Municipales 2026 en l'île aux fleurs fanées : les mots qu'on n'a pas entendus

Rubrique

     Maintenant que les flonflons électoraux se sont tus, que les installations grandioses de conseils municipaux à grand renfort d'écharpe bleu-blanc-rouge est terminée et que les exultations d'élus (es) vont se cogner à la réalité, il est nécessaire d'examiner les discours des uns et des autres au-delà des belles promesses (rarement tenues).

     Que constate-t-on ?

     Ceci : six mots (ou expressions) ont été totalement absents de la campagne électorale TOUTES TENDANCES POLITIQUES CONFONDUES : 

 

     __Environnement/Ecologie/Chlordécone. 

 

     __Destruction des terres agricoles. 

 

     __Menace sur le littoral et les communes côtières.  

 

    __Viellissement inexorable de la population/Immigration. 

 

    __80 ans de la Départementalisation.

 

     __Défense de la langue et la culture créoles.

 

    Il y en a bien sûr d'autres mais ces six-là nous semblent les plus importants. Nous ne parlons même pas de la guerre dans le Golfe persique qui menace à tout moment de se transformer en conflit mondial puisque le mot d'ordre de tous les partis politiques martiniquais est "proximité". On n'a entendu que ce mot dans la bouche de quasiment tous les candidats : proximité ! proximité ! proximité ! Fort bien et là nous en venons à notre premier point à savoir l'absence totale dans les différents discours des préoccupations écologiques comme si cela relevait uniquement de la protection du crabe-mantou ou du colibri falle-jaune. Comme si, par exemple, la dépendance énergétique de la Martinique en cas d'extension du conflit au Moyen-Orient n'entrainerait pas des conséquences catastrophiques pour notre île qui ne fonctionne quasiment qu'au pétrole alors qu'il aurait fallu depuis longtemps donner la priorié absolue aux énergies renouvelables (solaire, photovoltaïque etc.). Quand les navires pétroliers n'arriveront plus à l'usine de la SARA, que les stations d'essence seront vides et que l'usine d'électricité de Bellefontaine sera à l'arrêt, on fera quoi de cette fameuse "proximité" ? 

 

h

 

      Sur les 104 listes déposées en Préfecture pour les municipales, celle-ci avait classé...1 seule (oui, une seule !) comme "écologiste ! Toutes les autres étaient "divers droite", "divers gauche", "régionaliste" (autonomiste/indépendantiste) ou "sans étiquette"? 

   Et puis où sont passé ces milliers de gens qui s'étaient rassemblés sur La Savane pour protester contre l'empoisonnement au chlordécone et la sandaleuse décision de justice qu'est ce non-lieu en faveur des importateurs de ce pesticide cancérigène ? Si l'on comprend bien, 90% des Martiniquais n'ont plus de chlordécone dans le sang et la Martinique ne détient plus le record du monde du cancer de la prostate ? Sans même parler de l'augmentation d'autres cancers comme celui du myélome, des maladies d'Alzheimer et de Parkinson ou encore de l'endométriose dus au fait qu'on nous a servi prendant près de trente ans une eau du robinet gorgée de chlordécone. Tout ça serait donc de l'histoire ancienne puisque quasiment aucun des candidats ne l'a évoqué ? 

 

s

 

     Deuxième absence dans les discours électoraux des uns et des autres : celle de toute référence à la destruction systématique de nos terres agricoles dans une ile grande comme une tête d'épingle. Quel candidat a pointé du doigt les maires abonnés aux révisions du PLU (Plan Local d'Urbanisme) au motif fallacieux de "développer" leur commune mais en réalité dans le but de favoriser la construction de lotissements ou de pseudo-zones artisanales et industrielles (en réalité des zones commerciales où l'on vend des produits d'importation) ? Et là, il n'y a ni droite ni gauche ni assimilationistes ni autonomistes ni indépendantistes car, pour ne prendre que ce seul exemple, la seule des 34 communes à avoir voté pour une ZAP (Zone Agricole Protégée) est celle de Rivière-Salée dirigée par un maire de...droite. Or, une ZAP permet de geler les terres agricoles, plus exactement de les rendre indéclassables. Cela n'empêche pas maints (es) élus (es) de pérorer sur..."l"autonomie alimentaire". Bref... 

