FONDAS KREYOL est un site-web (journal en ligne) qui ne vit pas de la publicité capitaliste comme la totalité de ses confrères antillais ni de subventions publiques, mais uniquement de l'aide émanant de ses rédacteurs (trices) et surtout amis (es). Celles et ceux qui souhaiteraient nous aider peuvent prendre contact avec nous à l'adresse-mail ci-après : montraykreyol@gmail.com
La seule "ligne" qui est la nôtre est celle de la libre expression de nos collaborateurs et collaboratrices, sachant que nous publions toutes les opinions (de la droite assimilationniste à l'extrême-gauche "indépendantiste") et cela depuis le prédécesseur de FONDAS KREYOL à savoir MONTRAY KREYOL lequel a duré 15 ans et redémarrera un jour ou l'autre. FONDAS KREYOL, lui, a 4 ans d'existence.
Tout cela pour dire à nos lecteurs et lectrices que les articles publiés sur notre site n'engagent que leurs rédacteurs et rédactrices, pas le site-web en tant que tel...
L’aménagement constitutionnel du créole et du français en Haïti vise à institutionnaliser l’égalité statutaire entre les deux langues de notre patrimoine linguistique historique, à garantir l’effectivité des droits linguistiques de tous les locuteurs (unilingues créoles et bilingues créole-français), à contribuer à l’édification de l’État de droit, à promouvoir et à renforcer la participation de l’ensemble des locuteurs à la vie démocratique. L’aménagement constitutionnel du créole et du français en Haïti est rigoureusement arrimé à la Constitution haïtienne de 1987 et il est conforme à la Déclaration universelle des droits linguistiques (Barcelone, 1996).
La toute jeune jurilinguistique haïtienne n’a pas encore produit un corpus référentiel relatif à la dimension constitutionnelle de l’aménagement des deux langues de notre patrimoine linguistique historique, le créole et le français. À notre connaissance, il n’existe qu’un seul article scientifique dans lequel un juriste, Me Alain Guillaume, aborde avec hauteur de vue les rapports entre le Droit et la situation linguistique haïtienne. L’article a pour titre « L’expression créole du droit : une voie pour la réduction de la fracture juridique en Haïti ». Il est paru en 2011 dans la Revue française de linguistique appliquée (vol. XVI, n°1, p. 77‑91).
Dans cet article Alain Guillaume soutient que l’expression créole du Droit s’articule à l’idée que l’intégration juridique de la nation haïtienne passe par l’usage du créole dans le Droit écrit. En ce qui a trait à la fracture juridique, il montre que l’inégalité entre le français et le créole dans les textes normatifs accentue la fracture entre la norme et la pratique. Et quant au bijuridisme et au bilinguisme, l’article analyse le bilinguisme inégalitaire et le bi‑juridisme haïtien, où coexistent Droit écrit et normes coutumières. Sur le registre d’une proposition doctrinale, le juriste plaide pour une traduction de nos textes de loi et une codification en créole ainsi qu’une prise en compte des normes coutumières afin d’enrichir le Droit substantiel et de contrer efficacement l’exclusion citoyenne.
Alors même que la contribution analytique d’Alain Guillaume est fortement ancrée dans une rigoureuse lecture du patrimoine juridique haïtien, elle demeure peu connue des chercheurs et des secteurs de la société civile préoccupés par l’aménagement linguistique en Haïti.
Docteur en Droit de l’Université d’Aix‑Marseille III, avocat au Barreau de Port-au-Prince et professeur de Droit public à l’Université Quisqueya, Alain Guillaume a élaboré la notion de fracture juridique au titre d’un concept central pour comprendre les dysfonctionnements structurels et jurilinguistiques de l’État haïtien.
En toile de fond des dysfonctionnements structurels et jurilinguistiques de l’État haïtien étudiés par le juriste Alain Guillaume, il y a ce qu’il est convenu d’appeler « l’arsenal juridique haïtien ». NOTE – Tous les textes constitutionnels haïtiens ont été rédigés en français. Seule la Constitution de 1987 a été rédigée simultanément en français et en créole.
(A) Listage de CINQ TEXTES NORMATIFS MAJEURS qui structurent l’arsenal juridique haïtien entre 1804 et 1987, chacun étant un repère constitutionnel déterminant dans l’évolution de l’État haïtien.
