Contribution au sauvetage du TRANSPORT PUBLIC DE VOYAGEURS EN MARTINIQUE

Par Christian Ursulet

Rubrique

Christian URSULET à longtemps été un spécialiste de la question des  transports en Martinique comme Secrétaire Général de la CDMT, responsable du transport et des syndicats de bus-GET, de taxis-collectifs, de taxis de place, de transporteurs de matériaux, de bananes, de ciment, d’enrobés. Il apporte une analyse de la situation et des propositions : "dans le seul espoir d’élargir la réflexion et d’aider aux décisions cruciales qui s’imposent aux responsables", comme il l'écrit en nota bene.

Peu nous importe l’identité du ou des coupables du « TRANSPORTCIDE », « Ti-Sonson autant que le Pays Martinique tout entier ont besoin, de toute urgence, d’un transport public refondé et de qualité !

I) LES IMAGES

- Des salariés d’entreprises de transport non payés certains depuis des mois

- Des bus neufs incendiés dans un entrepôt

- Des dizaines de lignes interrompues successivement dans le Centre, le Nord et le Sud

- Des écoliers Étudiants Salariés Personnes Âgées agglutinés devant des abris bus vides et des voies désertes

- Des chefs d’entreprises désespérés, sans trésorerie, qui crient à la maltraitance par l’Autorité Unique de Transport (AUT)

- De hauts responsables de AUT qui supplient de ne pas désespérer, qu’ils ne sont pas fautifs

L’Élu exécuteur pour le compte de l’exécutif de la Collectivité Territoriales de Martinique (CTM) en xième charges (AUSSI) de l’AUT, qui promet des promesses, des rallonges et prolongations de contrats, des marchés, des Concessions avec compensation… avec dans les yeux et la voix l’effroi du plongeon vers l’inconnu.

II) LE VERTIGE DES CHIFFRES ABRUPTS

1. pour 1000km2 : 4 Secteurs avec pas moins de 200 lignes :

2. au NORD 52 lignes « courues » par 4 entreprises Titulaires dont un sous-traitant. Coût par habitant : 242 €

3. Au SUD 85 lignes courues par 1 délégataire. Coût par habitant : 275€

4. Au CENTRE 63 lignes courues par 6 Entreprises Exploitantes plus l’exploitant des 2 lignes du TCSP (Régie Transports Martinique (RTM). Coût par habitant : 184€

III) LES INGRÉDIENTS D’UNE FAILLITE ANNONCÉE :

Pour des DEPENSES RÉELLES 2024 de 151,52 millions d’€, seulement 11, 44 millions de recettes voyageurs ! Mais un résultat d’exploitation annoncé EXCÉDENTAIRE !!! De 3,11millions ???

Ok pour ces étonnants résultats comptables… mais combien déjà en 2024 de dépenses engagées non mandatées… combien de factures dans les fonds de tiroirs non prises en compte puisque les résultats de 2025 sont déjà déficitaires de -1,658 millions € avec une baisse des recettes et une hausse des dépenses… mais surtout des impayés de 44,609millions d’€ (???)

Ainsi les recettes (subvention ? … versement mobilité ? … billetterie ? … taxes ? …) et les dépenses se seraient dégradées à un point tel en un exercice que cette Trésorerie négative pénalise fortement des partenaires non payés à hauteur de 44, 6 millions ?  C’est à dire près de 30% du budget de Fonctionnement annuel (157 697 632€) ?

Certes, dans ce contexte de finances publiques contraintes, notamment du fait des choix politiques de l’Etat, la quasi-gratuité incroyable du transport dans le Centre, ajoute à la difficulté, s’agissant de l’insuffisance de recettes de l’exercice et complexifie les nécessaires politiques de redressement.

IL EST IMPÉRATIF DE CLARIFIER LES POINTS SUIVANTS :

- évaluation et évolution des coûts des services CONTRATS, MARCHÉS, DSP etc… avec les différents délégataires et opérateurs de toutes sortes depuis 2018 et justifications

- évaluation des besoins de chaque lignes, dessertes et des VÉHICULES UTILISÉS

- évaluation des pertes annuelles et cumulées liées á l’absence de billetterie sécurisée en lieu et mise en place d’une tarification accessible et modulée de façon incitative et prenant en compte les publics cibles

- évaluation des coûts induits des retards de subvention de la CTM et des retards de paiement des fournisseurs pour le compte d’exploitation de Martinique Transports (MT), …

IV) NON PAS 1 MAIS 3 FAILLITES :

Faillite comptable et financière, faillite de gestion, faillite politique :

Une faillite financière est rare sans faillite de la Gestion (possible en cas de catastrophe imprévisible). En l’occurrence, la faillite de MT est aussi une faillite de sa Gestion !