 

x

 

    Continuons avec la menace qui pèse sur le littoral martiniquais à cause de l'élévation du niveau de la mer et qui a déjà commencé à causer des dégâts considérables au Prêcheur. Toutes les communes de la côte Nord-Caraïbe sont menacées du Prêcheur à Saint-Anne en passant par le Diamant, le Carbet et...Fort-de-France. Dans vingt-cinq ans son fameux Malecon et une partie de La Savane sera sous les eaux ! Quel candidat foyalais en a parlé alors que s'il y a bien un sujet qui relève de "la proximité" c'est bien celui-là. Il ne s'agit pas pour nous de prétendre qu'il ne faille pas s'intéresser au prix de la cantine, au désenclavement de tel ou tel quartier, au chômage des jeunes ou à une meilleure protection des personnes âgés. Pas du tout ! Mais faire silence sur l'érosion du trait de côte est tout aussi vital à moyen terme pour nos populations puisque notre île risque de rétrécir d'un quart de sa superficie. 

 

s

 

    Venons-en au vieillissement accéléré de notre société ! Qui a proposé une mesure un tant soit peu crédible ou en tout cas concrète pour lutter contre ce phénomène ? Et c'est là qu'il convient de lier le vieillissement de notre population à l'immigration caribéenne car les enfants saint-luciens, dominiquais, haïtiens et dominicains sauvent nombre d'écoles maternelles et parfois primaires de la fermeture pure et simple. Il ne s'agit pas là de sombrer dans les habituels discours sur "nos frères caribéens" ou la "solidarité caribéenne" mais de faire preuve tout simplement de réalisme. Si les plantations bananières du Nord ont des difficultés à trouver des travailleurs et si la Préfecture de Martinique avait été obligée en 2024 d'accorder des visas à près de 400 Haïtiens à la demande expresse des planteurs, ce n'est pas parce que "le Martiniquais ne veut pas travailler la terre" ou qu'il est "fainéant". C'est certes parce que les grands planteurs les paient au lance-pierre mais aussi et surtout parce que les communes du Nord se dépeuplent de façon alarmante. Quel candidat aurait eu le courage de dire qu'il faut amener l'Etat français à libéraliser l'installation de Caribéens en Martinique ? Aucun ! Donc si l'on comprend bien, l'Hexagone s'appuie en grande partie sur le travail des immigrés mais ses territoires "ultramarins" ne devraient pas en faire de même !!! Et d'ailleurs, la France a le taux de natalité le moins catastrophique de toute l'Europe de l'Ouest grâce aux immigrés.  Cela alors que le seuil de renouvellement des générations en Martinique est devenu négatif depuis au moins trois décennies ! Beaucoup aiment blablater à propos du "génocide par substitution" alors que nous en sommes presque à un "génocide par auto-destruction". Au fait, sans les commerces haïtiens et les bazars chinois, notre "ville-capitale"; comme aime à dire le PPM, serait encore plus désertique.