1. Acte d’Indépendance de 1804
Texte fondateur proclamant la souveraineté de l’État haïtien et rompant définitivement avec l’ordre colonial.
2. Constitution impériale de 1805
Première Constitution durable du nouvel État ; affirme l’unité nationale, l’abolition définitive de l’esclavage et un Exécutif fort sous Dessalines.
3. Constitution de 1843
Texte libéral majeur du XIXᵉ siècle : séparation des pouvoirs, limitation de l’Exécutif, affirmation des libertés publiques.
4. Constitution de 1867
Considérée comme l’une des constitutions les plus démocratiques du XIXᵉ siècle : parlementarisme renforcé, garanties des droits, réduction du pouvoir présidentiel.
5. Constitution de 1987
Texte fondamental de l’ère post‑duvaliériste : droits fondamentaux élargis, pluralisme politique, décentralisation, reconnaissance du créole comme langue officielle.
(B) Synthèse comparative des cinq textes normatifs majeurs (1804–1987)
1. Acte d’Indépendance (1804)
2. Constitution impériale de 1805
3. Constitution de 1843
4. Constitution de 1867
5. Constitution de 1987
Tableau synoptique comparatif
|
Texte |
Nature du régime |
Objectif politique central |
Architecture institutionnelle |
Innovations majeures |
|
1804 |
Acte fondateur |
Souveraineté nationale |
Pas d’institutions formalisées |
Légitimation de l’État indépendant |
|
1805 |
Empire centralisé |
Consolidation de l’unité et de la défense |
Exécutif absolu |
Abolition de l’esclavage ; citoyenneté égalitaire |
|
1843 |
République libérale |
Limiter l’exécutif |
Parlement fort ; responsabilité ministérielle |
Libertés publiques ; séparation des pouvoirs |
|
1867 |
République parlementaire |
Rééquilibrer les pouvoirs |
Exécutif affaibli ; législatif dominant |
Garanties procédurales ; contrôle de l’exécutif |
|
1987 |
République démocratique |
Refonder l’État de droit |
Séparation stricte ; organes de contrôle ; décentralisation |
Droits fondamentaux ; bilinguisme officiel ; participation citoyenne |
1. La « fracture juridique » : un concept structurant du Droit public haïtien
La fracture juridique désigne l’écart profond entre :
Elle renvoie à un État de droit inachevé où la production normative ne garantit pas l’effectivité des droits.
2. La contribution d’Alain Guillaume à l’analyse de la « fracture juridique »
Alain Guillaume, spécialiste du droit constitutionnel, du droit administratif et des finances publiques, mobilise ce concept dans plusieurs axes de réflexion :
a) Fracture entre Constitution et pratiques institutionnelles
Il montre que la Constitution haïtienne — notamment celle de 1987 — souffre d’une faible effectivité, en raison :
b) Fracture dans la gouvernance administrative et financière
Dans ses travaux sur les finances publiques, il analyse la désarticulation entre les règles budgétaires et leur application réelle, ce qui crée un vide de responsabilité publique.
c) Fracture dans l’accès au Droit et à la justice
Il souligne que l’accès au droit est limité par :
Cette fracture dans l’accès au Droit et à la justice est à la fois juridique, sociale et territoriale.
3. La fracture juridique comme symptôme d’un constitutionnalisme fragile
Pour Alain Guillaume, la fracture juridique n’est pas un accident : elle est structurelle. Elle révèle :
Ainsi, la fracture juridique devient un indicateur de la crise de l’État haïtien.
4. Première synthèse
Alain Guillaume utilise la notion de fracture juridique pour montrer que l’État haïtien fonctionne dans un régime où la norme constitutionnelle existe, mais ne produit pas les effets attendus. Sa contribution éclaire la distance entre le Droit et la gouvernance réelle, et propose une lecture critique du constitutionnalisme haïtien.
