"C’est les nègres qui descendent leur poubelle", Laurent Voulzy victime de racisme dans son "immeuble un peu bourgeois"

Chaque fois que le petit Laurent remontait du local à poubelles, un voisin l'attendait derrière sa porte. Face à Florence Belkacem dans l’émission Domino pour ABC Talk, Laurent Voulzy a rapporté mot pour mot l'insulte raciste que cet homme lançait à sa femme en le voyant passer, dans un immeuble que le chanteur décrit comme "un peu bourgeois". Né à Paris en 1948 de parents venus de Guadeloupe, l'interprète de Rockollection a aussi évoqué une enfance ballottée de nourrice en nourrice, et la timidité extrême que ces humiliations ont fait naître chez lui. Plus de soixante ans après, à 77 ans, il reconnaît que cette blessure ne l'a jamais vraiment quitté.

Le voisin qui guettait derrière sa porte

Avant même les bancs de l'école, Laurent Voulzy a appris à se faire tout petit. Sa mère, partie tenter sa chance dans la danse, l'a confié très tôt à des nourrices successives. "À trois ans, même pas, j'étais chez une nourrice, puis après chez une autre nourrice. Elle m'a fait comprendre que je n'étais jamais tellement à ma place", a-t-il expliqué à Florence Belkacem. Le garçon choisit alors la discrétion, un pari difficile quand on ne passe pas inaperçu dans la cour de récré : "Aujourd'hui, d'avoir ma couleur, c'est commun. Beaucoup. Mais à l'époque, quand j'étais à l'école primaire, on était deux bronzés sur la cour de récréation."Pas de quoi l'empêcher de se faire des copains, assure le chanteur. Mais les remarques tombent régulièrement, "une petite pique, une petite méchanceté, même d'adultes". L'une d'elles venait de son propre immeuble. Dès qu'il entendait du bruit dans le local à poubelles, en bas dans la cour, un voisin guettait le retour du coupable. "Il voyait que c'était moi quand je remontais, il ouvrait sa porte et disait à sa femme : 'Ce sont les nègres qui descendent leurs poubelles'", a raconté Laurent Voulzy.

Une timidité que Laurent Voulzy traîne encore

Ces mots ont laissé des traces durables. "Des choses comme ça qui m'ont rendu très timide", résume l'artiste, qui se souvient de l'angoisse que lui causait le moindre déplacement sous le regard des autres : "Je me souviens, me lever pour aller aux toilettes, traverser la salle, pour moi, c'était une panique." Une peur qu'il n'a jamais totalement chassée, de son propre aveu : "Au fond de moi, j'ai toujours ça."Le chanteur avait déjà évoqué ce voisin face à Thomas Sotto. Il confiait avoir été un enfant très timide, même s'il lui arrivait de jouer les chefs de bande, et complexé par sa couleur de peau. Il situait alors la scène du voisin à ses dix ans et racontait qu'adolescent, il n'osait pas s'asseoir dans le métro, de peur d'entendre "lui, il n'est pas blanc, il prend la place des Blancs".Dans son autobiographie Caché derrière, l'interprète du Pouvoir des fleurs remonte encore plus loin et décrit les privations connues chez une nourrice, au point de s'endormir le ventre vide. Il racontait également qu'à six ans, un jour d'hiver, des garçons l'ont attaché à un arbre dans la cour de récréation avant de lui crier : "Bouffe la neige, négro."

"C’est les nègres qui descendent leur poubelle", Laurent Voulzy victime de racisme dans son "immeuble un peu bourgeois"

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