 

s

 

     Autre silence assourdissant pendant cette campagne des municipales : les 80 ans de la Loi de Départementalisation et d'Assimilation votée en 1946 au parlement français dont l'anniversaire tombait en plen mitan de ladite campagne électorale. Personne, aucun (e) candidat (e) ne l'a ne serait-ce qu'évoquée ! L'anniversaire de cette loi aurait pu permettre de l'évaluer, de peser ses avantages et ses inconvénients et surtout de constater qu'elle est en état de coma avancé. Elle a formidablement transformé la Martinique, permettant la création d'écoles, d'hôpitaux, de routes, de ponts, d'une université etc..., améliorant considérablement le niveau de vie de la population mais s'est montrée incapable de proposer un système économique qui serait en mesure de remplacer l'économie de plantation qui avait duré trois siècles et s'était effondré brutalement au tournant des anées 1960. A sa place s'est établi un système de dépendance grandissant envers "la Métropole", puis l'Europe, qui laisse près de la moitié de la population sur le bord de la route. Ou plus exactement qui les a parquées dans des cités-HLM à Fort-de-France : Dillon, Montgérald, Rivière-Roche, Godissard etc...autour desquelles il n'y a aucune activité économique sérieuse, hormis quelques commerces. 

   A ce propos, il convient de pointer du doigt ceux qui confondent ces habitants avec les Martiniquais et en font d'eux "le peuple". D'abord, Fort-de-France n'a que 90.000 habitants sur une population martiniquaise de 350.000 ; ensuite, il existe un pays réel, un pays profond ou utile, peu importe comment on le désigne, où résident les forces vives de la Martinique : le Nord avec son agriculture et son artisanat ; le Sud avec son hôtellerie. Les habitants de ces cités-HLM, aussi respectables soient-ils, ne constituent donc pas à eux seuls "le peuple" ! Quand on entend certains se glorifier d'avoir des experts qui "savent monter des dossiers" et "trouver l'argent où il le faut", on a de quoi rester perplexe. Car à supposer qu'ils obtiennent ces subventions, elles serviront à quoi ? A faire du social dans les cités-HLM ? Et puis ces subventions proviendraient d'où ? De la France ou de l'Europe sans nul doute. Si l'on avait une suggestion à faire à ces éminents experts en montage de dossiers, ce serait plutôt de se mettre au service de projets agricoles et agro-industiels, artisanaux, touristiques etc...qui verraient le jour dans le pays réel, pas au pied des tours-HLM. 

   L'exemple l'association VALCAO qui développe le cacao martiniquais et vient d'ouvrir une boutique au Lorrain est exemplaire à cet égard. Voici ce qu'un de ses dirigeants déclarait à RCI à cette occasion : 

   "Sans ce chantier d'insertion, la production de VALCACO aurait été en difficulté. Jusqu’alors, les membres du bureau assuraient eux-mêmes le cabossage, la fermentation et le séchage. Mais face à l'augmentation des volumes, la création de postes rémunérés est devenue indispensable. Aujourd'hui, nous comptons sept salariés, ce qui est significatif. À terme, nous espérons en pérenniser certains si l'aventure leur plaît, tout en accompagnant les autres vers la réussite de leurs propres projets. 

   Car dans une perspective de souveraineté, non pas politique mais énergétique et alimentaire, il est clair qu'il est nécéssaire de décongestionner Fort-de-France et les deux villes de la conurbation et d'envisager, sur le long terme, des projets de réinstallation de notre population dans le "pays réel", tout particulièrement le Nord. Car c'est bien beau se se rengoger avec des slogans du genre "C'est nous qui défendons les quartiers !" mais la Martinique n'a pas vocation à finir comme une banlieue tropicale de l'Hexagone. Il faut arrêter avec cette démagogie qui plombe le devenir de notre île. Et pour ça, il faut des micro-projets économiques un peu partout à travers l'île qui seraient susceptibles d'inciter des habitants desdits quartiers, surtout les jeunes, à regagner les communes de leurs parents ou grands-parents. 

   D'une manière générale, ce serait pour nous une manière de nous extraire progressivement de la société de gaspillage et de surconsommation (310.000 voitures pour 350.000 habitants !) dans laquelle nous sommes plongés pour aller vers une société de sobriété, seule compatible vraiment nos ressources insulaires. A moins d'exploiter le gisement de gaz naturel situé au large de la presqu'île de la Caravelle qu'une compagnie étsinienne avait détecté il y a trois décennies de cela. Mais ne révons pas "tou doubout" !