4.1. Fracture juridique — Un Droit qui n’intègre pas la nation
Alain Guillaume montre que le Droit haïtien est marqué par deux phénomènes structurels :
Ces deux réalités produisent une non‑intégration juridique de la population, car :
NOTE – À propos des normes coutumières, voir : Pierre‑Joseph Florival : « Enquête sur les coutumes en Haïti. Référence : « Présentation de l’enquête sur les coutumes en Haïti », dans « La place de la coutume dans l’ordre juridique haïtien » (Presses universitaires de Grenoble, 2013). Voir aussi Léon Saint‑Louis, « Doctrine haïtienne et coutume ». Référence : « Le point de vue de la doctrine sur la place de la coutume dans l’ordre juridique haïtien », dans « La place de la coutume dans l’ordre juridique haïtien », Presses universitaires de Grenoble, 2013. Voir également Patrick Pierre‑Louis, « Le système juridique haïtien entre ordre étatique et ordre coutumier », dans « La place de la coutume dans l’ordre juridique haïtien », Presses universitaires de Grenoble, 2013.
Conséquence de la non‑intégration juridique de la population : une grande partie de la population ne peut comprendre, interpréter ni mobiliser le Droit. Alain Guillaume parle alors d’une fracture juridique, c’est‑à‑dire un écart entre le Droit formel et la réalité sociale.
4.2. Fracture sociale — le Droit comme privilège de classe
Dans son analyse, Alain Guillaume rappelle que la société haïtienne est traversée par des oppositions profondes :
Ces clivages se traduisent dans l’accès au Droit :
Conséquence : l’accès au droit devient un capital social, réservé à une minorité.
4.3. Fracture territoriale — un État de droit concentré dans les villes
Alain Guillaume souligne également la dichotomie entre :
Dans ces régions :
Conséquence : l’accès à la justice dépend du lieu où l’on vit — une inégalité territoriale structurelle.
4. Deuxième synthèse : une triple fracture qui alimente la crise de l’État de droit
Pour Alain Guillaume, les trois fractures ne sont pas séparées : elles s’additionnent et s’alimentent mutuellement, produisant une non‑effectivité du Droit et une exclusion citoyenne massive.
Tableau récapitulatif
|
Dimension |
Effet principal |
Mécanisme |
|
Juridique |
Non‑compréhension du droit |
Bilinguisme inégalitaire, droit non créolisé |
|
Sociale |
Droit réservé aux élites |
Capital linguistique, économique et éducatif |
|
Territoriale |
Justice inaccessible hors des villes |
Absence d’institutions judiciaires en zones rurales |
5. La solution proposée par Alain Guillaume
Le juriste propose deux leviers majeurs :
Ces mesures visent à réduire/annihiler la fracture juridique dans l’optique de l’établissement de l’État de droit. De telles mesures interpellent un changement en profondeur de paradigme, une véritable réorientation-réappropriation épistémologique dont les fondements sont enracinés dans la Constitution haïtienne de 1987.
L’étude du juriste Alain Guillaume --« L’expression créole du droit : une voie pour la réduction de la fracture juridique en Haïti » (Revue française de linguistique appliquée (vol. XVI, n°1, p. 77‑91)--, interpelle ce qu’on désigne judicieusement sous l’appellation de « Constitutionnalisme haïtien ».
L’article d’Alain Guillaume s’éclaire de l’examen de la notion de « constitutionnalisme » de Philippe Raynaud et du remarquable apport conceptuel/analytique de l’historien Claude Moïse consigné dans le livre « Les trois âges du constitutionnalisme haïtien » (Presses de l’Université Quisqueya & Éditions du Cidihca, 2019).
