Un élu amoureux de sa commune qui se bat pour son développement.

Christian Rapha, maire de Saint-Pierre (Martinique) : « Les finances sont assainies, rendez-vous dans deux ans pour une meilleure situation. »

Dans le cadre de notre rencontre hebdomadaire avec des maires de France, nous nous intéressons à des élus de petites communes qui se battent pour leur survie ou pour leur développement. Cette semaine, nous vous emmenons à Saint-Pierre, qui a une âme particulière : la commune porte encore les stigmates de l’éruption volcanique de 1902 et elle dégage une sérénité spécifique, apaisante, tout en se développant sur le plan économique. C'est aussi une ville endettée, parce que l'héritage de sa gestion n’a pas été un cadeau. Sous surveillance financière depuis 2018, Saint-Pierre peine encore à retrouver l’équilibre budgétaire. Dans son dernier rapport, la Chambre régionale des comptes (CRC) pointe un budget voté en déséquilibre. Toutefois, selon le maire, Christian Rapha, la commune devrait redresser ses comptes avant 2029.

L’Hebdo-Bourseplus : Vous avez hérité d’une commune très endettée il y a quelques années. Comment avez-vous pu redresser la situation et avec quels moyens d’action ?

Christian Rapha : La situation financière s’est peut-être améliorée, mais pas de beaucoup. La ville n’était pas endettée, car il faut faire la différence entre l’endettement et le déficit. Elle était déficitaire. On dépensait plus que nous n’avions de recettes et, comme il fallait faire des investissements, les comptes étaient déséquilibrés. J’ai trouvé une ville avec un affichage de 460 000 € de déficit. Or, en réalité, des parlementaires ont clairement dit que les services préfectoraux n’avaient pas fait leur travail.

Le sénateur Georges Patient et le député Jean-René Cazeneuve sont à l’origine des contrats de redressement outre-mer (COROM) et, lorsque j’ai été auditionné, ils ont reconnu que pendant 14 ans, mon prédécesseur n’avait eu qu’un regard très superficiel sur la situation de la commune. J’ai réalisé un audit en 2015 et nous avons découvert que le déficit était de l’ordre de 3,5 millions d’euros ! C’était énorme, la ville était en réseau d’alerte préfectorale. Aujourd’hui, la situation est clarifiée.

J’ai dû éponger les factures, et les contrats COROM ont révélé que tous les comptes n’étaient pas faits. On a découvert des dettes fiscales, des dettes sociales, sans compter le déficit social, car les carrières des agents de la ville étaient bloquées. Quelques semaines après mon arrivée, j’avais déjà le représentant syndical qui venait me demander des comptes. J’ai répondu à des demandes sociales et cela a dû peser sur la situation financière.

La masse salariale a augmenté, tout simplement parce que la loi n’avait pas été respectée puisque les agents n’ont pas eu droit à ce qu’ils pouvaient demander. Aujourd’hui, le déficit est autour de 3 millions d’euros, parce que j’ai dû éponger un certain nombre de choses, dont un contentieux de plus d’un million d’euros. Maintenant, la situation est claire. Entre temps, la ville a beaucoup investi.

J’ai pu être accompagné par l’État sur les investissements nécessaires. La cathédrale a nécessité près de 13 millions d’euros et j’ai pu obtenir l’aide de nombreux mécènes. Le musée de Saint-Pierre était réellement en train de s’effondrer et il a fallu investir 2,5 millions d’euros grâce à la fondation Clément. Ce musée est devenu un mémorial de niveau international et c’est un élément d’attractivité très puissant pour la ville.

J’ai aussi mobilisé des mécènes pour développer les animations locales. Saint-Pierre est une ville très particulière et aussi très difficile. Nous sommes une ville sous-préfecture, nous sommes une ville centrale dans le nord de la Martinique, nous gérons des flux touristiques et nous avons aussi plusieurs administrations. Les flux de population sont bien supérieurs aux 4000 habitants de Saint-Pierre. Nous sommes aussi une ville d’Art et d'Histoire, avec 15 sites classés à l’inventaire des monuments historiques, ce qui génère un flux touristique très important.

Depuis quatre ans, j’ai ramené les bateaux de croisière à Saint-Pierre et cela nécessite d’avoir une police municipale à niveau. Nous avons décidé de mettre en vente une partie du patrimoine municipal qui ne servait à rien, donc nous allons rentrer des fonds dans les mois qui viennent. Les finances sont assainies, rendez-vous dans deux ans pour une meilleure situation.

Quels sont vos rêves pour Saint-Pierre ?

Mes rêves sont dépendants des capacités de la ville. Elle a la particularité de briller à l’international, puisque nous sommes l’une des portes d’entrée du tourisme martiniquais. Mais Saint-Pierre héberge aussi 40 % de taux de pauvreté, c’est-à-dire trois fois le niveau moyen hexagonal. Nous devons gérer cette misère sociale.

Cela peut-il se faire à travers le développement de petites entreprises ?

C’est fondamental. Je crois au développement économique fondé sur le tourisme patrimonial, naturel et durable. Les gens viennent chercher la culture, l’histoire et les fondamentaux du pays. Ce n’est pas un tourisme balnéaire avec des gens qui se font dorer la pilule sur la plage. C’est un tourisme de niche. Ce sont des yachts de luxe jusqu’à 200 passagers, mais aussi des paquebots très importants avec 800 passagers, et ce sont des gens qui viennent chercher l’authenticité du terroir. Ces gens ne viennent pas chercher du caviar et du champagne chez nous. Les habitants commencent à comprendre l’intérêt de développer le tourisme. Le marché fonctionne très bien, tout comme les bars.

Envisagez-vous de favoriser la création de deux ou trois restaurants assez haut de gamme ?

Petit à petit, mon objectif est de ramener des clients à nos marchands. Nous avons des maisons abandonnées, les gens commencent à faire des travaux pour générer de l’hébergement et ce sont des gens ordinaires. La mayonnaise est en train de prendre. À terme, Saint-Pierre peut générer de la qualité et des recettes avec un tourisme qui favorise les métiers traditionnels, comme l’artisanat, la pêche ou l’agriculture.

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