L'analyse des sépultures anciennes laisse penser qu'Homo sapiens a échappé à la consanguinité. Or, différents chercheurs s'accordent pour dire que c'est grâce aux femmes. En effet, ces dernières quittaient leur clan d'origine afin de procréer.
Raphaëlle Chaix est anthropogénéticienne au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) et au CNRS. Interrogée par Sciences et Avenir le 20 février 2021, elle rappelle que s'il est impossible de savoir à quoi aurait pu ressembler une photo de famille chez les Homo sapiens, les gènes ont une mémoire et heureusement d'ailleurs. Les chercheurs en savent ainsi aujourd'hui davantage sur les systèmes de parenté de nos ancêtres grâce à l'analyse des sépultures anciennes.
À proximité d'Eulau en Allemagne en 2005, une tombe ancienne de 4 600 ans abritait un couple et ses deux enfants. Il s'agissait de la première preuve de l'existence d'une structure familiale nucléaire. Trois autres sépultures ont révélé que les individus étaient en lien grâce à la transmission du chromosome Y de leur père. Or, ceci se retrouve sur de nombreux autres sites funéraires. Autrement dit, les femmes venaient vivre dans le clan de l'homme. Ceci suggère donc que la patrilocalité dominait à l'époque.

Crédits : Courtesey E. Daynes
Archéologue à l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), Anne Augereau évoque le fait que le patrimoine génétique des femmes est beaucoup plus diffusé géographiquement. Des études confirment cette tendance, notamment celles portant sur les rapports isotopiques du strontium. Il s'agit d'une molécule donnant des informations sur l'environnement géologique dans lequel a évolué chaque individu en prenant notamment en compte l'eau, les plantes et les animaux que l'individu a consommés.
"Il y a plus souvent concordance entre les signatures chimiques locale et individuelle des hommes que des femmes. Ils sont donc plus nombreux qu'elles à être enterrés là où ils ont passé leur enfance", explique Anne Augereau.
La génétique d'Homo sapiens laisse donc penser qu'il y a 34 000 ans, les chasseurs-cueilleurs n'étaient pas des petits groupes consanguins. Raphaëlle Chaix estime qu'au contraire, les individus étaient peu apparentés génétiquement. La patrilocalité et la patrilinéarité (filiation paternelle) s'appliqueraient également au Mésolithique (de -9 600 à -6 000 ans). Néanmoins, la chercheuse rappelle ne disposer que d'un échantillon de population restreint concernant un espace géographique limité. Par ailleurs, les liens symboliques tels que l'adoption ne laissent aucune trace. Malgré un chemin encore long à parcourir, Raphaëlle Chaix garde confiance : "Nous n'avons pour l'instant qu'un petit bout du puzzle, mais l'ADN ancien nous permettra bientôt d'en dire beaucoup plus".
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