Agrégé de philosophie et de science politique, professeur émérite de science politique à l’Université Paris‑Panthéon‑Assas, Philippe Raynaud nous enseigne que « Dans le vocabulaire juridique contemporain, la notion de « constitutionnalisme » s’inscrit en général dans une conception libérale du droit public, qui veut que les pouvoirs publics soient essentiellement limités afin que soient garanties les principales libertés de l’individu. Plus précisément, on parlera de « constitutionnalisme » pour désigner les régimes politiques qui, grâce à l’établissement d’un contrôle de constitutionnalité exercé par une instance politico-judiciaire « indépendante », rendent possible la limitation du pouvoir législatif lui-même en veillant à la conformité des lois à la constitution et à ses principes généraux, et non pas simplement à la légalité des actions du pouvoir exécutif et de l’administration. Dans un sens plus large, on parle aussi parfois de constitutionnalisme « ancien » ou « médiéval » pour désigner les freins que les régimes de l’antiquité mettaient à l’exercice du pouvoir politique afin de substituer le règne de la loi à celui des hommes ou d’assurer le règne de la « justice ». Il paraît ici préférable de s’en tenir au « constitutionnalisme » stricto sensu, dont le développement est inséparable de celui du libéralisme politique et de la démocratie moderne dans la mesure où, comme le note Olivier Beaud, « le constitutionnalisme ancien ou médiéval est devenu obsolète depuis la naissance de la souveraineté et de l’État moderne » : dès lors que l’État moderne peut modifier la totalité du droit positif, les limitations opposées au pouvoir des gouvernants ne peuvent plus venir de la tradition ou de la coutume… » (Philippe Raynaud, « Le juge et le philosophe. Essais sur le nouvel âge du droit », Éditions Armand Colin, 2020.)
En sus de l’éclairage fourni par Philippe Raynaud, plusieurs sources documentaires attestent que « Le constitutionnalisme est une théorie du droit qui considère qu'une constitution écrite est la norme suprême, garantissant les libertés individuelles et limitant le pouvoir de l'État. Cette doctrine s'oppose au légicentrisme (la suprématie de la loi) en établissant le contrôle de constitutionnalité des lois pour protéger les droits fondamentaux et assurer que le gouvernement respecte la Constitution.
Principes clés
Le « constitutionnalisme haïtien » est constitué d’un ensemble de pratiques et de textes constitutionnels marqués par des ruptures politiques successives et une quête inachevée de stabilité institutionnelle. Il s’inscrit dans une longue trajectoire marquée par l’indépendance, les occupations étrangères et les tentatives démocratiques, révélant une tension constante entre idéal normatif et pratiques politiques. L’historien Claude Moïse, figure majeure de cette historiographie, analyse ces dynamiques dans son livre de référence « Les trois âges du constitutionnalisme haïtien » (Presses de l’Université Quisqueya & Éditions du Cidihca, 2019). Claude Moïse distingue la période fondatrice (1804‑1915), l’ère de l’occupation américaine et la refondation institutionnelle menant à la Constitution de 1987. Ses travaux montrent que les Constitutions haïtiennes sont autant des instruments de pouvoir que des miroirs des crises de l’État, révélant ruptures, continuités et fragilités structurelles. En revisitant aussi la Constitution de 1801 et le projet politique de Toussaint Louverture, il éclaire la genèse d’un État en quête de légitimité et de cohérence institutionnelle. Ainsi, l’œuvre de Claude Moïse contribue à mieux comprendre comment, en Haïti, le constitutionnalisme demeure un champ de luttes où se joue la construction --toujours inachevée-- de l’État de droit. Parmi les grandes qualités de ce livre de référence figure à l’« Annexe 5 » (pages 435-439) la « Chronologie des Constitutions et de quelques textes fondamentaux d’Haïti ». Cette chronologie se termine par la mention suivante : « Au total 3 Actes fondamentaux, 22 Constitutions, 15 révisions, une Convention, un Accord ».
À l’aune des données consignées dans le livre de référence de Claude Moïse, peut-on en toute rigueur soutenir que le « constitutionnalisme haïtien » fournit un cadre conceptuel et un dispositif juridique à l’aménagement constitutionnel des deux langues du patrimoine linguistique historique d’Haïti, le créole et le français ?
Le « constitutionnalisme haïtien », depuis 1801, se caractérise par une succession de textes cherchant à stabiliser un État traversé par des crises politiques récurrentes. Dans son œuvre majeure, « Les trois âges du constitutionnalisme haïtien », Claude Moïse montre que les Constitutions traduisent moins une continuité institutionnelle qu’une série de ruptures fondatrices, où chaque régime tente de refaçonner l’ordre politique. Il distingue ainsi trois âges : la période post‑indépendance (1804‑1915), l’ère de l’occupation américaine (1915‑1934) et la refondation contemporaine culminant avec la Constitution de 1987. Celle-ci introduit une innovation majeure : l’intégration explicite d’un projet de société où l’aménagement linguistique est une composante de la gouvernance démocratique (voir le « Préambule » ainsi que les articles 5, 32 et 40 du texte constitutionnel). En accordant au créole et au français le statut de langues co-officielles, la Constitution de 1987 inscrit la politique linguistique dans le champ du Droit constitutionnel, rompant avec deux siècles de diglossie institutionnalisée.