Définir la stratégie, organiser, définir les objectifs opérationnels et le suivi des actions de développement programmées, financer à la hauteur des objectifs et actions annuelles, évaluer et corriger au fur et à mesure …. Ça s’appelle GÉRER !!! Et quand on a l’humilité de comprendre qu’on n’a pas le Savoir Technique ON VA CHERCHER LA COMPÉTENCE OÙ ELLE SE TROUVE ! et on ne fait jamais la population payer le prix du NÉPOTISME !!! du s’avoir approximatif, de l’incompétence !!!  

Et c’est ce en quoi la faillite de MT est d’abord une FAILLITE POLITIQUE ! …car si la CTM n’a pas d’obligation du Savoir Technique elle a l’obligation de Savoir :

OÚ ELLE VEUT ALLER

DANS QUEL DÉLAI

AVEC QUELS PARTENARIATS

AVEC QUELS MOYENS

En s’assurant que les moyens sont au rendez-vous des charges de chaque exercice programmé,

En s’assurant de mettre des agents EXPÉRIMENTÉES ET QUALIFIÉES á LA MANŒUVRE OPÉRATIONNELLE

En s’assurant de la mise en place d’outils de PILOTAGE STRATÉGIQUE, de SUIVI OPÉRATIONNEL et de CONTROLE DE GESTION REGULIER de façon à éviter tout dérapage.

V) QUE FAIRE DANS CE CONTEXTE POUR SORTIR DU BROUILLARD ?

Hormis les dispositions politiques et organisationnelles évoquées ci-dessus :

IL FAUT NON PAS « TOUT ARRÊTER » OU POURSUIVRE AVEUGLÉMENT OU FAIRE L’AUTRUCHE MAIS…

RECULER POUR MIEUX SAUTER !

1. Remettre à plat les objectifs et les moyens disponibles et mobilisables au niveau de la CTM en commençant par l’organisation interne et les procédures indispensables au pilotage projet stratégique de Transport (Cf. ci-dessus)

2. Mettre en place dès le départ 3 INSTANCES DE FORMATION destinées à 3 publics

- 1. Elus CTM et du Conseil d’Administration de MT

- 2. Agents administratifs et techniques gestionnaires de MT

- 3. Salariés et chauffeurs de MT

3. Simplifier et unifier les modes de délégation (Marchés Publics)

4. Homogénéiser le statut des Délégataires et Exploitants et limiter leur nombre

5. Concevoir une RELANCE BICÉPHALE :

- A. Marchés publics pour les lignes financées et évaluation annuelle du nombre de lignes.

- B. AUTORISATIONS EXCEPTIONNELLES ET PROVISOIRES D’EXPLOITATION DE LIGNE (Licence) à des Artisans du Transport pour couvrir les autres lignes (celles non couvertes dans le cadre des marchés publics) afin que le transport Intercommunal, jadis appelé Transport non urbain de personnes, s’étende à nouveau rapidement sur l’île tout en préservant l’équilibre financier tant des autorités publiques que des artisans transporteurs. A défaut ces transporteurs seraient réquisitionnés et leur nombre DEVRA SE REDUIRE CHAQUE ANNÉE SELON LE PROGRAMME D’EXTENSION DU TRANSPORT PUBLIC.

VI) LE COURAGE D’INNOVER

Outre les dimensions Financières et de Gestion, notre transport échoue aussi parce qu’il n’apporte pas de réponse au défi de la bonne connexion entre LES MULTIPLES QUARTIERS et HAMEAUX DANS CHAQUE COMMUNE ET LES GRANDES LIGNES DU TRANSPORT INTERCOMMUNAL… les taxis de place sont une petite partie de la réponse ainsi que les rares bus volatiles quand ils existent…

Nous devons étudier la faisabilité d’un transport

- A très bas prix

- Permanent

- Accessible et accédant en tout lieu

- Offrant un emploi à des centaines de jeunes

- Assurant un revenu complémentaire aux Artisans Transporteurs en exercice.