 

ds

 

     Terminons avec la nécessaire défense de notre langue et notre cultures créoles gravement menacées de dilution : il est évident que pour les sauvegarder, il faudrait que leur enseignement soit obligatoire dans nos écoles et non facultatif comme c'est le cas actuellement. Aucun candidat n'a évidemment abordé cette question pourtant liée à la préservation de notre identité dont nous aimons tant nous gargariser. Trop peur d'effrayer l'électeur à qui l'on a fait croire qu'une langue qui a 3 siècles d'existence comme le créole et qui commence à peine à être écrite pourrait remplacer une langue vieille de 10 siècles comme le français ! 

 

                                                                            TRIBALISME

 

      Enfin, de nouvelles têtes sont apparues dans le paysage politique martiniquais à la suite ce ces élections municipales mais hélas, les discours n'ont pas vraiment changé pour autant. On en prend d'autres et on recommence, pourrait-on dire ! Pourtant, aucune des questions passées sous silence que nous avons abordées n'est liée à la fameuse question du statut de la Martinique. Elles relèvent du simple bon sens. Rien donc qui pourrait effrayer Ti-Sonson ! Mais le pire est la tribalisation accélérée de notre vie politique. Si vous n'êtes pas né dans une commune vous n'avez aucune chance d'y être élu maire même si vous y vivez depuis vingt ou trente ans. D'ailleurs, c'est bien simple : nos grands partis politiques d'autrefois ont presque tous disparu. Plus personne ne s'affiche ouvertement Républicains, PPM, PCM, FSM, MIM, PEYI-A etc... Tout le monde crée sa propre micro-structure tribale dans sa commune avec un intitulé neutre : "Rassemblement de ceci" ou "Union de cela". La palme revient à cet élu qui a cru devoir publier le communiqué ci-après : "Je tiens à préciser que notre liste est sans étiquette contrairement à ce qui a été annoncé sur Martinique la Première. Je le précise par respect pour tous nos colistiers qui se sont engagés dans un groupe composé de diverses tendances politiques".

    Ouais...

    NB. Sinon, regardons la vidéo ci-après qui est un exemple, entre mille, de blablabla et de vacuité sidérante : 

 

                  https://www.facebook.com/reel/911337665231296?locale=fr_FR

 

 

Connexion utilisateur

Commentaires récents

  • Une Tunisienne à la tête d’Orly : l’ascension d’Imène Souid à Paris

    Titre : Cette femme n'est pas "une Tunisienne"

    yug

    26/03/2026 - 13:35

    1°) C'est une Française d'origine tunisienne ou éventuellement une franco-tunisienne. Lire la suite

  • Maires issus de l'immigration : la fin du « blocage », selon un démographe

    JULES CESAR...

    Albè

    25/03/2026 - 07:29

    ...avait déjà "grand-remplacé" les Gaulois, des Celtes qui avaient déjà subi moult invasions de l Lire la suite

  • Maires issus de l'immigration : la fin du « blocage », selon un démographe

    En clair : début du grand remplacement

    yug

    24/03/2026 - 21:16

    Le grand remplacement ,que Mélenchon appellle "créolisation " ou "nouvelle France" a connu une ac Lire la suite

  • Quand le RN avalise le concept de "Nouvelle France" de...Jean-Luc Mélenchon !!!

    REVOLTE CONTRE LE RACISME...

    Albè

    23/03/2026 - 20:50

    ...qui veut que les Nègres et les Arabes soient tous des employés de voirie, des vigiles, des fem Lire la suite

  • Quand le RN avalise le concept de "Nouvelle France" de...Jean-Luc Mélenchon !!!

    Rien à dire .Grotesque .

    yug

    23/03/2026 - 16:38

    Se présenter comme candidats ,y compris de droite (Dati et des centaines d'autres ) à des électio Lire la suite