L’ouvrage de Claude Moïse ouvre la voie à la perspective selon laquelle la co-officialisation du créole et du français n’est pas que symbolique : elle vise à corriger une inégalité structurelle d’accès au Droit, où la maîtrise du français conditionnait la citoyenneté effective. L’aménagement linguistique devient alors un levier de rééquilibrage démocratique, notamment dans les champs de l’éducation, de la justice et de l’Administration publique. Il s’agit d’un passage d’un bilinguisme de fait --hiérarchisé et excluant-- à un bilinguisme d’équité, principe désormais inscrit dans la norme suprême. À l’instar d’Alain Guillaume toutefois, la réflexion analytique de Claude Moïse autorise de soutenir l’idée que la promulgation d’une Constitution ne suffit pas : son effectivité dépend de politiques publiques cohérentes, de ressources institutionnelles et d’une volonté politique durable. L’écart entre la norme constitutionnelle et les pratiques linguistiques révèle ainsi une tension centrale du « constitutionnalisme haïtien » : la difficulté à transformer les principes en mécanismes opérationnels. L’aménagement linguistique devient dès lors un registre juridique et régalien de la capacité de l’État à produire de l’inclusion, de la légitimité et de la participation citoyenne. Dans cette perspective, la Constitution de 1987 apparaît comme un cadre normatif ambitieux, mais encore inachevé, pour la construction d’un État de droit appelé à modéliser ce que nous désignons par « bilinguisme de l’équité des droits linguistiques » au titre de la politique linguistique de l’État haïtien –nous reviendrons là-dessus. L’ouvrage de Claude Moïse suggère l’idée d’une articulation forte entre réforme institutionnelle et réforme linguistique, condition d’une gouvernance réellement démocratique. Ainsi, l’étude croisée du constitutionnalisme et de l’aménagement linguistique doit-elle montrer que la question des langues n’est pas périphérique en Haïti : elle est au cœur du projet haïtien de société. Elle engage la refondation de l’État, la justice sociale et la consolidation d’un espace public accessible à tous les citoyens.
NOTE – En dépit des considérations qui précèdent, l’on observe que le « constitutionnalisme haïtien », en toute rigueur, est muet sur un sujet majeur de société : LA PROBLÉMATIQUE LINGUISTIQUE HAÏTIENNE DANS SES RAPPORTS AVEC LES DROITS LINGUISTIQUES. Malgré l’abondance et la variété de ses publications, il n’a pas encore fourni un cadre analytique, des études dédiées et encore moins les références d’une jurisprudence spécifique à la jurilinguistique haïtienne contemporaine. Ainsi il est attesté que le « constitutionnalisme haïtien » s’est nourri au fil des ans de contributions diverses et diversement instructives comme l’atteste la riche bibliographie du livre de Claude Moïse, « Les trois âges du constitutionnalisme haïtien » (Éditions du Cidihca, 2019), mais il faut le souligner une fois de plus, le « constitutionnalisme haïtien » n’a pas encore produit des études spécifiques en jurilinguistique ou en droit linguistique constitutionnel.
Droit linguistique et Droit linguistique constitutionnel
Le droit linguistique est l’« Ensemble de règles juridiques ayant pour objet l'usage ou le statut d'une ou de plusieurs langues sur un territoire donné. Le droit linguistique comprend notamment les lois, les règlements et les politiques publiques qui encadrent l'utilisation des langues dans différentes sphères (administration publique, travail, enseignement, système judiciaire, commerce, etc.) ou qui prévoient des garanties linguistiques. (…) Lorsqu'il est employé au pluriel, le terme droits linguistiques fait généralement plutôt référence à l'ensemble des droits individuels et collectifs se rapportant à l'usage d'une ou de plusieurs langues. (…) Les droits linguistiques sont généralement liés à d'autres droits et libertés, comme la liberté d'expression (utilisation de la langue de son choix dans certaines situations), le droit à l'éducation (instruction dans une langue native ou minoritaire) et le droit à l'information (accessibilité de l'information dans une langue comprise par les personnes concernées). Ils peuvent être enchâssés dans des textes juridiques donnant naissance à des obligations pour les États ou n'ayant pas force obligatoire » (source : Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française).