IL S’AGIRAIT DE METTRE EN PLACE DES « FOURMIS » … ou « PETITS TAXIS »

- De couleur propre à chaque commune organisatrice

- De petite capacité

- Accueillant au maximum 3 passagers (qui ne sont pas forcément en groupe). Ces passagers embarqués à tout point de la commune vont dans la même direction (ou proche)

Ils doivent payer un tarif très bas (à étudier et qui pourrait, être autour de 1€…)

Les petits-taxis pourraient circuler entre 5 h et 22h ou plus.

Ils seraient accessibles à tous les publics : enfants, jeunes, adultes, personnes âgées…

Ils ne répondraient pas à la commande…

Ils ne seraient pas autorisés à stationner aux BORNES DE TAXIS DE PLACE

AFIN D’ÉVITER une éventuelle perte de revenu il est préférable que les 1 ères autorisations (priorité) soient données aux transporteurs professionnels de la commune.

Ce système devrait être étudié et EXPÉRIMENTÉ AVANT EXTENSION VOIR GÉNÉRALISATION AVEC LES COMMUNES ET GROUPEMENTS DE TRANSPORTEURS qui le souhaitent.

Il est à signaler que c’est un SYSTÈME QUI A UN SUCCÈS TOTAL DANS LES PAYS DU MAGHREB … au Maroc notamment, qui dispose pourtant d’un transport public complet (taxis de place, bus, tram, TGV, Compagnie Aérienne, etc…)

VII) DÉTERMINANT DU DÉVELOPPEMENT ET POSTURE POLITIQUE

LE TRANSPORT public est un déterminant de tout projet de développement économique, au même titre que l’Energie, l’Enseignement, la Santé etc. c’est à dire que sans transport public digne de ce nom pas de développement digne de ce nom ! …

C’est dire que compte tenu de l’importance des travaux à réaliser et des investissements LE CHANTIER DU TRANSPORT EN MARTINIQUE DEVRAIT ÊTRE CONDUIT TRANCHE APRÈS TRANCHE, SANS INTERRUPTION JUSQUÀ ACHÈVEMENT :

1. Echangeurs en lieu et place des RONDS POINT PARALYSANTS, BLOQUANTS :

- vers le SUD (CARRERE)

- vers Brasserie Lorraine, Ducos 1 &2, Genipa-Petit Bourg, Rivière Salée 

- vers le Nord Atlantique (Mahaut, Gendarmerie Lamentin, Mangot-Vulcin, Brasserie-Lorraine)

- Vers le Nord Caraïbe (Pointe des Nègres, Batelière 1&2)

2 Extensions du TCSP (NORD ET SUD)

3 Transport Maritime Intégré (Anses d’Arlet, Trois-Ilets, Rivière-Salée, Lamentin, Fort-de-France, Case-Pilote jusqu’au Prêcheur (avec des parcs de stationnement automobile et des gares inter modales le plus près possible des points d’embarquement).

CONCLUSION PROVISOIRE

Quelle posture ont les dirigeants responsables du transport ?

- Celle de gestionnaires de compétence dont ils sont affublés et qui leur semble une charge, qui les dépasse, ou dont ils se dépatouillent en essayant pour certains d’en tirer profit ?

- Celle de bâtisseurs du pays Martinique qui définissent des objectifs stratégiques et s’y tiennent contre vents et marées ?

Dans le contexte actuel où, seules semblent compter « la Puissance et la Gloire », IL EST IMPOSSIBLE DE CONDUIRE LA POLITIQUE DE TRANSPORT PUBLIC DONT A BESOIN LA MARTINIQUE SANS UNE RÉELLE VOLONTÉ POLITIQUE QUI S’APPUIERAIT SUR DES VALEURS DE COURAGE, D’INTÉGRITÉ, DE SOLIDARITÉ ET D’HUMILITÉ.

FDF

Christian URSULET

Le 7-10-26

NB : C’est sur la base d’une décennie d’expérience comme Secrétaire Général de la CDMT, responsable du transport et des syndicats de bus-GET, de taxis-co, de taxis de places, des transporteurs de matériaux, de bananes, de ciment, d’enrobés, ainsi que du fait de 2 décennies comme Responsable Regional de conduite de politique publique de l’Etat, que cette contribution est faite, dans le seul espoir d’élargir la réflexion et d’aider aux décisions cruciales qui s’imposent aux responsables

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