissent à l'unisson. 

   D'une frayeur que rien ne peut raisonnablement apaiser.  

   Contagieuse à mesure que les spasmes  rompent la croûte terrestre. 

   Des régions entières sont la proie de sournoises secousses. Se craquèlent. Des lignes de faille affleurent. Rapidement béantes. Des protubérances incongrues défigurent les paysages martyrisés.

En un battement de paupières, des reliefs sont démantibulés, des fleuves détournés,  des plaines affaissées voire englouties, des routes éventrées, des ponts torsadés.

   Quand un bout de planète pète un câble enfoui, c'est tout un système de ramifications qui est affecté.

   D'invisibles rhizomes souterrains sont mis à nu. Ce qui n'est pas l'ordre normal des choses.

    La comparaison peut être établie avec un nerf à vif accidentellement sectionné. Les capacités sensorielles sont alors drastiquement diminuées. Le corps amoindri devient végétatif. 

   Au milieu du tableau des drames géologiques, toujours la litanie des mêmes images poignantes. Immeubles, bâtiments, habitations cèdent aux convulsions inopportunément amplifiées. es normes de construction parasismiques peuvent atténuer les effets d'un méga séisme. Pas juguler entièrement sa force de terrassement. 

   En Martinique, la topographie des mornes et ravines ne saurait prémunir d'aucun péril ni absorber aucune foucade de la nature au moment précis où elle explose de colère. 

   Suite à quelles contrariétés ? Autant en avoir la conscience aiguë: rien ne peut, en soi, empêcher l'expression d'indomptables colères dans ce coin de mappemonde. La géographie cordiale, chère à Aimé Césaire, se déforme en bassin des saccades. our les populations concernées, la rançon s'énonce en trois mots suivis de leurs maux usuels: destruction, désolation, affliction.

   Les désastres s'encastrent les uns dans les autres. 

   A très longue distance du dernier épicentre en date, je ressens cette actualité mortifère avec une particulière acuité. 

   Les séismes...ma hantise absolue. 

   Quand on réchappe d'un tremblement de terre de forte magnitude, le trauma est à vie. Indélébile. 

   Sentir le sol se dérober à chaque demi-pas, ne pouvoir se raccrocher à rien, être aspiré dans une vertigineuse fuite d'équilibre, genre toupie chancelante, en pleine vrille au milieu du chaos général quand tout s'effondre, est une épreuve terrorisante. 

   Ballotté dans une centrifugeuse.

   Réduit au destin d'un fétu de paille.  Tellement dérisoire.

   S'ensuit un état de sidération paralysante. 

   Avancer d'un millimètre relève de l'effort prométhéen quand la terre pastiche une trampoline géante. Une ellipse de seconde et le monde vacille. Une broyeuse. Alerte tournis. La perte de contrôle est irrémédiable. Les cris, les suppliques, les pleurs. En ces circonstances concassées, la peur n'est jamais muette. Douleur stridente. 

Ce scénario de l'effroi résulte d'une pichenette tectonique. 

   Si elle est de grande ampleur, le monde prend l'allure d'un mikado pulvérisé.

 

Patrick Chesneau

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