Le droit linguistique constitutionnel est « l'ensemble des règles et droits linguistiques garantis et protégés par une Constitution, qui s'appliquent dans l'usage des langues au niveau de l'État, comme dans les relations avec les services gouvernementaux et les procédures judiciaires. Il établit les droits linguistiques des individus et des communautés, par exemple le droit à l'éducation dans une langue native.
Composantes clés :
Il faut prendre toute la mesure que sur le registre de l’édification d’un État de droit en Haïti, la Constitution de 1987 désigne expressément les droits citoyens qui charpentent l’État de droit et elle fournit une garantie constitutionnelle à la protection de ces droits. Cela est consigné dès le « Préambule » de la Constitution de 1987 qui s’énonce ainsi :
« Le Peuple Haïtien proclame la présente Constitution :
--Pour garantir ses droits inaliénables et imprescriptibles à la vie, a la liberté et la poursuite du bonheur; conformément à son Acte d'indépendance de 1804 et à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948.
--Pour constituer une nation haïtienne socialement juste économiquement libre et politiquement indépendante.
--Pour rétablir un État stable et fort, capable de protéger les valeurs, les traditions, la souveraineté, l'indépendance et la vision nationale.
--Pour implanter la démocratie qui implique le pluralisme idéologique et l'alternance politique et affirmer les droits inviolables du peuple Haïtien.
--Pour fortifier l'unité nationale, en éliminant toutes discriminations entre les populations des villes et des campagnes, par l'acceptation de la communauté de langues et de culture et par la reconnaissance du droit au progrès, à l'information, à l'éducation, à la santé, au travail et au loisir pour tous les citoyens.
--Pour assurer la séparation, et la répartition harmonieuse des pouvoirs de l'État au service des intérêts fondamentaux et prioritaires de la Nation.
--Pour instaurer un régime gouvernemental basé sur les libertés fondamentales et le respect des droits humains, la paix sociale, l'équité économique, la concertation et la participation de toute la population aux grandes décisions engageant la vie nationale, par une décentralisation effective. »
Les enjeux politiques de l’aménagement constitutionnel du créole et du français en Haïti
Notre plaidoyer, en sa centralité, stipule que l’aménagement constitutionnel du créole et du français en Haïti vise à
Cet ensemble de conquêtes citoyennes entend instituer
Avec constance et rigueur, de manière amplement documentée, l’ensemble de nos publications linguistiques de 2011 à 2026 atteste un continuum : l’ancrage de l’aménagement constitutionnel et simultané des deux langues officielles d’Haïti, le créole et le français, dans la Constitution de 1987. Autrement dit, la dimension juridique/constitutionnelle occupe une place centrale dans notre réflexion et dans nos propositions. Pareil continuum est attesté dans les livres que nous avons publiés au fil des ans.
RAPPEL - Livres de Robert Berrouët-Oriol parus entre 2011 et 2026
RAPPEL - Articles de Robert Berrouët‑Oriol consacrés à la dimension constitutionnelle de l’aménagement linguistique en Haïti.
Le continuum évoqué plus haut se donne également à voir dans les articles que nous avons consacrés à la dimension constitutionnelle de l’aménagement linguistique en Haïti.
Article : « L’aménagement constitutionnel des deux langues du patrimoine linguistique historique d’Haïti : une synthèse ». Fondas kreyol, 24 novembre 2025.
Contenu ciblé :
Article : « Haïti : l’aménagement des deux langues officielles, le créole et le français ». Madinin’Art, 25 novembre 2025.
Contenu ciblé :
Article : Annonce de la parution prochaine du livre « Plaidoyer pour l’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti ». Rezonòdwès, 24 novembre 2025.
Livre dirigé et coécrit par Robert Berrouët‑Oriol. Date de parution annoncée : juin 2026.
