Deux Prix Nobel de littérature traduits en créole

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   Il y en a qui, aux Antilles, confondent allègrement le temps informationnel et le temps scientifique. Des personnes, notamment en Guadeloupe, assurent qu'il ne se passe plus rien dans le domaine de la recherche sur le créole depuis, précise l'une d'elles, le décès du regretté Pr Jean Bernabé. 

   C'est bien évidemment faux.

   La recherche scientifique fonctionne sur le temps long. Elle sème des graines, ouvre des pistes, déchiffre des difficultés dans chaque domaine considéré alors que le temps informationnel, lui, fonctionne sur le temps court, l'événement, le breaking news et donc l'éphémère. Une info chasse l'autre mais un travail de recherche universitaire repose sur une accumulation, critique bien évidemment, des résultats obtenus. Ainsi, en créolistique, Jean Bernabé et le GEREC (Groupe d'Etudes et dd Recherches en Espace Créole) ont, dès 1975, posé les bases d'une recherche sérieuse sur notre langue dans nombre de domaines : syntaxe, lexique, rhétorique, littérature orale, littérature écrite etc... La monumentale grammaire en trois tomes de J. Bernabé, Fondal-Natal. Grammaire basilectale approchée des créoles guadeloupéen et martiniquais (1983) est une somme incontournable. A partir d'elles de nombreuses recherches ont été accomplies et continuent à la date d'aujourd'hui. 

   Il en va de même en matière de sociolinguistique (L-F. Prudent), d'ethnologie (G. L'Etang), de littérature écrite (R. Confiant), de didactique (M-J. Desnel, M. Belaise), de musicologie (A. Anakesa) ou d'une conception fonctionnaliste de la syntaxe (R. Damoiseau). Lorsque le GEREC a dû se fondre dans un nouveau groupe de recherches de l'Université des Antilles dénommé CRILLASH, il avait, en trois décennies, publié 134 ouvrages et autour de 800 articles de recherche. S'agissant des chercheurs hors-GEREC, on a eu d'importants travaux sur la lexicographie (H. Poullet), la littérature orale (A. Rutil), la syntaxe (J. Factum-Sainton). 

   La disparition de Jean Bernabé, si dommageable pour la créolistique, n'a pas mis fin à cette dernière contrairement à ce qu'avancent certains journalistes enfermés dans l'événementiel. 

   Les graines qu'il a semées ont germé et ouvert d'autres champs de recherches mais aussi d'autres applications de ces dernières : impact de l'Internet sur l'usage du créole, utilisation du plus en plus fréquente du créole dans la publicité, traductologie/traduction etc... Ce dernier point ne faisait pas partie des préoccupations du GEREC car le moment de la réflexion traductologique n'était pas encore arrivé. Il y avait plus urgent à l'époque : créer une graphie normalisée, décrire la syntaxe du créole sans la plier à celle du français dont elle diffère radicalement, mettre en place une Licence et un Master de créole à l'Université des Antilles, lutter pour la création d'un CAPES et d'une Agrégation de créole, publier des "Guides de préparation au CAPES" etc...

    Toutes ces tâches peuvent être considérées comme réussies à la date d'aujourd'hui même s'il reste des domaines à explorer ou des divergences d'analyse sur tel ou tel point. 

    L'urgence d'aujourd'hui est donc celle de la traduction. Toutes les langues du monde ont accédé à "la souveraineté scripturale" (J. Bernabé) par le biais de la traduction, en particulier les langues romanes, germaniques et slaves. C'est que la traduction oblige la langue à sortir de sa zone de confort qui est le monde que cette dernière a l'habitude d'exprimer. Ainsi un roman en créole n'a pas de difficulté à rendre l'univers de l'Habitation (/Plantation), les combats de coq, les veillées mortuaires, le quimbois, le carnaval, les cérémonies hindoues ou la vie quotidienne dans les quartiers populaires de l'En-Ville. Par contre, la traduction en créole d'un roman français, anglais, espagnol ou autre, contraint le créole à rendre des réalités qui lui sont complètement étrangères et par conséquent à élargir son spectre rhétorique, à créer des néologismes etc...

   Les traductions se sont ainsi multipliées depuis le début du nouveau millénaire : Camus, Montherlant, Lewis Caroll, Céline, Annie Ernaux et bien d'autres. 

   Le travail en créolistique ne s'est donc nullement arrêté comme l'assènent doctement certains journalistes qui n'ont qu'une idée très approximative de la recherche universitaire. Elle s'est lancée dans d'autres domaines, dans d'autres secteurs, c'est tout ! Et la revue Espace créole de Jean Bernabé se continue avec la revue Kreolistika dirigée par R. Confiant et M. Belaise, preuve d'une continuité sans faille. 

   En tout cas, deux Prix Nobel de littérature ont déjà été traduits en créole et publiés par CARAIBEDITIONS : L'Etranger de Camus sous le titre de Moun-Andéwò a, en 2012, par le Martiniquais Raphaël Confiant et La Place d'Annie Ernaud sous le titre de Plas-la, en 2023, par le Guadeloupéen Hector Poullet.

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    Le hasard n'exite pas !!

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    Albè

    28/03/2026 - 20:22

    Bakayoko ne roule pas les "R" comme les Africains, espèce de conard que t'es ! Lire la suite