Contenu ciblé :
Synthèse - Trois articles de Robert Berrouët-Oriol qui ciblent explicitement la dimension constitutionnelle de l’aménagement linguistique en Haïti.
|
Article |
Axe constitutionnel traité |
Portée doctrinale |
|
« L’aménagement constitutionnel des deux langues du patrimoine linguistique historique d’Haïti : une synthèse » |
Analyse directe de la Constitution de 1987 ; obligation d’État ; critique du monolinguisme |
Texte doctrinal majeur |
|
« Haïti : l’aménagement des deux langues officielles, le créole et le français » |
Préambule + article 5 ; bilinguisme de l’équité ; cadre juridique complet |
Première monographie dédiée |
|
« Plaidoyer pour l’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti » |
Questions fondatrices sur la constitutionnalité des politiques linguistiques |
Article de cadrage analytique |
Conclusion
Ces trois articles constituent le corpus central de Robert Berrouët‑Oriol sur la dimension constitutionnelle de l’aménagement linguistique en Haïti. Ces articles ont été publiés entre 2025 et 2026, ils ont été élaborés au creux de la Constitution de 1987 comme fondement de la politique linguistique d’État qu’il préconise, le bilinguisme de l’équité des droits linguistiques en Haïti.
EN GUISE DE CONCLUSION GÉNÉRALE
1. Le constitutionnalisme haïtien comme cadre normatif de l’aménagement linguistique
Tel que nous venons de le mentionner, l’ensemble de nos publications linguistiques de 2011 à 2026 atteste un continuum : l’ancrage de l’aménagement constitutionnel et simultané des deux langues officielles dans la Constitution de 1987. La co-officialisation du créole et du français fonde juridiquement l’obligation du bilinguisme d’État. Cette co-officialisation n’a pas encore été traduite en un « Énoncé de politique linguistique nationale », ce qui génère un déficit de « constitutionnalisme linguistique ». Nous faisons le plaidoyer que l’État haïtien doit arrimer son « Énoncé de politique linguistique nationale » et sa future « Loi d’aménagement linguistique nationale » à la norme constitutionnelle que constitue la Constitution de 1987.
2. La critique du « constitutionnalisme fictif »
Dans l’article « Le constitutionnalisme haïtien : une fiction politique persistante » (Le National, 18 novembre 2020), nous avons analysé la faible effectivité des normes constitutionnelles en Haïti. Nous avons démontré que le « constitutionnalisme haïtien » souffre d’un écart structurel entre la norme et la pratique, écart qui se manifeste de manière exemplaire dans le domaine linguistique :
Cette approche critique rejoint notre plaidoyer pour un constitutionnalisme effectif où la norme linguistique doit être appliquée et non pas simplement proclamée.
3. Le « bilinguisme de l’équité des droits linguistiques »
Nous avons formulé une proposition centrale, l’institution du bilinguisme de l’équité des droits linguistiques, qui vise à ancrer l’aménagement des deux langues officielles d’Haïti dans la Constitution de 1987. La mise en oeuvre du bilinguisme de l’équité des droits linguistiques implique :
PERSPECTIVE -- Faire évoluer le constitutionnalisme haïtien vers la prise en compte de la problématique linguistique haïtienne et vers l’élaboration d’instruments juridiques d’aménagement linguistique en Haïti
Il est attesté que l’enseignement supérieur haïtien dispose depuis plusieurs années du cadre institutionnel ainsi que des ressources intellectuelles et professionnelles capables de faire évoluer le « constitutionnalisme haïtien » vers un sujet majeur de société, la problématique linguistique haïtienne, et vers l’élaboration d’instruments juridiques d’aménagement linguistique en Haïti. Cette évolution doit s’inscrire dans une véritable et moderne ingénierie des savoirs au sens d’une mesurable épistémologie de l’aménagement linguistique constitutionnel : à cet égard une telle évolution doit engranger une ample réflexion, à la fois historique, culturelle, anthropologique, herméneutique, juridique et constitutionnelle. Le « constitutionnalisme haïtien » est donc appelé produire un savoir dédié, un enseignement universitaire novateur par l’élaboration d’études spécifiques en jurilinguistique, plus précisément en Droit linguistique constitutionnel haïtien.
La Faculté des sciences juridiques de l’Université Quisqueya a innové en créant la « Chaire Louis-Joseph Janvier sur le constitutionnalisme en Haïti ». Sur le site Web de cette institution, il est consigné que cette « Chaire » s’inscrit dans une Histoire, celle du « constitutionnalisme, à la fois une doctrine inspiratrice, une doctrine-guide et une pratique intellectuelle accueillant un ensemble de réalisations. L'idée originelle et le fondement historique découlent de la reconnaissance et de la promotion de la suprématie de la Constitution, placée au sommet de la hiérarchie des normes, en particulier la Loi. La Constitution –et dans une perspective historique les vingt-deux Constitutions engendrées au cours de l'histoire nationale, de 1805 à 1987– demeure l'axe de développement du constitutionnalisme [haïtien] ».
Créée le 10 décembre 2013, la « Chaire Louis-Joseph Janvier sur le constitutionnalisme en Haïti » publie les Cahiers de la Chaire Louis-Joseph-Janvier sur le constitutionnalisme en Haïti. Les numéros 1 et 2 sont parus en 2015, mais une recherche documentaire récente ne nous a pas permis de confirmer que cet essentiel outil de diffusion des connaissances juridiques est aujourd’hui encore l’objet d’activités pérennes.
NOTRE PROPOSITION
Nous proposons qu’un maillage institutionnel soit mis en route, dans la concertation, entre les différentes Écoles et Facultés de Droit d’Haïti (Université épiscopale d’Haïti, Université caraïbe, Université INUKA, Université Lumière, Université publique du Sud‑Est (UPSEJ), Université publique du Nord‑Est (UPNE), ainsi qu’avec le ministère de la Justice d’Haïti, la Fédération des Barreaux d’Haïti et l’École de la magistrature.
Nous proposons que ce maillage institutionnel soit mis en route en vue de la création du premier LABORATOIRE DE RECHERCHE EN JURILINGUISTIQUE HAÏTIENNE et que ce laboratoire de recherche soit rattaché à la Chaire Louis-Joseph-Janvier sur le constitutionnalisme en Haïti.
Nous proposons que la mission du LABORATOIRE DE RECHERCHE EN JURILINGUISTIQUE HAÏTIENNE s’articule autour de plusieurs axes consistant à
(1) numériser toutes les constitutions haïtiennes et de les rendre accessibles aux chercheurs et aux étudiants ;
(2) numériser tous les ouvrages de référence (codes civil et criminel, lois, recueils d’interprétation des lois, etc.) afin de les rendre accessibles aux chercheurs et aux étudiants ;
(3) élaborer une base de données jurilinguistiques ciblant les textes législatifs et les juridictions où ont été mises en œuvre des politiques d’aménagement linguistique dans un certain nombre de pays. Cette base de données devra être accessible aux chercheurs, aux étudiants et aux enseignants dans le cadre de leurs travaux de recherche et en vue de leurs publications.
Ce laboratoire de recherche en jurilinguistique devra contribuer à l’institution d’un enseignement universitaire spécifique ciblant les fondements constitutionnels de l’aménagement linguistique en Haïti. Cet enseignement donnera lieu à une diplômation spécifique en Droit linguistique constitutionnel haïtien.
S'il y a des "macoutes prédateurs" comme tu dis c'est que forcément il y a d'abord des "prédateur Lire la suite
Ah bon ??? Lire la suite
L''énergumène se dissimule derrière les pseudos plus cons les un que les autres mais il ne trompe Lire la suite
bande de cons, poutine va frapper, et cette fois les africains ne viendront pas !!!!!!!!!!!
Lire la suitevous ètes des clones?
frottez vous le cul par terre, vous racontez de la merde,
Lire la suite
Vous vous souvenez qu'il y a qq temps l'excellent Yug qu'on ne lit plus ces jours-ci ,je ne sais Lire la suite
Bravo Mia !!
Lire la suiteElle a prononcé un discours très courageux à l'onu contre le nazi-sioniste,
Lire la suite
Sonko est un faux opposant, il à été fabriqué par Soros, comme pierre-louis à Haiti.
Lire la suite
Sonko est un faux opposant, il à été fabriqué par Soros, comme pierre-louis à Haiti.
Lire la suite